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Qui sommes-nous ? Quelles sont nos valeurs ? Quels sont les moteurs de nos comportements ? Les valeurs des résidents polynésiens sont-elles différentes de celles observées au niveau international ?

Pour nous permettre de répondre à ces différentes questions, Schwartz[1]propose de comparer les individus et les cultures à partir de dix valeurs universelles, présentes dans soixante-dix cultures étudiées. Ces valeurs sont des objectifs trans-situationnels. Elles concernent chacun de nous mais sont, selon les individus, d’importance variable. Elles servent de principes directeurs dans nos vies. Elles permettent d’expliquer les motivations à agir et les comportements adoptés. Au-delà des individus, les valeurs permettent aussi de caractériser les groupes sociaux. Alors, comment, nous, résidents polynésiens, dans une société multiculturelle, nous positionnons-nous vis-à-vis de cette mesure internationale ?

Définissons tout d’abord les dix valeurs originelles proposées par Schwartz[2]:

Pouvoir : recherche de statut social et de prestige, domination des personnes et contrôle des ressources. Recherche du pouvoir social, des richesses, de l’autorité.

Accomplissement ou réussite : volonté de réussite personnelle liée à des compétences reconnues socialement. Personne ambitieuse, influente, compétente, orienté vers le succès et le respect de soi.

Hédonisme : recherche de plaisir ou de gratification sensuelle personnelle. Cette personne aime la vie et se faire plaisir.

Stimulation : personne enthousiaste ayant besoin d’excitation, de nouveauté et de défi dans la vie. Recherche de vie excitante, variée. Elle est audacieuse.

Autonomie : indépendance de pensée et d’action. Personne orientée vers le choix, l’exploration, la création, la liberté, la curiosité et l’autonomie.

Universalisme : compréhension, estime, tolérance et protection de tous les hommes et de la nature. Cette personne favorise l’égalité, un monde de paix, l’unité avec la nature, la sagesse, et la justice sociale. Large d’esprit, elle protège l’environnement. Sa tolérance pour les différences des autres et le respect des ressources vient du souci d’éviter des conflits potentiellement dangereux, voire mortels.

Bienveillance : préservation et amélioration du bien-être des personnes avec lesquelles on se trouve souvent en contact. Soucieuse du fonctionnement de son groupe, cette personne est loyale, honnête, secourable, responsable, indulgente et cultive l’amitié vraie.

Tradition : respect, engagement et acceptation des coutumes et des idées préconisées par sa culture ou sa religion. Mise en avant du respect de la tradition, de la modération et de l’humilité.

Conformité : cette personne modère ses actions, ses tendances ou ses envies susceptibles de blesser ou de contrarier les autres ou de transgresser les attentes ou les normes sociales. Elle privilégie la politesse, l’autodiscipline, l’obéissance et honore ses parents et les anciens.

Sécurité : recherche de sécurité personnelle, familiale ou nationale, d’harmonie, de stabilité de la société et la réciprocité des services rendus.

Ces dix valeurs sont organisées dans un circumplex selon leur opposition et proximité exprimée par leur distance dans le graphique :

Ce modèle appliqué à notre société a permis d’identifier les valeurs des résidents polynésiens. Ce travail a été réalisé par les étudiants de la Licence 3 d’Économie-Gestion de l’Université de la Polynésie française, dans le cadre de leur cours d’Études de marché. Pour cela, ils ont interrogé 1 022 personnes réparties dans toute la Polynésie. Cet échantillon est représentatif de la population sur les variables du genre et de l’âge. L’analyse des réponses montre que la structure universelle est respectée. La mesure des valeurs permet de retrouver, au niveau local, les proximités/opposition des axes et des valeurs, observées au niveau international :

Les positions des valeurs Conformité et Tradition, respectivement plus à l’intérieur et plus à l’extérieur dans le circumplex des valeurs internationales, sont également respectées. Ces deux valeurs proches partagent les mêmes objectifs motivationnels : la subordination, mais leur nature diffère. La Conformité Subordonne aux autres dont les attentes peuvent varier dans le temps. La Tradition, elle, suppose le respect d’éléments plus abstraits mais aussi plus stables tels que la religion, les coutumes ou les valeurs culturelles. Il en découle donc une opposition plus forte avec les valeurs opposées liées à l’Ouverture au changement, d’où la position de la valeur Tradition plus éloignée, à la périphérie du graphique.

Si la structure des valeurs des résidents polynésiens est similaire aux valeurs universelles, observées dans le monde, l’importance relative qui leur sont accordées localement, leur hiérarchie, diffère légèrement. Nous sommes concernés, à des degrés différents par l’ensemble des valeurs proposées par Schwartz, mais pas de la même manière :

ClassementValeurs internationalesValeurs des résidents polynésiens
1, 2, 3bienveillance, universalisme et autonomieUniversalisme, sécurité, autonomie
4Sécuritéconformité
5, 6Conformité, traditionBienveillance, hédonisme
7hédonismetradition
8AccomplissementStimulation
9, 10Pouvoir, stimulationAccomplissement, pouvoir

En plus de l’Universalisme et de l’Autonomie, identifiées au niveau international, les valeurs dominantes des résidents polynésiens sont aussi marquées par la Sécurité et la Conformité.

Universalisme (tolérance et souci du bien-être de tous et de la nature), Sécurité (recherche d’harmonie pour la sécurité de tous), Autonomie (indépendance de pensée et d’action) et Conformité (respect des autres, des parents et des anciens) sont les valeurs les plus fortes de la culture des résidents polynésiens. Nous avons, tout groupe culturel polynésien confondu, plus que les autres cultures dans le monde, le souci du respect des autres et des règles sociales mais aussi la recherche de stabilité et d’ordre social.

Accomplissement (réussite sociale et ambition) et Pouvoir (prestige, autorité et domination sociale) sont les valeurs les plus faibles de notre culture.

Ces mesures globales peuvent être déclinées selon les caractéristiques des répondants. La première variable testée est le genre des répondants. Les femmes, plus que les hommes, attachent significativement plus d’importance à l’Autonomie (indépendance de pensée et d’action), l’Universalisme (tolérance et souci du bien-être de tous et de la nature), la Sécurité (recherche d’harmonie pour la sécurité de tous), la Conformité (respect des autres, des parents et des anciens), la Tradition (respect des idées issues de la tradition culturelle ou religieuse) et la Bienveillance (bien-être des personnes que l’on côtoie). Elles sont, plus que les hommes, concernées par le dépassement de soi, la Transcendance, et la Conservation. Les quatre autres valeurs, Pouvoir, Accomplissement, Hédonisme et Stimulation ne présentent pas de différence statistiquement significatives selon que l’on est un homme ou une femme.

L’analyse des valeurs selon l’âge montre des différences de moyenne significatives pour les valeurs :

– Autonomie (indépendance de pensée et d’action), Accomplissement (réussite sociale et ambition), Stimulation (recherche de vie excitante et variée) et Hédonisme (aime la vie et se faire plaisir) sont les valeurs les plus fortes chez les personnes de 15 à 24 ans et diminuent proportionnellement avec l’âge. Les jeunes de Polynésie veulent mordre la vie à pleine dents.

– Tradition (respect des idées issues de la tradition culturelle ou religieuse). Cette valeur augmente de 15 à 34 ans, diminue pour les 35 à 44 ans puis augmente à nouveau à partir de 45 ans. Le respect de la Tradition augmente globalement avec l’âge.

– Bienveillance (bien-être des personnes que l’on côtoie). Comme la Tradition, elle augmente avec l’âge : elle augmente de 15 à 34 ans, chute jusqu’à 54 ans et augmente à nouveau à partir de 55 ans.

La distinction des valeurs des individus selon leur CSP (catégorie socio-professionnelle) indique que seule la valeur Tradition (respect des idées issues de la tradition culturelle ou religieuse) varie significativement selon la profession des répondants. Dans l’ordre décroissant d’importance accordée à cette valeur se trouvent, tout d’abord, les Agriculteurs exploitants lui attachent le plus d’importance, ensuite les Ouvriers, les « Personnes sans emplois », les Employés, les « Artisans, commerçants et chefs d’entreprise », les « Professions intermédiaires » et enfin les « Cadres et professions intellectuelles supérieures » qui ont la moyenne la plus faible pour cette valeur. Ces derniers leur accordent le moins d’importance comme objectif de vie.

Pour le Niveau d’études, seule la valeur de Pouvoir (prestige, autorité et domination sociale) ne montre pas de différences significatives entre les niveaux de diplôme. Les autres valeurs montrent les différences suivantes :

Globalement, plus les personnes sont diplômées, au moins le Bac, plus elles sont concernées par les valeurs de Transcendance (Universalisme et Bienveillance), d’Affirmation de soi (Accomplissement et Sécurité) et d’Ouverture au changement (Autonomie et Stimulation). Les personnes sans diplôme ou juste le DNB sont celles pour lesquelles ces valeurs sont les plus faibles. Celles-ci sont, par contre, plutôt concernées par les valeurs liées à la Conservation (Tradition et sécurité), qui sont les valeurs les plus faibles pour les personnes les plus diplômées.

Enfin, la dernière déclinaison des valeurs polynésienne s’intéresse à l’Appartenance culturelle. Parmi les dix valeurs de Schwartz, seules quatre varient selon la culture des répondants. Les autres valeurs ne présentent pas de différences significatives de moyenne quel que soit le groupe culturel concerné. Les résultats, pour ces quatre valeurs, sont les suivants :

Tradition (respect des idées issues de la tradition culturelle ou religieuse) : les personnes de culture polynésienne lui accordent le plus d’importance, puis, à égalité, les Chinois et les demis et enfin les popa’a.

Conformité (respect des autres, des parents et des anciens) : les Polynésiens lui accordent la plus forte importance, puis les demis, les Chinois et enfin les popa’a.

Pouvoir (prestige, autorité et domination sociale) : cette valeur a le plus d’importance pour les Chinois, ensuite les popa’a, demis et Polynésiens.

Hédonisme (aime la vie et se faire plaisir) : les popa’a lui accordent le plus d’importance, puis les demis, les Polynésiens et enfin les Chinois.

Pour résumer ces derniers résultats, les Chinois travaillent à augmenter leur Pouvoir sur les personnes et les richesses, sans chercher à trop s’amuser. Les personnes proches de la culture polynésienne sont dans la retenue pour ne pas froisser, blesser les autres. Ils respectent la tradition et les idées préconisées par leur culture et leur religion. Elles présentent la valeur Pouvoir la plus faible des groupes culturels. Les demis ne sont marqués particulièrement par aucune valeur. Les popa’a, quant à eux, recherchent les plaisirs. Ils aiment la vie et se faire plaisir. Ils sont aussi les répondants les moins concernées par la Tradition et la conformité…


[1] Schwartz S.S., (2006), « Les valeurs de base de la personne : théorie, mesures et applications », Revue française de sociologie, n°4, Vol. 47, pages 929 à 968.

[2] Cette étude dont l’objectif originel est d’expliquer l’accueil des touristes par les Polynésiens s’est limitée, afin de limiter les items du questionnaire, à l’utilisation du modèle des dix valeurs proposées dans l’article précité.

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