La citation qui sert de titre est celle d’un humoriste, Philippe Caverivière, lancée le 9 août dernier sur France 2. Il arrive ainsi qu’une formule employée pratiquement à la cantonade en dise plus que cent discours pensés, pesés, soupesés même et contrôlés par l’autocensure.

Les Jeux olympiques de Paris se devaient d’être résumés par quelque phrase forte et peut-être « immortelle ». Ils se devaient de symboliser ce qu’est la France, une nation qui s’est construite de l’apport de multiples peuples. Il y a bien longtemps qu’on sait que la France n’est plus – si elle ne l’a jamais été – composée de Gaulois. Son premier grand roi, Clovis, était un Franc, c’est-à-dire un Germain. Et ce sont les Francs qui ont donné leur nom au pays. Les célèbres rois de France étaient tous issus d’une union entre un héritier du trône et une princesse étrangère. Le couple donnait donc des enfants ayant deux origines nationales. L’aîné (« binational ») s’unissait à son tour avec une étrangère, ce qui donnait des enfants de plus en plus d’origines mélangées. Qui oserait cependant dénier la nationalité française à Louis XIV et son amour de la France ?
Les JO ont révélé deux choses. La première, c’est que des sportifs « visiblement » nés de parents (ou d’ascendants) qui n’étaient pas natifs de l’Hexagone ont porté avec enthousiasme les couleurs du drapeau et chanté de même l’hymne national. La seconde, c’est que tous les athlètes (ou presque) issus de près de 200 pays différents communiaient dans l’amour du sport.

Le miracle que les « racistes » ne peuvent pas comprendre, c’est que s’est réalisée la vision de Jean Jaurès : « un peu d’internationalisme éloigne de la patrie, mais beaucoup y ramène ». Les athlètes ont démontré que la fraternité envers tous les peuples rendait finalement plus patriote que l’attachement borné à un seul pays.

Autre miracle des JO : avoir ridiculisé les pessimistes, les « déclinistes » et les « patriotes » de pacotille qui annonçaient échecs, insécurité et dénonçaient les dépenses inutiles.
Et un peu d’utopie, ça ne fait jamais de mal : la période des JO a montré qu’un autre monde est possible.
Trop d’individus oublient tout ce que l’extérieur peut apporter
Ces considérations sont aussi valables pour le Fenua où trop d’individus oublient tout ce que l’extérieur peut apporter. Y compris de la part de ceux qui se réclament du christianisme, oubliant que cette religion s’est constituée par la négation des différences ethniques.
On vit une époque formidable ! Les JO l’ont montré. Mais pas qu’eux !
N’est-il pas extraordinaire de vivre une période politique qui clôt sans doute une Cinquième République qui doit se régénérer et une période politique que les partis refusent de comprendre.
Le résultat des élections est très difficile à analyser, surtout quand on ne veut pas comprendre.
Il était compliqué d’expliquer aux 33 % d’électeurs qui avaient voté au premier tour pour le Rassemblement national (largement en tête) que leur parti occuperait la troisième place en nombre de députés au second tour. Nous avons tenté de le faire dans l’article paru dans PPM au lendemain de ce second tour : si un tiers des Français avait voté RN, deux tiers des Français ne voulaient pas que ce parti gouverne la France comme cela paraissait inéluctable. Pourtant, ils trouvèrent la solution : voter pour quiconque pourrait battre un candidat RN. Et ça a marché ! Des macronistes, des Républicains (définition difficile à trouver) ont déposé dans l’urne le bulletin d’un candidat dont ils ne partageaient pas les idées, sauf celle que tout valait mieux que le RN. Inversement, des électeurs du Nouveau Front populaire (voire des Insoumis, le nom qu’on donne à ceux qui ne sont soumis qu’à leur chef…) ont fait élire des macronistes, voire des Républicains.

Le chef de l’État a fortement insisté sur le fait que « les partis politiques de gouvernement ne doivent pas oublier les circonstances exceptionnelles d’élection de leurs députés au second tour des législatives ».
Donc, quand une formation politique – même arrivée en tête en nombre d’élus – exige le poste de Premier ministre pour appliquer son programme, elle oublie que l’inverse de ce que nous écrivons plus haut est vrai : seul un tiers des électeurs se satisferait du NFP au pouvoir.
Des résultats inédits dans l’histoire de la Cinquième République
Ce n’est pas tout. Les analyses des résultats ne sont pas seulement faussées par ce qui précède, mais aussi parce que ces résultats sont inédits dans l’histoire des soixante-six ans de la Cinquième République et ne peuvent souffrir des comparaisons avec des pays voisins.
Certes, en général, le parti arrivé en tête dirige le gouvernement du pays, mais il lui faut nécessairement trouver une majorité d’élus pour le soutenir (s’il n’a pas à lui seul obtenu la majorité absolue des suffrages ou des élus). Donc, obligation de négocier avec d’autres formations et de concéder des points de programme à écarter ou à emprunter aux autres, sinon le pays sera dirigé par quelqu’un issu d’une formation non arrivée en tête mais capable de réunir une majorité au Parlement.
Tel n’est pas le cas du NFP, quoi qu’en dise Madame Lucie Castets qui a pourtant révélé de grandes qualités.

À vouloir le pouvoir pour lui tout seul et appliquer son programme et tout son programme, le Nouveau Front populaire a oublié que le vainqueur des électeurs était le « Front républicain », informel, mais efficace en termes de suffrages. C’était donc un gouvernement de Front républicain qu’on aurait dû avoir. Et si on a finalement un gouvernement droitisé, la faute ne doit être imputée au président Macron (sauf que la clarification qu’il attendait de la dissolution s’est transformée « en obscure clarté »), la responsabilité incombe aux « rigides ».
De plus, il ne faut pas oublier que dans la plupart des pays, il n’y a qu’un seul tour pour les législatives et que c’est le parti arrivé en tête de ce premier et unique tour qui doit être appelé à gouverner. Si tel avait été le cas en France, le RN aurait été invité à constituer un gouvernement. Y serait-il arrivé ? C’est un autre problème.
De toute façon, c’est toujours une exigence : pour gouverner, il faut une majorité.
Or, en France, les partis refusent cette évidence. Et ils accusent le Président de blocage ! S’il est vrai que si ce dernier pourrait procéder avec un peu plus de courtoisie, d’humilité et d’empressement, il lui faut bien rappeler des « vérités vraies » comme disait ma grand-mère ! Et de chercher quelque personnalité qui ne fédèrerait pas autour d’elle, mais surtout ne fédèrerait pas contre elle une majorité d’opposants… C’est clair, non ?
Ajoutons que de toute façon, on a désormais à l’Assemblée nationale un groupe à gauche qui espère que, dans la fureur et le bruit, la rue l’amènera au pouvoir. À la droite la plus à droite, on a un groupe… [je n’ose pas la formule de peur de me faire lyncher… mais si, je la livre] qui, dans la führer et le silence, attend le moment favorable pour que s’écroule l’édifice gouvernemental et que le peuple l’appellera en sauveur ! Tristes conceptions de l’intérêt général…
La conclusion est simple : serait bien malin celui qui expliquerait clairement ce que les Français ont voulu dire en allant voter. Si on ne le sait pas vraiment, comment alors composer un gouvernement ?
Là encore, le Fenua est concerné. En 2022, les Polynésiens avaient voté pour des candidats indépendantistes sans qu’ils fussent eux-mêmes indépendantistes, mais souvent en colère contre les autonomistes. En 2024, ils ont failli élire trois non-indépendantistes, non pas parce qu’ils étaient forcément autonomistes, mais parce qu’ils étaient en colère de ne pas avoir vu (à tort ou à raison) leur vie changer après les territoriales de 2023.
Le vote des électeurs ne signifie pas adhésion aux idées de ceux qu’ils viennent d’élire.
Tout cela est bien compliqué. D’ailleurs, si j’étais président de l’Université, je demanderais qu’on renforçât les cours de science politique !
L’Élysée vient d’annoncer (5 septembre) : « Habemus primum inter pares »…
Il appartiendra à Michel Barnier (avec de curieuses femmes ministres antiféministes) de régler les problèmes de la France continentale, mais aussi ceux de la Nouvelle-Calédonie et de la Polynésie. Pour ces dernières, il faudra réussir une quasi-quadrature du cercle : faire aimer le Caillou et le Fenua, tout en aimant une France résolument antiraciste et fidèle à ses valeurs de liberté, d’égalité et surtout de fraternité. Notre médaille d’or de surf, par ses déclarations et en surfant sur la Seine, a peut-être esquissé un modèle.
On vit une époque formidable.

