Les pensions ont été revalorisées de façon significative dans l’Hexagone en 2022-2023 en réponse à l’inflation galopante et aux demandes formulées par les acteurs sociaux. Cependant, ces revalorisations ne sont pas équitables, tandis que la situation est encore complexe et inégalitaire en Polynésie…
En 2022, les revalorisations pour 2023 avaient été :
– pour le régime de base S.Sociale de + 4 % ;
– pour les retraites complémentaires ARRCO/AGIRC de + 5,2 % ;
– pour les fonctionnaires d’ETAT de + 4 %.
En cette fin d’année 2023, un second train de revalorisations dans l’Hexagone a été acté pour 2024 :
– + 5,2 % pour le régime de base sécurité sociale ;
– + 4,9 % pour les régimes complémentaires ARRCO /AGIRC ;
– autour de 5 % pour les retraités fonctionnaires d’ETAT.
Cette hausse de la valeur de service des pensions dans l’Hexagone a répondu pour une part importante à l’inflation constatée. Ces revalorisations ont fait hurler un certain nombre d’économistes considérant que la mesure de 5,2 % dans le régime de base coûterait 14 milliards d’euros financée par les actifs.
Ces économistes, même s’ils ne sont pas forcément majoritaires, estiment que le Gouvernement central continue une injuste politique gérontocratique à visée électoraliste. En termes de revenus nominaux, les retraités dans l’Hexagone sont les grands gagnants de cet épisode inflationniste, nous dit François GEEROLF, économiste de l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques). Pendant ce temps, les actifs, notamment des revenus intermédiaires les plus bas, ont vu leurs revenus rognés par l’inflation pour payer les retraites d’une génération qui aura finalement assez peu cotisé. Pour Maxime SBAIHI, (directeur des études France à l’Institut Montaigne), l’électoralisme bafoue la valeur travail et l’équité intergénérationnelle dans la mesure où les revalorisations risquent d’accentuer les écarts et inégalités entre ceux qui ont déjà beaucoup et ceux qui n’ont que peu ou très peu.

Prenons deux exemples :
– le cas de Monsieur que nous appellerons J. DUPONT. Il a une pension S.S. de 1 200 euros et une retraite complémentaire ARRCO/AGIRC de 350 euros. La double revalorisation de 5,2 % et 4,9 % lui apportera un chèque inflation de 79,55 euros par mois ou 954,60 euros pour l’année 2024 ;
– le cas de Monsieur que nous appellerons M. DURAND. Il a une pension de base de 2 300 euros et une retraite complémentaire ARRCO/AGIRC de 1 000 euros /mois. Sa revalorisation mensuelle sera de 168,60 euros, soit 2023,20 euros pour l’année 2024.
Ainsi donc l’inflation avantage principalement les plus aisés qui bénéficient des plus gros chèques. Beaucoup de retraités à faibles revenus, dans l’Hexagone, s’indignent de cette situation et dénoncent une politique insuffisamment centrée sur la défense de ceux qui ont moins et qui sont les principales victimes des effets de l’inflation. Cela met en conflit le principe d’égalité qui considère que le taux de revalorisation doit être le même pour tous et le principe d’équité qui encouragerait à utiliser les cotisations sociales et l’impôt pour assurer la survie et la dignité de tous en fonction des besoins réels des citoyens et des ménages.
Une situation complexe et encore plus inégalitaire en Polynésie
Si nous examinons maintenant la situation des retraités résidents de
Polynésie, la situation est plus complexe mais aussi plus inégalitaire.
En Polynésie, il existe deux grandes catégories de retraités résidents :
– les fonctionnaires d’Etat, dont la pension est servie par l’Etat et dont les revalorisations sont identiques à celles de Métropole. Si la pension est revalorisée de 5 % à Paris, elle le sera aussi en Polynésie. Si on peut considérer que les retraités fonctionnaires en Polynésie ont été mieux traités en termes de défense de pouvoir d’achat que les retraités de la CPS en 2022-2023, il faut aussitôt mettre en parallèle la détérioration très forte de leur situation suite à la perte progressive de l’ITR. Ils sont parmi les grands perdants de ces 15 dernières années.
– les retraités inscrits et à la charge de la CPS. Pour eux, la situation est très disparate en termes de statuts, de revenus et de revalorisations, mais, d’une façon globale, il serait inexact de dire que les retraités, en Polynésie sont les grands gagnants de l’épisode inflationniste, bien au contraire. Près de 70 % des retraités CPS ont été et sont toujours de grands perdants de la crise inflationniste.
Cependant, il est utile de nuancer et de différencier les situations en fonction des catégories de retraités inscrits à la CPS.
– la première catégorie est celle des bénéficiaires de la seule tranche A. Cela correspond à la situation du plus grand nombre. La faible pension correspond à des revenus d’activité trop faibles ou intermittents. Au titre de 2022, la revalorisation qui a été accordée par la CPS et le gouvernement n’a été que de 2,67 % pour une inflation de l’ordre de 8,5 %. C’est une perte sèche très importante en pouvoir d’achat. Le SGARP (Syndicat autonome des retraités) avait demandé un minimum de + 5 % de revalorisation. Ni le gouvernement précédent ni le gouvernement actuel n’ont donné suite à cette requête à ce jour. Aucune proposition n’a été rendue publique pour 2024. On ne parle que d’augmentation des cotisations (voir rapport Fraeris), c’est-à-dire que de perte de pouvoir d’achat pour les retraités à faible revenu.
– la deuxième catégorie est constituée par les bénéficiaires de la tranche A + la tranche B. Si ces retraités ont été peu revalorisés en tranche A, ils conservent les bénéfices du dispositif favorable de la tranche B, surtout ceux qui, comme actifs, disposaient de hauts salaires. La validation gratuite importante confère aux bénéficiaires de cette catégorie des droits non négligeables.
– la 3e catégorie est celle constituée par les retraités inscrits et à la charge de la CPS bénéficiant de la trilogie CPS A + CPS B + ARRCO/AGIRC. Ce sont les principaux bénéficiaires des dispositifs existants. Ils ont pu obtenir à la fois la petite augmentation de 2 % en tranche A en 2022 + la baisse de 0,67 % de cotisation maladie + 5,2 % de revalorisation sur leurs droits parfois conséquents en ARRCO/AGIRC + exonération de cotisation maladie à la CPS sur les retraites complémentaires. Pour cette catégorie de plusieurs milliers de retraités, on peut effectivement dire qu’ils ont bénéficié de l’épisode inflationniste puisqu’ils auront encore + 4,9 % en ARRCO/AGIRC à compter du 1/11/2023. Tous les autres, c’est-à-dire la grande majorité des Polynésiens retraités, ont été des perdants de l’inflation.
Quelles revalorisations en 2024 et selon quelles règles ?
Quelles revalorisations sont prévues pour 2024 pour les retraités de la CPS ? Selon quelles règles ? Pour cette année, 60 à 70 % des pensionnés CPS à faible revenus ont été oubliés et méprisés par une revalorisation insuffisante de 2,67 %. Comment va se concrétiser le combat pour plus d’équité en Polynésie pour 2024 ? Le SGARP renouvelle son appel au gouvernement, au CA de la CPS, aux partenaires sociaux, aux membres du CESEC renouvelé.
Dans le cadre de l’analyse et de l’étude nécessaires en Polynésie sur la situation sociale réelle des Polynésiens et sur la pauvreté, il serait utile de prendre en compte ce qui a été observé dans l’Hexagone à travers l’étude de l’INSEE publiée en octobre 2023. Il a été notamment constaté que les retraités s’avèrent globalement moins pauvres que l’ensemble de la population mais avec des écarts importants selon les régions, l’enracinement urbain ou rural mais aussi selon la structure des familles (personnes seules hommes ou femmes), l’absence ou la présence d’aides sociales ainsi que la richesse en patrimoine.
L’étude de l’INSEE montre aussi que le fait de travailler ne permet pas nécessairement d’éviter la pauvreté car de jeunes couples avec 2 ou 3 enfants avec salaires faibles sont souvent en très grande difficulté sociale. En ce qui concerne les retraités, l’INSEE souligne que 64 % des ménages retraités pauvres sont constitués de personnes vivant seules et majoritairement des femmes. Il ne faut donc pas se préoccuper seulement des revenus, mais de l’ensemble des conditions de vie, notamment les dépenses de logement, de transports, d’accès aux équipements et aux biens culturels. Par ailleurs, il a été constaté, dans l’Hexagone, que presque les 3⁄4 des ménages pauvres vivent dans une commune urbaine. La même étude serait à faire en Polynésie.

Merci Roland de poursuivre sans relâche ton combat pour une réduction des inégalités sociales en Polynésie !