En un mois, la capitale a souffert de trois attaques de requin suivies de plusieurs interdictions de toute activité nautique. Des interdictions amenées à se répéter avec l’annonce de campagnes de pêche tous les trois mois qui vont mettre à mal un secteur déjà en difficulté.Photo mise en avant : Lundi après-midi, la plage de l’anse…

Après des mois de crise Covid, les professionnels de la mer subissent de plein fouet la crise requin. Depuis le 29 janvier, les activités nautiques ont été interrompues vingt-six jours après les trois attaques de requin qui ont semé l’effroi dans la capitale. Et vont devoir l’être de nouveau une dizaine de jours tous les trois mois en raison des campagnes de prélèvement régulières annoncées par la maire de Nouméa en réponse à ces attaques. En effet, une semaine après la mort de l’Australien Chris Davis dans une attaque de requin à la plage du Château Royal, à Nouméa, la mairie de Nouméa avait lancé des campagnes de prélèvement qui a conduit à l’abattage de 17 requins requins-tigres et bouledogues en quelques jours ! Tous les professionnels sont touchés, mais pas de la même manière.
Un besoin de calendrier des campagnes de pêche
Gilles Watelot, gérant de Aïto Charter et président du syndicat des activités nautiques et touristiques, note une activité générale réduite car « les touristes ne veulent plus se baigner » même là où c’est autorisé, comme aux îlots Signal et Larégnère. Lui organise surtout des croisières dans le lagon Sud. « Nous avions déjà 25 % de chiffre d’affaires en moins après Covid. Tout ça mis bout à bout, ça fait beaucoup. Alors on serre la vis, on a stoppé les investissements, j’ai diminué mon salaire. » Il dit aussi attendre un calendrier précis des prochaines campagnes de pêche pour s’organiser. « On jongle déjà tellement avec la demande et la météo.«
Pour le loueur de planches à voile, et vice-champion du monde de windsurf, Laurent Gaüzère, c’est radical. « En raison des travaux de la promenade de l’anse Vata », il avait décidé en décembre de cesser son activité à fin février. « J’ai juste avancé un peu l’échéance, mais on n’était déjà plus viable, explique-t-il. J’ai mis l’activité en veille jusqu’à la fin des travaux. » Car les alertes requin régulières compliquaient déjà ses locations avec « des fermetures de deux-trois heures » du plan d’eau. S’il pointe les difficultés occasionnées par les travaux, et dénonce « un manque de concertation », il estime qu’ « avec la psychose, la relance va être difficile ». Le gérant de l’école de kite Noumea Kite School, Julien Creff, peut lui continuer d’exercer à l’îlot Maître et enregistre une baisse de fréquentation de ses cours, même si cela reste « correct« .
Ce lundi, il a eu trois élèves au lieu de six. « Ces scénarios à répétition nous font du mal même si je suis moins impacté. Je m’inquiète car je vais sûrement perdre de potentiels futurs clients. » Il avait déjà arrêté ses cours à la pointe Magnin « il y a trois-quatre ans » et a de nouveau adapté son activité pour limiter le risque en ne kitant qu’à marée basse sur le platier.
Du côté de la voile, le Cercle nautique calédonien s’en sort grâce à une subtilité dans l’arrêté d’interdiction (lire les repères). « Nous avons la chance d’avoir différents types de bateau. Nous n’utilisons que ceux qui ne peuvent pas chavirer« , indique le directeur du Cercle Olivier Jaquemet.
Les activités du CNC se poursuivent donc, maintenant que la pêche est terminée, au-delà de la zone de 300 mètres d’interdiction totale, avec d’autres supports. Mais aujourd’hui tous « y pensent« , au risque requin, alors qu’ils n’y pensaient pas forcément avant.
REPÈRES
Des activités autorisées au-delà des 300 mètres
Dans une note adressée aux professionnels, la direction des Affaires maritimes a précisé les contours des interdictions. Dans la zone littorale des 300 mètres relevant de la mairie de Nouméa, toute activité est interdite. Mais le gouvernement est responsable au-delà. La circulation maritime des navires et engins immatriculés est interdite le temps de la campagne de pêche « pour sécuriser la zone et réserver le site aux personnels engagés dans l’opération« . Après la campagne, l’interdiction persiste, jusqu’à réouverture par la mairie, uniquement pour la baignade, les activités subaquatiques et nautiques avec des engins non immatriculés qui risqueraient de chavirer. La circulation des navires immatriculés est donc possible. Mais la direction précise que « toute pratique avec une embarcation qui peut chavirer ou qui présente un risque avéré de chute à la mer est considérée comme interdite« .
Réouverture le 3 mars ?
La mairie de Nouméa a annoncé la réouverture de la baignade et des activités nautiques, le vendredi 3 mars, à midi, sous réserve de la qualité des eaux de baignade, notamment en raison des fortes précipitations prévues en fin de semaine.
L’île aux Canards doublement affectée

Depuis fin janvier, la structure de l’île aux Canards est doublement touchée, entre les interdictions de baignade et le passage du cyclone Gabrielle lors d’un des week-ends ouverts. Si le cyclone a épargné la Grande Terre, l’île aux Canards a connu de nombreuses dégradations. Sable déplacé, paillotes abîmées, panneaux arrachés… « Toute la partie en bord de plage avec les transats a disparu« , témoigne Thierry Rossignol, gérant de Plages loisirs qui tient le restaurant et le service de taxi boat. Même si plusieurs personnes ont donné un coup de main, notamment le Centre d’initiation pour l’environnement, « on a du mal à envisager l’avenir. Cela fait un mois qu’on ne travaille pas. Nous avons perdu 99 % de notre chiffre d’affaires depuis le 29 janvier. » Le gérant cherche à trouver toute aide possible et envisage de solliciter les collectivités. « Nous comprenons qu’ils aient pris une décision dans l’urgence, avec le choc psychologique, pour protéger la population. Mais nous espérons pouvoir être aidés même si nous sommes conscients qu’il n’y a pas beaucoup de budget en ce moment.«
Chômage partiel envisagé
D’autant que les assurances ne couvrent pas les dégâts causés par le cyclone Gabrielle. Pour l’heure, Thierry Rossignol déplore être « bloqué par manque d’argent« . L’entreprise Plages loisirs comptait une trentaine de salariés avant Covid, dix aujourd’hui, avec des CDD pendant les vacances qui n’ont pas été reconduits. « Nous avons fait travailler une vingtaine de personnes ces dernières semaines pour remettre le site en état, pour des travaux physiques. Mais sans entrée d’argent. » Thierry Rossignol étudie la possibilité de placer une partie de son personnel en chômage partiel. « Nous n’avons aucune idée de ce que nous allons faire à l’avenir, avec les interdictions de baignade. Comme les autres opérateurs, nous prenons les choses au jour le jour. On essaie de composer. Si tout va bien, nous pourrons rouvrir en fin de semaine et nous espérons que les gens seront de retour. Je suis même allé mettre un cierge à l’église du Vœu. Nous avons peur pour la pérennité de la société.«
Source : Les Nouvelles Calédoniennes
