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Qui parmi vous connaît le général Albert Buchalet (1911-1987) ? Dommage ! car si cet homme a été l’un promoteurs de la bombe atomique au sein du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), il a aussi réfléchi aux problèmes de la démocratie dans un pays soumis à la violence de la vie politique et aux tourments des relations…

Avant de critiquer tous azimuts les dirigeants politiques (c’est la mode), peut-être faudrait-il réfléchir aux difficultés de l’application de la démocratie. Les secousses que connaît actuellement la Russie devraient nous montrer que les régimes autoritaires (voire totalitaires) ont des limites. S’ils sont parfois apparemment efficaces, un jour ou l’autre, les masques tombent. Ainsi, Charles de Gaulle analysa-t-il les dérives inévitables des « hommes forts » avec leur « goût caractéristique des entreprises démesurées, la passion d’étendre coûte que coûte leur puissance personnelle, le mépris des limites tracées par l’expérience humaine, le bon sens et la loi » (La discorde chez l’ennemi, 1924). Ce texte qui a presque cent ans aurait dû être lu et médité par Vladimir Poutine et tout autre personnage qui lui ressemble.

Nous avons le privilège, nous citoyens français d’ici et d’ailleurs, de vivre dans une démocratie dont on a pourtant pris l’habitude de souligner les défauts sans voir ses extraordinaires avantages.

La République dispose d’une Constitution et de contre-pouvoirs qui sont là –parfois avec excès – pour rappeler à nos dirigeants le principe fondamental que la démocratie est « le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple » (article 2 de la Constitution). Nous n’irons pas jusqu’à affirmer comme l’adage populaire « Vox populi, vox dei », mais l’évocation de cette formule montre immédiatement les problèmes engendrés par la démocratie quand elle est mal comprise.

Quand les « politiciens » gouvernent les yeux rivés sur les sondages

En effet, le texte du général Buchalet ci-dessus stigmatise les « politiciens » qui suivent l’opinion publique et calquent sur elle leurs discours et leur action. Autrement dit, les « politiciens » gouvernent les yeux rivés sur les sondages.

Malheureusement, malgré les bonnes intentions que peuvent recouvrir les décisions « populaires », s’appuyer sans cesse sur l’opinion (donc les sondages dont on peut d’ailleurs contester l’interprétation) peut conduire au malheur des peuples.

Quand les électeurs portent à la tête de l’État un homme (un jour sans doute une femme), il faut espérer que son programme n’était pas la somme de tous les désirs du corps électoral. C’est du reste impossible de correspondre à la volonté de chaque individu.

Un homme d’État, contrairement au politicien, est celui qui a pour objectif ce qui sera bon pour le peuple, dès lors qu’il aura anticipé ses décisions par une bonne connaissance des dossiers. Il aura pour tâche de convaincre que ce qu’il promet ou met en œuvre correspond à l’intérêt commun.

On se souvient de François Mitterrand en 1981 qui mit à son programme la suppression de la peine de mort alors qu’une majorité d’électeurs souhaitait la conserver. Sur ce point, devenu convaincu de sa nécessité (il ne l’avait pas toujours été), il n’hésita pas à s’engager.

Un candidat peut être élu avec à son programme des mesures « populaires » et avoir l’honnêteté, une fois au pouvoir et avoir pris connaissance des dossiers, d’infléchir ses décisions. Il lui faut alors beaucoup de courage et de persévérance pour expliquer les mesures qu’il engage. C’est là qu’on reconnaît les dirigeants dignes de leurs fonctions.

La démocratie est menacée lorsque des minorités prétendent représenter la volonté populaire et soit pacifiquement, mais de plus en plus violemment, tentent de faire prévaloir leur point de vue. On a en effet maintenant, des minorités fort peu représentatives qui prétendent qu’elles savent mieux que tout autre ce qui est bon pour un pays, pour un peuple, pour la planète et qui s’autorisent à la violence, car il n’y aurait pas d’autre voie à leurs yeux.

La démocratie est menacée lorsque certains prétendent que sur chaque question, il faudrait des référendums. Ceux qui lancent de telles consultations ne se rendent pas compte que l’on s’aventurerait alors dans la démagogie et l’impuissance. Cela ne signifie pas que le référendum soit en lui-même un risque, mais il faut le manier avec une infinie précaution.

Enfin, il faut rappeler que depuis quelques années, les élections dans les démocraties sont perturbées par des services étrangers qui manipulent les opinions publiques. Les élections aux États-Unis, comme en France, ont été faussées (en partie) par ces officines ultra présentes sur les réseaux sociaux et dans certains médias.

Quand on a la chance de vivre dans un pays où on est libre de se déplacer (hors pandémie), d’écrire et de parler (en respectant quelques règles), ce serait un grand péril de mettre en cause un système pour le remplacer soit par une dérive autoritaire (une vraie), soit par une dérive populiste.

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