Our Voices, Our Choices, Our Pacific Way : Promote, Partner, Prosper. Tel était le thème central du 52e Forum des Îles du Pacifique (25PIFLM – Pacific Islands Forum Leaders Meeting) qui a eu lieu du 6 au 10 novembre dernier à Rarotonga, aux Îles Cook. Forums, conférences, sommets se succèdent depuis plusieurs années. Ils sont révélateurs d’une prise de conscience mondiale sur les risques liés aux changements climatiques, de l’urgence révélée par le récent rapport du GIEC et du rôle important des océans pour la protection de l’environnement. La rédaction de Pacific Pirates Média s’est rendue sur place.
Le Forum des Îles du Pacifique a réuni les dirigeants des 18 pays membres (dont Moetai Brotherson, président de la Polynésie française) qui ont discuté de la mise en œuvre de la Stratégie 2050 pour le continent bleu du Pacifique (Blue Pacific_2050 Strategy) et du changement climatique. Comment gère-t-on l’électricité dans les archipels de la Polynésie ? Qu’en est-il des énergies renouvelables pour une production moins carbonée ? Quid de la transition énergétique et du risque de submersion marine ? Alternatives, solutions, résolutions : un océan de promesses…


Après une cérémonie haute en couleur, ce sont près de 800 délégués qui se sont rencontrés pendant une semaine. La présence de nombreux États témoigne de l’intérêt pour la région Pacifique qui se retrouve désormais au cœur de jeux d’influence. Le Forum a aussi offert une large place au secteur privé, un acteur très important dans le développement économique et social en termes de financement et de lobby.

Vingt Partenaires – l’Allemagne, le Canada, la Chine, la Corée du Sud, Cuba, le Danemark, l’Espagne, les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Inde, l’Indonésie, le Japon, les Philippines, la Turquie, la Thaïlande, Singapour et l’Union européenne mais aussi la Suisse, le Portugal ou l’Arabie Saoudite – ont fait le déplacement afin de renforcer leurs liens avec les pays du Pacifique.
Certains d’entre eux, comme la Nouvelle-Zélande, l’Australie, la Chine et l’Arabie Saoudite ont apporté leur support financier. Les délégués du gouvernement de l’Arabie Saoudite ont fait un voyage express de moins de 24 heures en jet privé avec dans leurs valises une aide de 50 millions de dollars néo-zélandais – plus de 3 milliards de francs pacifique. Ils pouvaient aussi être intéressés par les voix du Pacifique pour l’attribution de l’organisation de l’Expo Universelle 2030. Le pays hôte est élu par les États membres du Bureau international des expositions (BIE), selon la règle « un État, une voix », lors de la 173e Assemblée générale de l’Organisation. Celle-ci s’est tenue le 28 novembre 2023. Trois projets étaient considérés : la République de Corée (pour Busan), l’Italie (pour Rome) et l’Arabie saoudite (pour Riyad). La capitale saoudienne a remporté 119 votes, contre 29 pour la Corée du Sud et 17 pour l’Italie.
Le président de la Polynésie française, lui, est arrivé à bord d’un vol régulier d’Air Tahiti la veille du Forum. La France, représentée par Hervé Berville, Secrétaire d’État auprès de la Première ministre, chargé de la Mer, était également présente pour défendre notamment le moratoire sur l’exploitation minière des fonds marins.

Forum des Îles du Pacifique, sommets sur l’océan, COP sur le climat : que du blabla ?
À l’exception de David Adeang, président de Nauru, qui a décidé de ne pas participer à la « retraite des Leaders » sur l’île d’Aitutaiki et malgré quelques dissensions, les dirigeants du Forum des Îles du Pacifique ont adopté plusieurs déclarations et engagements, dont :
– La Déclaration du Forum des Îles du Pacifique sur la continuité de l’État et la protection des personnes face à l’élévation du niveau de la mer liée aux changements climatiques ;
– La Déclaration des dirigeants du Pacifique sur l’égalité des genres ;
– Les engagements à favoriser la transition énergétique dans le respect des critères établis lors de la COP 21 à Paris (contenir la hausse de la température moyenne mondiale sous la barre des + 1,5 °C d’ici 2050, NDLR);
– Les engagements pour le développement durable de la pêche ;
– La crainte des rejets des eaux de la centrale nucléaire de Fukushima en rappelant les essais nucléaires réalisés dans plusieurs et leurs conséquences ;
– Le souhait de travailler en totale transparence avec l’IAEA, l’agence Internationale de l’énergie atomique ;
– La prise en compte des informations récentes fournies par l’Australie au sujet du pacte trilatéral de sécurité AUKUS entre l’Australie, le Royaume-Uni et les États Unis.
Certains sujets sensibles tels que l’influence de la Chine ou le processus d’autodétermination en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie française ont été évités – parmi les 18 États membres du Forum des Îles du Pacifique, ce sont les seuls deux États qui ne sont pas indépendants.
Le sujet de l’extraction des minéraux en eau profonde a été abordée, mais les positions divergent entre les États qui sont pour un moratoire sur l’exploitation minière et ceux qui ont passé des contrats d’exploration avec des sociétés privées. Une discussion y sera consacrée en 2024.
Pour rappel, au terme du précédent Forum des Îles du Pacifique qui s’était tenu aux Fidji en 2022, les dirigeants avaient appelé à une action « urgente et immédiate » sur le climat à tous les niveaux – national, régional et mondial – afin d’éviter les « pires scénarios ».
Tuvalu : l’asile pour une île condamnée à l’exil

Le 10 novembre dernier, le Premier ministre australien, Anthony Albanese, a proposé l’asile climatique aux habitants des Îles Tuvalu. Il a annoncé que les deux pays avaient signé un accord pour permettre aux 11 200 habitants de l’archipel de venir s’installer en Australie. L’archipel est considéré comme le premier pays dont l’existence est menacée par le réchauffement climatique et la montée du niveau de la mer.
Un signal fort envoyé par Canberra alors que d’autres États du Pacifique comme la République de Kiribati ou l’île de Nauru voient aussi leurs populations menacées de déplacement en raison de la hausse du niveau des océans.
Afin d’alerter sur les effets du changement climatique,Simon Kofe, le ministre des Affaires étrangères des Tuvalu a eu l’idée de génie de prononcer son discours pour la COP 26 de Glasgow en Écosse… les pieds dans l’océan, sur un site autrefois émergé (visionner la vidéo).
À l’occasion de la COP 27 de Charm el-Cheikh en Égypte, il a même annoncé la création d’une réplique digitale de son pays, lui offrant ainsi la perspective d’une continuité virtuelle en cas de submersion par les eaux. Le téléchargement de cet archipel polynésien dans le metavers doit être réalisé par étapes, avec une reproduction en 3D des terres, des eaux les entourant et d’éléments de la vie culturelle de Tuvalu….
Mais les multiples conséquences du dérèglement climatique sont déjà très réelles et documentées.
Les États insulaires du Pacifique à l’épreuve du risque climatique
Les États insulaires du Pacifique sont en première ligne face aux effets néfastes du changement climatique comme le précise le document stratégique commun Blue Pacific_2050 Strategy.
Du 30 novembre au 12 décembre 2023, les pays signataires de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et les acteurs du climat se réunissent à Dubaï, aux Émirats Arabes Unis, pour assister à la COP 28. Une COP présidée par le Sultan Al Jaber, également ministre de l’Industrie émirati et PDG de la compagnie pétrolière nationale Abu Dhabi National Oil Company (!).
Comme chaque année depuis 1995, l’enjeu de la COP est de sceller des accords et des objectifs pour limiter le réchauffement climatique.
Lors de la Conférence sur le climat de Charm el-Cheikh en Égypte – COP 27, un fonds « pertes et dommages » avait été décidé afin de venir couvrir le coût des dégâts qui pourraient être causés par les catastrophes naturelles liées aux changements climatiques.
Les énergies fossiles ont été « les grandes oubliées » en dépit de leur contribution au changement climatique. Détail qui n’a pas échappé aux experts de l’ONU, lesquels préviennent que les entreprises ne pourront prétendre indéfiniment continuer à investir dans les énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz naturel).
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Climat : à quoi servent les COP et comment fonctionnent-elles ?
Depuis près de trente ans, les pays du monde entier se réunissent chaque année lors d’un sommet, sous l’égide de l’ONU, pour accélérer la lutte contre le changement climatique.
Qu’est-ce qu’une COP ?
L’acronyme COP fait référence à la « Conférence des parties » (Conference of the Parties en anglais) de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Ce traité international, adopté au Sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992, reconnaît l’existence d’un changement climatique d’origine humaine et donne aux pays industrialisés le primat de la responsabilité pour lutter contre ce phénomène. Il a été ratifié par 197 parties (196 États et l’Union européenne).
La convention-cadre instaure les Conférences des parties – COP – où sont adoptées, par consensus, les décisions pour lutter contre le dérèglement climatique. La première COP s’est tenue à Berlin en 1995. Les conférences ont lieu dans des villes différentes chaque année, selon un système de rotation des continents, ou à défaut à Bonn (Allemagne), le siège du secrétariat de la CCNUCC.
Qui participe aux COP ?
Les COP rassemblent environ 30 000 participants, entre les délégations des 196 États, la société civile (les entreprises, les ONG, les scientifiques, les collectivités territoriales, les populations autochtones, les syndicats) et les médias du monde entier. Y participent aussi de nombreux Chefs d’État.
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Quels sont alors les enjeux de la Conférence de Dubaï – COP28 ?
La COP28 devrait signer le premier « Bilan Mondial », dont les conclusions seront fondées sur le rapport de synthèse 2022 du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) qui évalue les effets et les solutions du changement climatique. Fruit de huit années d’études, ce document a d’ores et déjà dressé un constant sans appel : l’ampleur du changement climatique et de ses conséquences s’annonce pire que prévu. Cependant, il est encore possible d’inverser la tendance.
La solution : réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) à l’échelle mondiale.
Le premier « Bilan Mondial » devrait donc rendre compte des progrès notés en vue de contenir la hausse de la température moyenne mondiale sous la barre des + 1,5 °C d’ici 2050 – le principal objectif de l’Accord de Paris. Il devrait aussi évoquer l’avenir des énergies fossiles en établissant un plan d’actions clair.
Pour rappel, l’adaptation au réchauffement climatique désigne les mesures, les infrastructures et les stratégies destinées à limiter les dommages du dérèglement climatique sur nos activités comme sur la nature. Quels seront les pays contributeurs ? Le montant nécessaire ? Le secteur privé sera-t-il mobilisé ? Selon des chercheurs, 290, voire 580 milliards de dollars seraient requis chaque année – et ce, jusqu’en 2030 – pour couvrir les dépenses liées au changement climatique.
Dubaï étant une puissance pétrolière mondiale, le sujet sensible de la fin des énergies fossiles sera-t-il écarté d’office à l’occasion de la COP28 ? Le président émirati de la COP28, Sultan Al Jaber s’est exprimé par ces mots sur ce sujet au Guardian en juillet dernier : « la suppression progressive des combustibles fossiles est inévitable et essentielle – cela va se produire… Les transitions ne se font pas du jour au lendemain, la transition prend du temps ».
Il a donc pointé du doigt la nécessité de poursuivre les investissements dans les hydrocarbures pour subvenir aux besoins mondiaux actuels et a partagé certains des objectifs qu’il souhaite défendre tout au long de la COP28 : tripler la capacité des énergies renouvelables dans le monde à 11 000 gigawatts dans le monde et d’ici 2030 ; doubler la production d’hydrogène à 180 millions de tonnes d’ici 2030 ; doubler l’amélioration de l’efficacité énergétique d’ici 2030.
En réponse à leurs détracteurs, les Émirats Arabes Unis peuvent se targuer d’être à la pointe dans la recherche et la construction de solutions innovantes pour tendre vers la neutralité carbone : Masdar City dans l’Émirat d’Abu Dhabi est souvent montée en exemple. Il s’agit d’une ville dont la construction a débuté il y a 17 ans ; les ingénieurs ont imaginé des solutions architecturales (tours à vent, rues étroites, utilisation de matériaux de construction spécifiques…) énergétiques (ferme solaire…) et même un réseau sous-terrain de taxis électro-magnétiques autonomes pour se déplacer d’un point à l’autre de la ville. Masdar City devait accueillir plus de 40 000 habitants mais n’y résident pour le moment que des chercheurs et des étudiants…
Autre projet devenu réalité, la Société dubaïote Diamonds Developer a réalisé un ensemble immobilier baptisé The Sustainable City où les résidents garent leur voiture (parfois une McLaren) à l’entrée de la gated community pour rejoindre leur villa en golfette électrique. Tri sélectif, énergie solaire, eau recyclée, vitres étudiées pour ne pas laisser pénétrer la chaleur à l’intérieur des habitations, navette reliant la Sustainable City au centre de Dubai, plus de 10 000 arbres… tout est étudié pour être reconnu depuis trois ans comme un exemple à reproduire ailleurs dans le monde. The Sustainable City a été désignée « the happiest community » (voir https://www.thesustainablecity.ae/).
Le fait est que les Émirats Arabes Unis appartiennent au groupe des pays qui émettent le plus de CO2 par habitant. Les émissions de CO2 y augmentent chaque année faisant de ce pays en 2021 le 156e dans le classement des pays par émission de CO2 composé de 184 pays (ils y sont classés du moins au plus polluant).

Qu’en est-il de l’empreinte carbone des Polynésiens ?
La question est importante, puisque l’empreinte carbone moyenne locale est aujourd’hui de 11 tonnes de CO2 par habitant par an. Sur la base des évolutions techniques et des politiques publiques actuelles, elle serait de 9,7 tonnes à l’horizon 2030, alors que l’objectif mondial est d’atteindre 2 tonnes en 2050.
Lors du conseil des ministres du 13 septembre 2023, le gouvernement du Pays a annoncé la création de simulateurs d’empreinte carbone individuelle ainsi que la « mise à disposition de divers outils d’évaluation des émissions carbone, notamment le Guide des facteurs d’émissions carbone adaptés à la Polynésie française proposant aussi des actions personnalisées ».
« Le Plan Climat de la Polynésie française 2022-2030, en cours d’élaboration, doit proposer avant fin 2023 un scénario qui définira l’ambition climatique du territoire avec l’engagement de tous » (source : Présidence de la Polynésie française).

La transition énergétique et le risque climatique en Polynésie française
Un constat s’impose quand on parle des énergies en Polynésie, l’électricité est produite à 70 % par des moteurs diesel et à 30 % par les énergies renouvelables principalement l’hydroélectricité. Cette source d’énergie a été mise en mise en place à Tahiti avec une quinzaine de bassins qui stockent l’eau avant de la transporter vers des centrales produisant l’électricité.
Il faut aussi considérer la dépendance énergétique de la Polynésie qui est de 94 % si on prend en compte l’énergie utilisée dans d’autres domaines tels que les transports… De plus, le risque est grand en cas de rupture d’approvisionnement ou de hausse des coûts des matières premières et du fret maritime, comme on a pu le constater avec la crise Covid ou la guerre en Ukraine.

Le risque de marée noire noyée dans le silence
En dehors de Tahiti, c’est donc le fioul qui domine et celui-ci est transporté par bateau dans les îles y compris dans l’île Sœur, Moorea.
Un sujet rarement abordé est le danger que représenterait une pollution pétrolière maritime en Polynésie. Lors d’une conférence donnée au mois d’octobre à l’initiative de l’association régionale IHEDN à Arue, Joseph Valantin, juge d’instruction du naufrage de l’Amoco cadix en 1978, a longuement développé ce thème. Il soulignait notamment que, même s’il n’est prévu en Polynésie qu’une quinzaine de voyages de tankers de taille modeste par an, soit un flux assez modeste de 36 000 tonnes, cela représente quasiment le chargement de l’Erika. Et chacun a le souvenir des dégâts que son naufrage a causés…
Le défi est de trouver d’autres sources d’énergie et des solutions de stockage
Dans un pays tropical, on pense immédiatement à l’énergie solaire. Son potentiel est grand en Polynésie, puisque, grâce à sa situation géographique, les rayons du soleil frappent perpendiculairement les panneaux solaires, facilitant ainsi le transfert d’énergie.
Mais l’énergie solaire y est principalement utilisée pour produire de l’eau chaude et non pour produire de l’énergie comme le témoignent les nombreux ballons couplés à des panneaux solaires sur les toits des maisons.
Trois fermes solaires sont en construction et pourraient représenter environ 5 % de la production d’énergie du Pays. Mais il faut aussi penser à la maintenance rendue difficile à cause de l’éloignement et aussi du nombre insuffisant de techniciens locaux.
Il y a bien eu des expériences en matière d’énergie éolienne, notamment à Makemo, mais les choses ont mal tourné. Les éoliennes installées sont tombées en panne. Faute de moyens locaux pour les réparer, cette source d’énergie alternative au fioul a été abandonnée.
Dans une émission récente de France Culture sur les énergies, Pascal Ortega, enseignant-chercheur à l’Université de la Polynésie française évoquait d’autres solutions telles que des pompes permettant de faire monter l’eau dans les reliefs et de la faire redescendre pour produire de l’énergie, ou encore la récupération de l’énergie de la houle.
L’océan ayant des propriétés caloriques, on a eu l’idée d’utiliser la différence de température (environ 20 degrés d’écart) avec le SWAC (Sea Water Air Conditioning). Grâce à des dénivelés très importants de près de 1 000 m tout près des côtes, on va chercher les eaux froides que l’on peut l’utiliser pour refroidir un réseau ou bien directement comme cela a été fait par un groupe hôtelier à Tetiaoa et à Bora Bora, ou encore pour la climatisation de l’Hôpital du Taaone.
L’hydrogène : des solutions énergétiques concrètes et innovantes pour la Polynésie française ?
Le 24 novembre dernier, lors d’un voyage à Paris, le président Moetai Brotherson, en a profité pour rencontrer des acteurs majeurs de l’industrie de l’hydrogène et explorer des solutions innovantes. Parmi celles-ci, le projet du scientifique Nicolas Ugolin, fondateur de l’entreprise SMO Solar Process. L’idée est d’utiliser l’énergie solaire pour convertir des matières organiques, notamment des déchets, en produits de grande valeur tels que l’hydrogène, le charbon actif et l’électricité.

La voiture électrique : un écran de fumée ?
Avec la fin de la vente des voitures thermiques neuves prévues pour 2035, l’Union européenne a fait du développement de la voiture électrique un pilier de sa stratégie de transition vers la neutralité carbone (lire le chapitre « l’avènement de la watture » dans notre dossier Ressources marines de l’océan : la Polynésie avance en terrain minier).
La disponibilité de certains métaux constitue une limite physique importante. Les batteries des voitures électriques ont surtout besoin de métaux dits « critiques » et ceux-ci sont concentrés dans certaines zones du monde, notamment en… Océanie.
Soutenue par le « techno-solutionisme » via des batteries révolutionnaires, la voiture éléctrique occulte la question politique du changement nécessaire des modes de vie.
Une solution : la sobriété
Une planification contraignant à la sobriété est-elle nécessaire ? En Polynésie, la sobriété en termes de voiture, ce serait d’abord mettre un terme à « l’autobésité ».
Les pick-up et 4×4 y sont très répandus. Il est temps de favoriser l’achat de véhicules plus légers et moins gourmands en énergie, plutôt que des véhicules SUV (Sans Utilité Véritable).
Une véritable transition écologique passe aussi par le développement des transports collectifs, des pistes cyclables sécurisées et une réduction organisée des distances au quotidien… Mais la Polynésie n’en prend pas vraiment le chemin.

Les dirigeants des Îles du Pacifique partagés sur l’exploitation des ressources sous-marines
Et si la solution venait des ressources minières de l’océan…
Certains dirigeants, comme le Premier ministre des Îles Cook, Mark Brown, sont favorables à l’exploration du potentiel économique de la collecte de nodules dans les fonds marins, sous réserve d’études complémentaires. Mais certains de ses homologues régionaux craignent qu’il s’agisse d’une erreur tragique et militent vigoureusement en faveur d’un moratoire.
Les brochures de promotion de l’organisme gouvernemental (Seabed Minerals Authority) et les sociétés privées (Moana Minerals) ayant eu l’autorisation d’explorer les fonds marins des Îles Cook étaient présents sur le Forum et y disposaient d’un stand.
À cinq minutes de marche de l’auditorium national où les délégués du Forum se sont réunis, l’Empire Theatre, l’unique cinéma des Îles Cook a projeté le documentaire Deep Rising à deux reprises.
« Les fonds marins sont notre patrimoine commun – nous pouvons les réclamer. Vous savez sans doute que les Îles Cook sont actuellement en phase d’exploration afin de recueillir des données permettant de déterminer si l’exploitation minière est sûre ou non dans notre Marae Moana », a déclaré la société lors de la promotion de l’événement auprès de la communauté locale.
Le président de Palau, Surangel Whipps Jr, a stimulé l’auditoire en prononçant un discours avant la diffusion du film : « Nous sommes ici ensemble en tant qu’amis de l’océan, gardiens de l’océan et personnes qui se soucient vraiment, profondément de l’océan. Et nous, bien sûr, Palau et d’autres pays insulaires du Pacifique, ainsi que de nombreux pays dans le monde, avons demandé un moratoire sur l’exploitation minière en eaux profondes. »
Dans une interview donnée à nos confrères de TNTV, Moetai Brotherson a rappelé la position adoptée par la Polynésie française (qui rejoint celle de la France) : « Oui à l’exploration scientifique afin de mieux connaître cet environnement des abysses encore mystérieux pour l’Homme et la biodiversité comme les minéraux qu’elle abrite. Non à l’exploration dans le but d’exploiter, et non à l’exploitation alors que la technologie comme la règlementation permettant de protéger au mieux l’environnement font encore défaut. »
On est loin du communiqué de presse d’Oscar Temaru pendant la COP 27 où celui-ci fustigeait le président Macron qu’il accusait de s’être présenté « comme le grand chevalier blanc » de la protection de l’environnement, et surtout de cette conférence organisée lors du voyage du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, en août dernier, où Il avait alors comparé Ma’ohi Nui à un futur Qatar grâce à ses ressources minières sous-marines.

L’économie bleue est-elle plus verte ?
« Deux éléments sont majeurs pour comprendre l’importance de l’océan dans la lutte contre le dérèglement climatique », explique Françoise Gaill, oocéanographe française, spécialiste des écosystèmes marins profonds et de l’adaptation. « L’océan est d’abord un puits de carbone. Donc, il joue un rôle dans tout ce qui est atténuation. Un autre phénomène est moins connu : la chaleur dégagée par les émissions de gaz à effet de serre, pour plus de 90 %, est également absorbée par l’océan. »
L’économie bleue apparaît comme le meilleur allié du développement durable. Au nom de ce dernier, les multinationales justifient l’exploitation des ressources minières de l’océan au nom de sa protection.
Un tel double discours, porté dans les plus grandes conférences internationales, pourrait permettre de commencer la ruée vers cet or sous-marin au nom de l’économie bleue… qui a tout d’une économie grise.
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Discours de Heremoana Maamaatuaiahutapu, ministre de la Culture, de l’Environnement et des Ressources marines – 12e Conférence des dirigeants des Îles du Pacifique (septembre 2022)
« Notre vision est globale et s’articule autour de quatre piliers :
– Mou’a ti’a : la préservation du Cœur de nos îles ;
– Tai uta : la restauration du lien Terre-Mer ;
– Tainui ātea : la protection et la gestion durable de notre ZEE ;
– Te Moana nui o hiva : la construction du Grand Mur Bleu du Pacifique.
Il y a longtemps, certains scientifiques ont prétendu que nous étions des Polynésiens, des Mélanésiens, des Micronésiens et des frontières ont été posées sur notre océan. Puis notre histoire a fait de nous des citoyens français, anglais, américains ou chiliens. Cela s’est décidé sans nous, quelque part, très loin du Pacifique et de nos préoccupations. Aujourd’hui, nous voulons parler d’une seule voix parce que nous voulons protéger notre océan, qui est notre patrimoine commun, et nous voulons promouvoir nos cultures en tant que Continent de l’océan Pacifique. »

