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Après l’éviction soudaine de la Vice-présidente de la Polynésie française et ministre de la Culture, Éliane Tevahitua, c’est au tour de Tevaiti Pomare, ministre de l’Économie, des Finances et du Budget (MEF), d’être débarqué sans préavis par Moetai Brotherson. En l’espace de deux mois et demi, ce sont ainsi deux membres majeurs du gouvernement qui sont écartés et donc désavoués par le président du Pays. Qui sera le suivant ? À ce train-là, comme à « Koh-Lanta », il n’en restera rapidement plus qu’un ! M. Brotherson avait pourtant annoncé lors de sa prise de fonction en mai 2023 qu’il s’était entouré d’une « Dream Team »… Force est de constater que la réalité a rattrapé son « équipe de rêve » et a grignoté les illusions du parti bleu ciel. Il est en effet toujours plus facile de critiquer l’opposition que de gouverner. Et il faut bien avouer que M. Pomare ne faisait pas l’unanimité, loin s’en faut. Mais faut-il lui jeter la pierre alors que ses homologues n’ont guère fait mieux ? En plus de quinze mois de gouvernance, le Tavini n’a lancé aucun projet important ; pour l’heure, le parti indépendantiste n’a rien à accrocher à son tableau de chasse, aucune médaille !
Brotherson a donc balayé l’ancien MEF, lui reprochant publiquement à la fois « sa méthode » et « son attitude », mais aussi « son manque de concertation ». De source sûre, le chef de l’exécutif a surtout eu une grosse pression des acteurs du monde économique, très inquiets qu’aucune mesure n’ait été encore prise et agacés de voir le Pays s’enliser dans une stagnation anxiogène. Bon, il n’est pas allé chercher très loin puisqu’il a remplacé Pomare par son ancien conseiller technique au poste de MEF, en la personne de Warren Dexter. Ayant travaillé notamment à la direction des impôts et des contributions publiques, le nouveau MEF a une approche assez libérale et une vision plutôt à droite sur le plan politique, ce qui peut surprendre au sein d’un gouvernement clairement à gauche. D’ailleurs, à peine nommé, M. Dexter n’a pas tardé à faire son baptême du feu en défendant son projet de loi de Pays qui consiste à séduire davantage les investisseurs extérieurs et locaux. L’opposition lui est aussitôt tombée dessus, l’accusant de vouloir « vendre le foncier aux étrangers grâce à une exonération d’impôts ». Et fustigeant au passage l’incohérence de cette mesure, qui va « à l’encontre de l’idéologie du parti indépendantiste »…
Cependant, Dexter rappelle que « ce texte a été adopté sous l’ancien gouvernement » et assume : « Dans notre modèle social on ne peut pas baisser les salaires, tout le monde le sait. Il faut trouver d’autres solutions et ce sont celles-ci : les exonérations fiscales à l’importation et les exonérations à l’exploitation » (Polynésie la 1ère, 22 août 2024). D’aucuns le taxent également de vouloir mettre en place une loi taillée sur mesure pour la chaîne Aman Resorts, un groupe singapourien qui pourrait racheter l’hôtel en vente à Bora Bora. Le nouveau MEF « confirme » mais assure que « de toute façon on aurait proposé ces mesures ». En outre, pour lutter contre la cherté de la vie, sa « priorité », il envisage de supprimer les Produits de Première nécessité (PPN) qui ont un « effet inflationniste, car les entreprises sur-margent sur le reste » (TNTV, 20 août 2024). Il souhaite ainsi des « accords de modération » avec les chefs d’entreprise et envisage « une aide directe pour les ménages les plus nécessiteux ». Enfin, pour redonner du pouvoir d’achat, il réfléchit à « des mesures d’aides à l’emploi » en faveur des « 50 000 exclus aujourd’hui ». Des idées qui semblent encourageantes, en tout cas sur le papier, reste désormais à les mettre en place. Un cap (ou du moins une amorce de direction) serait-il enfin trouvé ? On l’espère de tout cœur.
Ensemble, faisons bouger les lignes… pour un vent de liberté !
Bonne lecture, te aroha ia rahi.
Dominique Schmitt
