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« Et toi, qu’est-ce que tu penses de la gifle de Will Smith ? »
 
Cette question, qui a circulé dans mon entourage ces derniers temps, a très probablement tourné en boucle de la même manière dans de nombreux cercles d’amis, comme elle a pu alimenter – privilège du buzz médiatique – les joutes verbales des infatigables bretteurs de la Toile. À l’intersection du mondain et du (potentiellement) judiciaire, l’« événement », sur lequel je ne crois pas nécessaire de revenir ici en détail, a provoqué un petit séisme dans l’univers distingué des Oscars le 28 mars dernier. Rappelons simplement que, suite à une plaisanterie de l’humoriste Chris Rock sur la femme de Will Smith, l’acteur se lève en pleine cérémonie et administre au blagueur une gifle spectaculaire devant le public médusé et à la face des caméras du monde entier.

Indépendamment des tenants et aboutissants de ce geste, j’aimerais mettre en évidence quelques parallèles qui ont dû s’établir presque automatiquement dans l’esprit de certains spectateurs : je ne prétends pas que nous ayons tous pensé à Bergson, mais l’irruption de la dimension platement physique sur la scène compassée des Oscars provoque tout de même un petit choc qui correspond à ce que le philosophe dit du rire, dans son célèbre essai du début du XXe siècle, où il l’analyse comme du « mécanique plaqué sur du vivant ». Stupeur générale devant le rappel brutal, visuel, sonore, vif comme l’éclair, d’une réalité : les personnalités médiatiques, les élégantes stars du show-business, dont le prestige artistique et le charisme éthéré se trouvent amplifiés par la scénographie de la cérémonie institutionnelle des Oscars, « sont aussi des corps ». D’un coup d’un seul, Will Smith incarne, presque par synecdoque, la gifle parfaite – à deux doigts (mea culpa pour le mauvais jeu de mots), n’eût été la paume ouverte, d’une véritable « droite » ou d’un « crochet ».. …

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