La formation médicale continue (FMC), c’est le processus d’apprentissage pour un médecin qui se déroule après avoir obtenu son diplôme. Eh oui, on ne s’arrête jamais d’apprendre quand on est médecin. Heureusement, parce qu’on estime que les connaissances médicales doublent tous les 73 jours ! Il s’agit donc de mettre à jour ses connaissances régulièrement, par…
La FMC est obligatoire en Métropole depuis 1996. Il s’agit d’une obligation morale, mais également déontologique (article 11 du code de déontologie médicale) et légale. Les formations sont validées sous forme de crédits accumulés sur 3 ans, et financées par plusieurs organismes dont l’Agence nationale de développement professionnel continu (ANDPC). Cette agence propose par exemple une liste de sujets prioritaires de formation mise à jour tous les 3 ans pour lesquels un financement sera accordé aux organismes de formation. Le contrôle de la bonne application de cette formation continue est à charge du conseil de l’Ordre des médecins : il doit s’assurer, vis-à-vis des patients et de la société, que les praticiens ont respecté leurs obligations.

Les modalités d’évaluation de cette FMC évoluent : aujourd’hui, on parle d’évaluation de connaissances, avec un certain nombre de formations à faire. Mais cela n’implique pas que les praticiens formés changent leurs pratiques. Demain, on parlera de certification, avec des conseils nationaux professionnels qui seront chargés d’évaluer les compétences dans chacune des spécialités médicales. Depuis le 1er janvier 2023, plusieurs professions de santé sont concernées par cette certification, qui sera périodique (tous les 6 ans). Les médecins thésés avant 2023 auront 9 ans pour se certifier et quatre blocs d’action seront évalués : actualisation des connaissances et des compétences, amélioration de la qualité des pratiques professionnelles, santé personnelle du professionnel de santé, amélioration de la relation au patient.
Et en Polynésie, ça fonctionne comment la FMC ?
Malheureusement, la Polynésie française n’est pas la mieux lotie en matière de FMC. Les organismes de formation sont rares, et principalement financés par des laboratoires pharmaceutiques. Et surtout, il manque l’obligation légale, ce qui fait qu’on se retrouve avec des médecins ayant des connaissances désuètes, ce qui constitue une perte de chance pour les patients. En effet, un patient diabétique traité comme on le faisait il y a (ne serait-ce que) 10 ans, ne bénéficiera pas des nouveaux traitements permettant une protection cardiovasculaire (et donc une meilleure prise en charge). Les traitements du diabète ont beaucoup évolué dans les 20 dernières années, et ce n’est qu’un exemple parmi des centaines de situations possibles. Faire une loi du pays sur l’obligation de FMC, ce serait déjà un pas vers une médecine de qualité.
Alors qu’est-ce qu’on attend pour la faire cette loi ? On attend peut-être d’avoir des financements pour les organismes de formation continue ? Personne ne veut mettre la main à la poche bien évidemment : ni la CPS, ni le ministère de la Santé, encore moins le ministère des Finances, ni le Territoire. Il va tout de même bien falloir dépoussiérer ce système parce qu’on se retrouve aujourd’hui avec des médecins qui retournent en Métropole et qui ne peuvent pas exercer, faute d’avoir eu une obligation de formation. Ils doivent donc suivre des formations en Métropole pour avoir le droit de s’installer là-bas. Et puis, bien sûr c’est tabou, combien de patients sont décédés faute de formation de leur médecin ? Combien d’hospitalisations pourrions-nous éviter avec une FMC de qualité ? Ce dernier chiffre est estimé en France à 1 million de journées d’hospitalisation par an. De quoi faire réfléchir les politiques peut-être ? On peut toujours rêver !
