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J’adore Jadot… J’aurais même voté pour lui le 9 avril s’il n’avait pas été finalement un Vert pépère plutôt qu’un Vert prospère. Il est vrai qu’on avait eu naguère un Vert qui aurait été pervers[1]. Soporifique parfois, le Jadot. Quand il plaide et que je l’écoute emballée dans mon plaid, j’appelle à l’aide pour qu’on ne me laisse pas m’endormir. Pourtant, il respire l’honnêteté. L’écologie, il y croit, plus que beaucoup de chrétiens ne croient en leurs devoirs de charité…

Pauvre Jadot ! Il a été soutenu par son parti comme la corde soutient le pendu ! Lui, croit aux éoliennes, mais beaucoup, dans son parti, brassent du vent et n’apportent aucune lumière.

N’empêche qu’il faudra nous expliquer comment on peut réduire l’empreinte carbone sans qu’ici, au pays Mā’ohi (et j’ajouterai en Kanaky), nous ne nous battions la coulpe chaque fois que nous prenons l’avion ou chaque fois que nous sommes dans les embouteillages. Moi, dans les files d’autos, je trouve – pour l’instant – que la coupe est pleine, mais je ne me bats pas encore la coulpe. Il est vrai que je ne suis pas catholique et que je ne vais pas à confesse, même si les autos longtemps immobiles ressemblent à un confessionnal délaissé par un homme d’Église. J’imagine mal les Polynésiens et les Calédoniens voter en masse pour les Verts, eux qui sont persuadés que posséder un gros 4X4 énergivore, c’est culturel !

Europe-Écologie-les Verts peuvent-ils estimer qu’ils ont eu les urnes à moitié pleines ou à moitié vides ? Qu’est-ce qui leur a manqué alors que l’accord est de plus en plus général pour admettre qu’il est urgent de sauver la planète ? C’est que les écolos ne sont d’accord sur presque rien. Chaque fois que Yannick parlait, il mécontentait une partie de son électorat. Il vantait les éoliennes et certains en devenaient tout pales (d’éoliennes évidemment). Les caméras le montraient dégustant un bon steak et les vegan du parti avaient une indigestion. Quand il disait qu’il voulait « casser les codes », voilà Sandrine Rousseau (sa rivale interne) qui se sentait visée[2]… Autrement dit, lancer une idée, pour Yannick Jadot, c’était se tirer une balle dans le pied (de verre, bien entendu) ou jouer à la roulette russe.

C’est à dessein que j’utilise cette dernière expression, car ce jeudi 21 avril, Yannick s’en est pris avec vigueur à tous ceux qui prétendaient combattre Marine Le Pen en s’abstenant ou en votant blanc (contre le bleu marine). Il l’a martelé : ne pas voter Macron, c’est jouer à la roulette russe. Bien sûr, pour lui, Macron, ce n’est pas Éole, mais devant le risque de vent sibérien, il vaudrait mieux prendre les deux vents.

Tout le monde – ou presque – sait ce qu’est la roulette russe, ce « jeu » consistant à mettre une balle dans le barillet d’un révolver, à tourner ce dernier de manière aléatoire, puis à pointer le revolver sur sa tempe avant d’actionner la détente. La mort est alors au rendez-vous, ou pas. Par extension, l’expression désigne une décision importante, voire vitale, prise avec beaucoup de risques[3].

Bon, il fallait rappeler tout ça, mais j’insiste parce que la déclaration de Yannick ne manque pas de sel… dont la Russie ne manque pas non plus… ceux qui sont passés par le goulag ne s’en souviennent plus, car le sel ne les a pas conservés.

Si j’entends bien Yannick, il voudrait dire par là que voter pour l’une ferait que sous sa houlette, les Français pourraient bien fournir des travailleurs détachés pour suppléer au recul démographique russe comme, pendant la Seconde guerre mondiale, Vichy – le régime si bien considéré par l’extrême droite – avait envoyé des travailleurs en Allemagne remplacer les soldats sur le front. Info ou intox ?

Si Jean-Luc Mélanchon (visé par le jet d’eau) se mettait à jouer à la roulette russe, il commettrait une boulette et en prendrait pour son grade (Volgograd, Stalingrad et Petrograd) et serait dégradé. Si Jean Lassalle en faisait autant, il ferait bien de prendre un peu de vodka avant de jouer avec le barillet. Il ne faudrait pas oublier que la vodka soulait – toulousain ou rien – ce qui pour un homme du terroir comme Jean Lassalle serait un comble.

Valérie Pécheresse, elle, il lui sera beaucoup pardonné. Elle est catholique. Elle a puisé dans son bénitier et son parti a emprunté auprès d’une banque hexagonale. Elle, elle ne joue pas à la roulette russe, mais son ami Ciotti (j’ai failli écrire myosotis) si. Et elle trouvera bien le moyen de rembourser ses dettes puisque qu’elle proposait – si elle avait été élue – de rembourser les dettes de l’État. Personne n’a jamais compris comment elle aurait fait, mais quand on prétend rembourser des milliards et des milliards, ce ne sont pas quelques millions d’euros qui devraient poser problème. La droite populaire, vous dis-je… Celle qui est l’héritière de Chirac qui avait inventé « la fracture sociale » (en fait la facture sociale) et la France d’en-bas… Elle ne pourra même plus compter sur François Fillon qui a été contraint de se retirer de ses fromages russes et de renoncer à ses roubles, ce qui – pour un roublard – est un comble[4].

Et quand j’évoque la roulette russe, je ne peux m’empêcher de penser à nos irresponsables politiques qui se rangent derrière les candidats à la présidentielle avec des tendances suicidaires. Leur choix est aussi aléatoire que la place de la balle dans le barillet, mais elle peut devenir mortifère. À terme, l’Histoire sera sans pitié pour celles et ceux qui ont choisi des candidats qui tournent le dos à toutes nos valeurs polynésiennes d’accueil et de partage et aux sensibilités chrétiennes (que le Saint Père et les pasteurs ne cessent pourtant de rappeler). Urbi et orbi, je vous le dis, prions pour que notre Fenua n’ait jamais deux Zemmour ! Celui de Paris et son hologramme de chez nous…

Maintenant que l’élection est terminée, je peux vous le dire, j’avais voté pour Jean Lassalle… par charité chrétienne. Il se représentera sans doute dans cinq ans, mais pendant tout ce temps il pourra remiser ses terroirs dans ses tiroirs. La politique, ça meuble !

Bon, pour me consoler de tout ça, je vais aller déguster une poutine avec ma copine Aline.


Une fois encore, précisons que les notes sont générées par notre système d’intelligence superficielle.

[1] Holà ! Maeva ! Stop ! Tu dois savoir que tout homme est présumé innocent jusqu’à ce qu’il ait été déclaré coupable. Bon OK ! Maeva réplique qu’elle avait utilisé le conditionnel. Dont acte.

[2] Il faut croire que Maeva a un mauvais souvenir de ses cours de code et de conduite. Le code Rousseau, c’était pas sa tasse d’été.

[3] Maeva ne prend pas beaucoup de risques en citant presque mot pour mot la définition de Wikipédia. Il semble que pour envoyer son billet à temps à PPM, elle soit allée au plus pressé.

[4] Même remarque que pour la note 1.


Note de PPM : Notre collaboratrice Maeva Takin nous apportera régulièrement ses analyses à la fois déjantées et pertinentes. Vous pourrez aussi la lire sur son blog où elle présente des chroniques, des nouvelles (écrire des nouvelles désopilantes, tendres, accusatrices, c’est sa vocation) et une rubrique Adrénaline (coups de cœur ou de colère, comptes-rendus de parutions…) qu’elle partagera parfois avec PPM.

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