Retour

Chers abonnés, chers lecteurs, bienvenue sur Pacific Pirates Média (PPM), votre magazine d’information, d’économie et de culture. Embarquez à bord de la 32e édition numérique (OCTOBRE 2024) et soutenez une presse totalement indépendante… Notre cap : « Un vent de liberté » !

La semaine dernière, Pékin a effectué un tir de missile balistique intercontinental à longue portée dans le Pacifique, qui est parti de l’île de Hainan et a survolé le Japon avant de s’écraser en mer, 11 700 kilomètres plus loin, juste à proximité du Fenua. Cet essai chinois, lancé pour la première fois hors de ses frontières depuis 1980, est tombé à seulement 700 km de Nuku Hiva, aux Marquises. De quoi surprendre les pays de la région, et notamment le président de la Polynésie française, qui s’est dit « un peu inquiet » et aurait « préféré être averti avant ». En effet, la France a confirmé, comme les États-Unis d’ailleurs, qu’elle avait bien été notifiée de ce test, mais l’information n’est pas parvenue jusqu’à Moetai Brotherson, ce qui n’est vraiment pas rassurant. De leur côté, les autorités chinoises ont simplement expliqué que « ce lancement fait partie du programme annuel d’entraînement de routine de la force des missiles »,qu’il est « conforme au droit et aux pratiques internationales et ne vise aucun pays ou cible spécifiques » et qu’il est « tombé avec précision dans la zone maritime prédéterminée ».

Sauf que, d’habitude, les essais de ce type sont réalisés sur le propre territoire de la Chine qui jouit d’un vaste espace maritime. Aussi, si ce missile n’emportait cette fois qu’une ogive factice, les « Dongfeng-31 » peuvent transporter des charges nucléaires et font partie des armes les plus dévastatrices du monde. Hasard du calendrier, le Président polynésien et le Haut-commissaire étaient invités par le consul chinois aux festivités célébrant les 75 ans de la République populaire de Chine quelques jours plus tard. En marge de l’événement, plutôt discret pour ne pas créer d’incident diplomatique, Moetai Brotherson s’est tout de même exprimé : « Ce tir met le doigt sur un phénomène qui est ambiant, l’ensemble de cette tension sur la zone Pacifique. On n’est pas là pour se cacher derrière son petit doigt. On sait bien qu’il y a ces super puissances qui sont là, qui s’observent, qui se testent, qui se jaugent. Et nous au milieu de tout ça, on est un grain de riz sur l’océan et on n’a pas les compétences qu’il faut pour se positionner » (TNTV, 26 septembre).

Cette opération témoigne probablement de la modernisation nucléaire en cours de la Chine, qui se manifeste par de nouveaux besoins en matière d’essais. Par ailleurs, elle rappelle tout l’enjeu de l’axe Indo-Pacifique, terrain contemporain des forces géopolitiques qui tentent de s’impressionner dans une intense lutte d’influence où chacun montre ses biceps et qui pourrait malheureusement devenir une future discipline olympique… Ainsi, en juin dernier, un missile balistique intercontinental était tiré par l’armée américaine et atterrissait vers les îles Marshall. On se souvient également de la mission « Pégase 2023 », durant laquelle l’armée française a quadrillé la zone Indo-Pacifique avec ses avions Rafale en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie. En septembre, Moscou a en outre lancé des entraînements à grande échelle, baptisés « Océan-2024 » (le nom symbolique des exercices interflottes soviétiques de 1970 et 1975), avec la participation étroite de la Chine. C’étaient les plus importantes manœuvres menées par la Russie depuis la chute de l’Union soviétique. Et le message de puissance était clair : 90 000 hommes, 400 navires et 120 avions et hélicoptères mobilisés pour intervenir dans deux océans et trois mers. En pleine guerre en Ukraine, Moscou veut de toute évidence afficher sa capacité militaire, bien que cela soit un avertissement en trompe-l’œil, la flotte russe étant bien diminuée par rapport à celle dont disposait l’URSS. Reste que, dans ce contexte stratégique, la Polynésie apparaît comme un petit caillou au milieu du Pacifique et a tout intérêt à se ranger derrière un allié de taille comme la France, 7e puissance militaire mondiale.

Ensemble, faisons bouger les lignes… pour un vent de liberté !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt

image_printImprimer/PDF

Laisser un commentaire

Partage