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Les années 2000 ont vu naître dans les universités américaines un mouvement intellectuel que l’on a nommé du terme de woke – être éveillé – et que l’on a rapidement baptisé le wokisme. Il a été associé à la cancel culture aux théories de la déconstruction, du décolonial, etc. Essayons de présenter, dans les limites d’un article forcément succinct et incomplet, la problématique, et de comprendre en quoi les réactions suscitées sont bien à l’image de la société numérique et mondialisée de notre temps.

D’essence progressiste, ce mouvement, en se développant, a rapidement provoqué dans les milieux conservateurs des Etats-Unis (parti les Républicains), mais de France aussi (J.M. Blanquer, L. Wauquiez[1], etc.) de fortes réactions hostiles. Commençons par un rappel historique. Les controverses intellectuelles ne datent pas d’aujourd’hui. Dans les années 1960 déjà, la nouvelle querelle des Anciens et des Modernes[2] s’incarnait dans le conflit entre les vieilles écoles critiques littéraires (représentées essentiellement par les tenants de la méthode dite de l’histoire littéraire – cf. le manuel Lagarde et Michard de nos études secondaires), et la jeune garde d’universitaires utilisant des méthodes empruntées aux sciences humaines en pleine expansion (sociologie, psychanalyse, linguistique structurale, narratologie, etc.). La querelle a donné lieu à des débats fameux à travers des ouvrages polémiques demeurés célèbres, Raymond Picard versus Roland Barthes[3]. La vieille garde universitaire de l’époque, mandarins en tête, hésitait – c’est un euphémisme – à recruter de jeunes enseignants adeptes des méthodes nouvelles, et Roland Barthes, par exemple a dû trouver pour enseigner une chaire à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes EPHE), et nous étions nombreux, jeunes étudiants avides de transformer la société à commencer par les poussiéreuses études de lettres, à venir l’écouter place Saint-Germain à Paris, à la fin des années soixante… Ce débat n’a polarisé en réalité que quelques centaines de personnes, vivant dans le monde confiné d’un certain parisianisme, sous l’œil néanmoins attentif des deux principaux quotidiens de la capitale, Le Monde (classé à gauche) et Le Figaro (à droite) qui ont relayé et pris parti dans le débat …

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1 réflexion au sujet de « Le wokisme : un mouvement culturel libérateur ou liberticide ? »

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