Oui… « Lamentable », c’est l’adjectif qui vient à l’esprit quand, en lisant le livre du CEA, Les essais nucléaires en Polynésie française, on aborde dans le chapitre 4 le paragraphe intitulé « Dépollution et Assainissement »… En effet, tout ce qui est écrit dans ce paragraphe est tellement confus et obscur que l’on n’y comprend rien !
Parmi tout ce fatras de justifications et de satisfecit développés dans le texte, j’ai souhaité chers amis lecteurs vous présenter deux paragraphes pour les soumettre à votre jugement et à votre appréciation. Il y a tout d’abord un long paragraphe relatif à l’assainissement et au démantèlement de l’installation Meknès.
Je rappelle que dans cette installation construite en 1977 en zone Denise, au nord de Moruroa, il y avait eu, en 1979, un très grave accident qui avait entraîné la mort de deux personnes et une importante contamination (due au plutonium) de tout le matériel technique utilisé. Retiré de la cuve principale, ce matériel contaminé fut alors entassé dans un conteneur du type conteneur maritime qui, après avoir été rempli de ciment, fut en 1983 immergé dans l’océan juste en face de la passe nord de l’atoll. Or, ayant lu dans ce paragraphe que cette immersion fut réalisée dans le strict respect de la convention de Londres, j’ai longuement recherché dans cette fameuse convention internationale signée par la France en 1976 ce qui pouvait autoriser l’immersion d’un conteneur contenant un produit radioactif extrêmement dangereux à savoir du plutonium. Amis lecteurs, je peux aujourd’hui vous affirmer que cette immersion fut totalement illégale et sans hésiter je mets au défi Monsieur Bugaud, délégué à la Sécurité nucléaire, et Monsieur Salvetti, directeur des applications militaires du CEA, de prouver le contraire.
L’endroit exact où cette immersion a été réalisée est parfaitement connu : il se situe à 1 mille marin devant la passe nord de Mururoa… Ce fameux conteneur reposant par environ 2 000 mètres de fond, il est tout à fait possible à ce jour de le récupérer pour le mettre en lieu sûr. La France reconnaissant alors son erreur ce serait tout à son honneur ! Et ce geste écologique fort serait très certainement apprécié des Polynésiens.
Un deuxième paragraphe a également retenu mon attention ; voici en effet ce qui est écrit : « La zone nord de Mururoa, à l’ouest du PEA Denise, fut utilisée en 1970 pour une douzaine d’expériences de physique Arpège qui nécessitaient un explosif chimique et quelques grammes de plutonium ». Amis lecteurs, vous conviendrez avec moi qu’à la lecture de ce texte on est plongé dans le flou le plus complet ! C’est quoi une expérience « Arpège »1 ? Pourquoi quelques grammes de plutonium ? À quel endroit exact ces expériences se sont-elles déroulées ? Voici bien des réponses que nous aimerions avoir !
Pour terminer, je tiens à souligner la brillante conclusion des auteurs de ce « chef-d’œuvre scientifique » du CEA qui ont en effet écrit : « Dans le banc Colette, les impacts ne présentent pas de danger pour les personnels présents sur l’atoll… sous réserve de ne pas se rendre dans ces zones parfaitement identifiées ». Vous conviendrez que Monsieur de la Palice doit certainement être d’accord avec eux…
Note :
1 NDLR : Les ingénieurs de la bombe ont réalisé aussi ce qu’ils désignent sous le nom d’« expériences complémentaires ». Ces expériences consistent à faire agir des explosifs chimiques sur de petites quantités de matières nucléaires, du plutonium notamment. Elles ont eu lieu en surface à Moruroa sur la zone dite « Arpège » à l’ouest de Denise.
