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Avec un maigre bilan annuel à leur actif, Moetai Brotherson, le « Président absent », et son gouvernement semblent gouverner en faisant le tri par le vide… Par contre, les élus indépendantistes font le plein en matière de « sorties de route » ! On se rappelle qu’en début d’année déjà, les paroles tenues par le représentant Mitema Tapati et le ministre de l’Éducation, Ronny Teriipaia, sur le « blanchissement » de la population ont été signalées à la justice par le président du Tapura, Édouard Fritch, le règlement intérieur de l’assemblée de la Polynésie française interdisant les propos xénophobes et racistes. On se souvient aussi qu’en 2007, le président du Tavini, Oscar Temaru, avait été condamné à 500 000 Fcfp d’amende pour discrimination raciale.

Pour le seul mois de mai (durant lequel, c’est vrai, on peut faire « ce qui nous plaît » !), ce ne sont pas un, ni deux, mais de multiples dérapages que le parti bleu ciel a plus ou moins contrôlé, donnant lieu à une sorte de bêtisier de politique politicienne locale. Florilège de verbiages, dont on peut rire ou pleurer, à chacun de juger.  

SANTÉ

Sylviane Tiatoa, représentante du Tavini, à propos du Centre hospitalier de la Polynésie française (CHPF) :

« Ils ne se sont pas du tout préoccupés de la nature même des personnes de ce peuple ni de la culture de ce peuple. Ils ont soigné les Mā’ohi comme si c’étaient des popa’ā, des étrangers, et ils étaient sur le point de transformer les Māohi en popa’ā, en étrangers par leurs traitements. À ce jour, il n’y a aucun médicament à l’hôpital qui soit en mesure de guérir qui que ce soit, il n’y a aucun médecin dans ce pays qui soit capable de traiter quelqu’un jusqu’à la guérison. Les soins qui sont prodigués chez nous aujourd’hui, ce n’est manifestement pas pour guérir complètement les malades mais seulement pour apaiser leurs douleurs. C’est pour cette raison que l’hôpital est source de dilapidation d’argent tous les ans. Depuis que nous sommes arrivés ici, c’est déjà la quatrième fois que nous devons déverser de l’argent pour cet hôpital afin de soutenir les employés qui essayent de soigner ceux d’entre nous qui tombent malade. Mais il m’apparaît que malgré cet argent que nous déversons, le nombre de malades soignés ne baisse pas, au contraire il augmente et le nombre de personnes qui décèdent augmente. Nous devons donc nous demander si ce qui est fait est bien fait aujourd’hui. »

Des propos qui ont fait aussitôt bondir le conseil de l’ordre des médecins, considérant que cette sortie est « indigne, raciste, insultante et surtout d’une incohérence étonnante ».

Si Chantal Minarii Galenon a hérité du ministère des Solidarités et du Logement, elle donne aussi ses petits conseils en matière de santé sur les réseaux sociaux. Ainsi, elle a publié une recette traditionnelle à base de feuilles de goyave et de corossol pour « faire passer la grippe », « nettoyer l’organisme » et « sauver des vies ». Des internautes se sont étonnés des « nouvelles compétences » de la ministre, qui de surcroît omet d’inviter la population à la prudence « en se renseignant au préalable auprès d’un médecin » et semble oublier de « prendre en compte les allergies et les antécédents » de chaque individu.

LOGEMENT

Ruben Teremate, représentant du Tavini, à propos de l’Office polynésien de l’habitat (OPH) :

« Que faut-il vraiment faire, rajouter encore de l’argent ou réduire le personnel ? Continuer ou supprimer cet établissement ? Il semblerait qu’il y ait 50 organismes publics dans notre pays, ne pensons-nous pas que c’est beaucoup trop ? Pour les Māohi, les plants mâles sont éliminés dans les champs car ils ne produisent pas. Parmi tous nos organismes publics, certains ne sont-ils pas devenus des plants mâles improductifs ? C’est quand même la première fois que l’on découvre dans le monde un arbre qui ne soit ni mâle, ni femelle, comme si, mesdames et messieurs les ministres, nos établissements publics sont devenus apathiques. Alors pourquoi avoir peur de les éliminer. Même si on nous désigne comme les rois de la non-suppression, il vaut mieux supprimer. C’est notre rôle de le faire maintenant et d’expliquer devant notre peuple que nous ne pouvons plus à ce jour accepter les nouvelles demandes de Fare OPH et que nous devons suspendre les demandes dès à présent. »

OFFICE DES POSTES ET DES TÉLÉCOMMUNICATIONS (OPT)

Selon le syndicaliste Cyril Le Gayic, la ministre Vannina Crolas, ministre de la Fonction publique, fait du « chantage » aux employés de l’OPT : s’ils refusent un autre gel des salaires à hauteur de 300 millions de Fcfp cette fois-ci, ils ne percevront pas cette année la subvention du Pays, au risque de pénaliser les îles éloignées.

SOLIDARITÉ AVEC LA KANAKY

Alors que la Nouvelle-Calédonie est frappée par des manifestations violentes et que la population vient à manquer de nourriture en raison des pénuries dans les magasins, l’assemblée de la Polynésie française a rejeté en masse l’amendement proposé par le Tapura pour aider financièrement (100 millions de Fcfp) le peuple kanaky, avec 38 voix contre (celles du groupe Tavini) et 19 pour.

Coup de tonnerre au sein de l’hémicycle après ce vote inattendu, la Polynésie ayant toujours été solidaire avec ses amis du Pacifique (une opération privée a même été lancée récemment par la famille Malmezac), et le Tavini ayant évoqué la Calédonie dans sa prière d’ouverture et observé une minute de silence en début de séance.

Auparavant, Steve Chailloux, député polynésien, avait pourtant réaffirmé le soutien du Fenua à ses « frères et sœurs » qui « peuvent compter encore et toujours sur nous ».

L’élue Tapura, Tepuaraurii Teriitahi, a notamment réagi en rappelant qu’ils votaient en leur « âme et conscience le rejet de la solidarité avec la Nouvelle-Calédonie ». Et de commenter : « Vous considérez donc que nos frères calédoniens ne le méritent pas ». Le Tavini s’est justifié en évoquant « la culpabilité de l’État ».

Nicole Sanquer, du groupe A Here Ia Porinetia, s’est dit quant à elle « choquée de ne pas réagir pour des raisons politiques et de laisser des Polynésiens qui sont là-bas, des personnes qui n’ont plus rien » et s’est interrogée : « Où est votre foi ? Où sont vos valeurs ? ».

Moetai Brotherson, le président de la Polynésie française, a rétorqué : « Il ne faut pas tout confondre, on n’est pas ici dans un cataclysme naturel. Il y a un responsable, c’est l’État ; et c’est à l’État d’intervenir. On n’est pas en train de ressasser des histoires du passé, cela a commencé avec le déni du 3e référendum ».

De son côté, Nahema Temarii, ministre des Sports et de la Jeunesse, a publié un post sur les réseaux sociaux, dans lequel elle étrille l’État : « Quand allez-vous nous autoriser à récupérer nos Mā’ohi en Nouvelle-Calédonie ? (…) Sommes-nous français uniquement lorsque cela vous arrange ? (…) Si vous n’êtes pas au courant, nos Mā’ohi se font poursuivre par des gens avec des cailloux, ils se cachent et doivent organiser des rondes pour veiller la nuit. Il n’y a plus de place dans les hôtels réquisitionnés pour héberger vos forces de l’ordre. Je vais certainement prendre cher après ce post. Je l’assume ! C’est juste inhumain ! En attendant, vous vivez au paradis, chez nous ! »

REMANIEMENT ET GUERRE DU CLAN

À l’heure du bilan de la première année de mandature de Moetai Brotherson, Antony Géros, président de l’assemblée de la Polynésie française et vice-président du Tavini, interrogé par Tahiti Infos, a taclé le président du Pays et son gouvernement, considérant que la prise en compte de la misère sociale doit être « une priorité » et n’hésitant pas à appeler les mécontents « à manifester leur désarroi ». En réaction à l’éviction du gouvernement de la Vice-présidente, Éliane Tevahitua, il n’a pas caché son agacement : « Il s’agit quand même d’Éliane. Quand on touche à un élément important du parti, il est essentiel que la discussion se fasse à l’intérieur du parti. (…) Le fait qu’on s’en défasse comme ça, manu militari, je trouve cela très dommage pour le parti qui se retrouve affecté. (…) Si le parti est privilégié (au remaniement ministériel du 3 juin, NDLR), je me tairai, mais si le parti n’est pas privilégié, je m’interrogerai. » Il affirme avoir appris avec « étonnement et consternation cette décision de changement prise à la dernière minute ».

Il a interpelé également le ministre de la Santé et dit attendre que des vraies solutions soient proposées dans le dossier de la Protection sociale généralisée (PSG), et non « des petites mesures insignifiantes » afin de « rééquilibrer les caisses » et « combler le trou des 9 milliards de Fcfp » causé par la suppression de la CPS dit taxe sociale qu’il ne souhaitait pas aussi rapide et qui ne résout pas le problème de la cherté de la vie. Géros a enfoncé le clou : « La population n’a rien vu ». Un manque flagrant de solidarité avec son collègue Moetai, pour ne pas dire un désaveu total ! Et d’avertir au sujet du processus d’autodétermination : « Demain s’il n’y a pas de dialogue de décolonisation il ne faudra pas s’étonner que cela se passe comme en Nouvelle-Calédonie, avec des moyens autres que le dialogue qui vont être utilisés ».

Pour sa part, Moetai Brotherson a expliqué, toujours sur Tahiti Infos, les raisons de sa séparation avec Éliane Tevahitua qu’il considérait comme « la meilleure » il y a un an, mais qui « travaille en solo (les ministres et moi-même avons appris par la presse cette cessation de bail à l’hippodrome de Pirae sans avoir été concertés, par exemple) alors que je défends l’inter-ministérialité ». Ainsi, dans un courrier, il lui écrit : « Vous n’apportez pas de solutions. (…) Ce n’est pas ce que le Président attend de ses ministres qu’il nomme et dénomme. (…) Peut-être ai-je trop surestimé votre capacité à mener de front l’ensemble des délégations qui vous ont été accordées. »

Par ailleurs, il est revenu sur son élection à la tête du Pays : « Au départ, je ne voulais pas être candidat, mais Géros ne s’est pas manifesté. Je n’étais pas non plus candidat lors de mon premier mandat au conseil municipal de Faa’a, ni pour les législatives, puis je me suis finalement lancé. (…) Je ne peux pas empêcher les gens d’avoir des fantasmes. (…) Je n’ai jamais voulu faire de politique. »

Il a en outre assuré qu’Antony Géros était pourtant bien au courant du débarquement prochain de la Vice-présidente : « Nous organisons régulièrement des déjeuners avec les trois PR (le président du Tavini Oscar Temaru, le président de l’assemblée de la Polynésie française Antony Géros et le président du Pays Moetai Brotheron, NDLR), comme ce fut le cas le 3 mai, au sujet du remaniement et de la nouvelle géométrie du gouvernement. Nous avons alors évoqué l’éviction d’Éliane Tevahitua et ses éventuels successeurs. » Et de poursuivre : « Vous pouvez interroger Oscar Temaru qui fera l’arbitre. » Réponse de l’intéressé : « Je viens d’apprendre cette nouvelle ce matin. »

Nul doute, la guerre dans le clan bleu ciel est bien ouverte entre Géros et Brotherson, Temaru commençant à accuser le poids des années…

POLITIQUE

Le 13 mai dernier, on apprenait que les trois députés polynésiens déposaient, en catimini, un amendement signé avec leurs collègues du GDR pour modifier le statut de la Polynésie française. L’objectif était de transférer toutes les compétences de l’État sur les communes au Pays, et les ressources financières correspondantes, « de façon définitive », sous couvert d’une « demande des communes et de leurs élus ». Le Syndicat pour la promotion des communes (SPCPF) a alors fustigé les députés locaux dans un communiqué, affirmant que « les communes et leurs élus n’ont jamais été consultés sur cet amendement et n’ont jamais demandé que l’ensemble de ces compétences soient transférées au Pays ». La proposition de loi demandait par ailleurs que soient posées les bases d’une citoyenneté polynésienne pour déterminer la composition du corps électoral, que l’élection du président de la Polynésie française s’effectue au suffrage universel direct pour un mandat de 5 ans renouvelable une fois, et que l’assemblée de la Polynésie française soit libre de décider de la date et des modalités d’un référendum d’autodétermination. De son côté, le Tapura a dénoncé un « mensonge scandaleux, indigne et nauséabond », tandis que le chef du parti indépendantiste, Oscar Temaru, a relativisé l’attitude de nos représentants à l’Assemblée nationale : « Il faut que jeunesse se passe ».

Tout récemment, une délégation de huit militants du Tavini, emmenée par le secrétaire général du parti, Victor Maamaatuaiahutapu, a répondu à l’invitation de l’Azerbaïdjan pour préparer la décolonisation de la Polynésie. Quelques jours auparavant, quatre personnes du Tavini s’étaient déjà déplacées à Paris pour fêter l’indépendance de l’Azerbaïdjan. « Nous sommes convaincus que l’Azerbaïdjan fera entendre notre voix dans le monde entier, car vous comprenez bien ce que nous vivons », a expliqué Victor Maamaatuaiahutapu. Il a en outre déclaré : « La Polynésie française est isolée en tant que colonie et c’est la France qui en est coupable ». Le but de cette visite serait de mettre en place une « coopération interparlementaire, économique et humanitaire », ce que nie le Tavini.

Alors que les opérations d’ingérences et les tentatives de déstabilisation par la Russie, la Chine, les Comores ou l’Azerbaïdjan se multiplient en Outre-mer, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a clairement accusé le régime pro-russe de Bakou de souffler sur les braises de la colère en Nouvelle-Calédonie…

Ensemble, faisons bouger les lignes… pour un vent de liberté !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt

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