De nombreuses et graves plaintes ont été déposées auprès de la Direction de la Santé par des patients très inquiets quant aux « méthodes peu orthodoxes » employées par l’un des médecins en poste à Huahine, responsable du dispensaire. Suite à plusieurs décès, une pétition circule sur l’île, réclamant le départ du taote. Un audit interne a…

Le problème de la Santé dans les îles devient de plus en plus inquiétant en Polynésie, notamment dans les archipels éloignés où la population doit attendre l’arrivée des médecins itinérants pour être prise en charge. Régulièrement, le personnel se plaint des conditions de travail et du comportement de leurs supérieurs hiérarchiques. C’est le cas encore une fois, à Huahine, où de nombreux patients ont porté plainte contre l’un des taote qui exerce sur l’île, dont les méthodes auraient eu « des conséquences plus ou moins funestes ». Une pétition pour demander le remplacement du praticien circule même au sein de la population, très remontée !
Pour des raisons d’éthique, nous ne dévoilerons pas l’identité du médecin qui est visé, nous le nommerons « Docteur X », et nous nous en tiendrons aux faits, documents accablants à l’appui.
En effet, Pacific Pirates Média (PPM) a pris connaissance des attestations des plaignants, ainsi que de la missive envoyée par le syndicat de la Fonction publique à la Direction de la Santé, le 23 mars dernier, dénonçant le comportement du Docteur X. Précisons que, dès le 16 juin 2021, des premiers signalements lui avaient été adressés. Il aura donc fallu presqu’un an et plusieurs courriers envoyés à la Direction de la Santé et à son ministère de tutelle pour qu’une enquête soit enfin ouverte…
« Plusieurs décès s’en sont suivis ou ont été évités de peu par l’intervention salutaire d’un tiers »
Dans sa dernière lettre, le Syndicat de la Fonction publique (SFP) rappelle ainsi à la directrice de la Santé qu’il a déjà eu l’occasion de lui « signaler les pratiques » du Docteur X, « qui, pour ne pas se déplacer, pré-signe des ordonnances qu’elle enjoint aux infirmiers d’astreinte d’utiliser ». Et de poursuivre : « Elle fait également ainsi lorsqu’elle est présente mais ne souhaite pas prendre en charge les patients. Bien que votre BRH nous ait déclaré qu’un audit interne, diligenté par vos services à la suite de votre courrier du 12 octobre 2021, avait démenti la réalité des faits, nous ne cessons de recevoir de nouvelles attestations de patients ou de personnels faisant état de ces faits et de leurs conséquences plus ou moins funestes, des patients ayant été renvoyés chez eux avec de mauvais diagnostic ou sans prise en charge du tout. Plusieurs décès s’en sont suivis (cf. attestations jointes de familles de patients du 17 juin et du 26 juin 2021) ou ont été évités de peu par l’intervention salutaire d’un tiers (attestation du 19 mars 2022). »

Le SFP dénonce par ailleurs comment l’audit interne a été effectué par la Direction de la Santé : « Sur place, plusieurs infirmiers n’ont pas été auditionnés lors de l’audit, ce qui interroge sur la méthodologie retenue. Il semble que le Docteur X, responsable du dispensaire, a imposé ce mode de fonctionnement (ordonnances pré-signées à compléter par les infirmiers) à ses collègues permanents ou itinérants (…). Je vous joins cinq attestations de patients ou de professionnels exposant ces faits susceptibles de relever soit de faux ou de complicité de faux, de mise en danger de la vie d’autrui, voire d’homicide involontaire. »
Une pétition pour réclamer le départ du taote
Le syndicat s’impatiente et prévient que « face à l’inertie (ou à la connivence) de la subdivision (pourtant informée par plusieurs agents), la population s’émeut ». D’ailleurs, une pétition circule dans l’île pour « réclamer le départ de ce médecin aux pratiques peu orthodoxes » et aurait recueilli « plus de 150 signatures en moins de 3 jours ». En outre, un signalement a également été opéré au conseil de l’ordre des médecins, étant donné « la gravité et la persistance des faits ». Le SFP fustige encore la Direction de la Santé : « Je ne vous cache pas que vu la tournure que prend cette affaire, le défaut de diligence de l’administration pourrait être de nature à jeter le discrédit sur les services de Santé. (…) Il conviendrait dans ce contexte de vous interroger sur la pertinence du renouvellement du Docteur X sur Huahine et de la fiabilité des rapports qui vous viennent de la subdivision de Raiatea à son sujet. L’enchaînement des témoignages et de l’expression populaire semblent en effet en singulier décalage avec ce qui semble vous être rapportée de la situation sur place. »
Et de proposer : « La saisine de l’Inspection générale (logée au sein de la DMRA) ou de l’ARASS, services rompus à la pratique de ces enquêtes, mériterait d’être sérieusement envisagée pour faire émerger la vérité. Par ailleurs, la mise en œuvre de mesures conservatoires (redéploiement du médecin sur une autre île ?), prises dans l’intérêt du service, mériterait probablement d’être envisagée pour ramener un peu de sérénité dans l’île. Quoi qu’il en soit, l’abondance des témoignages et la vigueur du sentiment populaire témoignent qu’il se passe quelque chose, qu’il est temps d’agir et encore plus d’abandonner la tactique jusque-là retenue de faire comme si rien de sérieux ne se passait dans ce dispensaire. » Avant de conclure : « La fiche d’analyse du jugement du TGI de Paris du 3 septembre 2003, hôpital Trousseau, rappelle que l’inaction est susceptible d’entraîner la condamnation de toute la chaîne hiérarchique qui avait laissé perdurer des glissements de tâches ayant conduit au décès de patients. »

Une enquête en cours, mais qui tarde…
Selon nos informations, le Docteur X est toujours en poste et aucune décision n’a encore été prise, bien que toute la chaîne hiérarchique de la Santé soit informée. Le conseil de l’ordre des médecins aurait, lui, beaucoup de mal à se positionner sur une affaire aussi délicate. Une enquête est en cours, suite à la plainte déposée par le SFP, mais la Direction de la Santé peine à prendre des mesures préventives. Cependant, au regard des témoignages sidérants de certains patients, il va bien falloir trancher dans le vif !
De notre côté, sachez, chers lecteurs et abonnés de PPM, que notre rédaction a été alertée le 12 avril dernier de ce dossier à traiter en urgence et a aussitôt sollicité le service de presse de la Présidence (comme l’exige le « protocole ») pour saisir le ministre de la Santé et obtenir un entretien. Dix jours plus tard, toujours sans réponse de la part du ministère, nous avons relancé la Présidence.
Enfin, quatre jours après, soit au bout de deux semaines au total, cette réponse nous parvient : « Un audit a été réalisé sur la base d’éléments qui ont nécessité d’être vérifiés et croisés, et un entretien s’est tenu sur place à Huahine mercredi dernier (le 20 avril 2022, ndlr), suite au deuxième courrier reçu par la Direction de la Santé. Tous ces éléments ont été réunis pour la constitution d’un rapport circonstancié en cours de consolidation et qui sera transmis prochainement au ministère de tutelle. Ce n’est que lorsque le ministre aura pris connaissance de ce rapport, qu’il pourra, s’il le souhaite, se prononcer sur ce dossier. »
PPM n’aime pas trop être « baladé » ainsi et, bien évidemment, n’a pas attendu le « rapport circonstancié » de Monsieur le ministre pour informer ses lecteurs et avertir la population. Peut-être aurons-nous l’honneur d’entendre plus tard M. Raynal s’exprimer en toute transparence ?
