L’Institut de la statistique et des études économiques (Isee) vient de publier son bilan démographique pour la période 2020-2021. Plongé en pleine crise sanitaire, le Caillou a enregistré un recul des naissances, une hausse des départs et une surmortalité très importante. De quoi provoquer une baisse inédite de la population.(Visuel de Une : L’évolution démographique en…
La population passe sous la barre des 270 000 habitants
C’est une surprise. La population du Caillou aurait baissé au point de passer sous la barre des 270 000 habitants, au 1er janvier 2022. Cette diminution serait de -0,1 % (soit 330 personnes de moins) en 2020 et de -0,4 % (1 050 personnes) en 2021, indique l’Institut de la statistique et des études économiques (Isee). Une évolution qui est liée au solde migratoire, dont le déficit s’est accentué pendant la crise sanitaire, période durant laquelle il était nettement plus aisé de sortir du territoire que d’y rentrer. En clair, le solde naturel (qui est la différence entre le nombre de naissances et le nombre de décès enregistrés au cours d’une période), pourtant positif, n’a plus suffi à compenser le nombre important de départs du Caillou.
Un recul record du nombre de naissances
En deux ans, le pays a enregistré une baisse record de sa natalité. Le nombre de naissances est ainsi en recul de 3,7 % en 2020 et de 5,1 % en 2021, par rapport à la moyenne de celles enregistrées sur la période 2015-2019.
Ce chiffre passe pour la première fois depuis 35 ans sous la barre des 4 000 pendant deux années consécutives (s’établissant respectivement à 3 990 et 3 930). En cause, les incertitudes liées à la pandémie, mais aussi le déficit migratoire qui a probablement réduit le nombre de femmes en âge d’avoir des enfants au sein de la population. « Quoi qu’il en soit, l’hypothèse envisagée il y a deux ans, d’un regain des naissances à la faveur des confinements ne s’est pas confirmée », note l’Institut.
Par conséquent, le taux de natalité (soit le nombre de naissances en une année) passe pour la première fois sous le seuil des 15 ‰ aussi bien en 2020 (14,6 ‰) qu’en 2021 (14,3 ‰). Signe de l’évolution de la société, les femmes accouchent également plus tard, avec un âge moyen de la maternité qui est passé, l’an dernier, à 30 ans (contre 26,6 ans en 1990 et 27,7 ans en 2010).
Une population vieillissante
Malgré la secousse du pic de mortalité enregistrée en 2021 (lire par ailleurs), la tendance à l’allongement de la durée de vie devrait se prolonger et la population va continuer de vieillir, notamment sous l’effet de la baisse de la fécondité des femmes. La réduction progressive du nombre moyen d’enfants par femme amoindrit inéluctablement la part des moins de 15 ans dans le pays. En 2020, ils étaient estimés à 20,6 % de la population totale (-0,3 point) et à 20,3 % en 2021 (-0,3 point). À l’inverse, la part estimée des personnes de 65 ans et plus, augmente de 0,3 point par an depuis 2015. La tranche d’âge des actifs, comprise entre 15 et 64 ans, resterait quant à elle stable (autour de 68 % de la population totale).
Olivier Fagnot, directeur de l’Isee : « On constate une poursuite du déficit migratoire depuis 2019 »

En quoi la période 2020-2021 a-t-elle été exceptionnelle ?
« Le solde naturel, qui calcule la différence entre le nombre de naissances et de morts chaque année, tourne environ en moyenne à 4 000 naissances et à 1 500 décès en Nouvelle-Calédonie. Naturellement, 2 500 personnes supplémentaires viennent donc s’ajouter chaque année à la population. Sauf que 2020 et 2021 ont été particulières avec moins de 4 000 naissances et les victimes de la Covid, qui ont engendré une augmentation de 28 % de la mortalité l’an passé. C’est tout à fait exceptionnel. Il y a à la fois moins de naissances, plus de décès et donc un apport naturel à la population moins important. »
Mais cela ne suffit pas à expliquer la baisse de la population…
« Cette baisse de la population est basée sur une hypothèse portant sur le solde migratoire, que l’on a lors des recensements tous les cinq ans, qui permet de tirer le bilan des entrées et des sorties du territoire. On est hors recensement, mais il y a quand même des indicateurs qui existent, notamment le flux aéroportuaire. On constate que l’on a une poursuite du déficit migratoire depuis 2019.
Pour rappel, le solde migratoire avait toujours été positif avant le dernier recensement, c’est-à-dire qu’il y avait toujours eu plus de personnes qui s’installaient sur le territoire que de personnes qui en partaient. Mais pour la première fois, entre 2014 et 2019, ce solde migratoire a été négatif, avec 27 000 départs et 17 000 arrivées sur la période. Soit un déficit de 10 000 personnes. »
Ce déficit migratoire s’est encore creusé. Pouvez-vous le quantifier ?
« Cela représente pratiquement 2 800 et 3 000 départs nets en 2020 puis en 2021. On estimait déjà qu’en 2019, ce chiffre était de 2 600. On poursuit donc l’ampleur observée de 2019. »
Quelles sont les conséquences ?
« On pense que cela aura un impact direct sur la natalité car parmi ces personnes, il y a des femmes en âge d’avoir des enfants. Cela implique moins de jeunes en âge d’être scolarisés et donc des fermetures de classes à prévoir. Par ailleurs, qui dit moins de natalité, dit vieillissement de la population. Ce phénomène n’est pas nouveau, mais il se prolonge. Cela implique de mettre en place de nouveaux services. C’est une nouvelle économie qui se profile à travers la silver economy (l’économie des seniors), qui consiste à créer de nouveaux services en faveur de cette population vieillissante : des aides à la personne, la construction d’Ehpad et de structures. C’est peut-être une aubaine pour le secteur BTP, qui n’est pas en bonne forme, à travers des chantiers d’adaptation de l’habitat à cette population vieillissante. »
Quelles sont les perspectives avec la réouverture des frontières ?
« Cette situation n’est pas figée. Cela peut repartir dans l’autre sens. L’année 2022 sera intéressante à analyser puisqu’il est de nouveau facile de venir sur le territoire. Après c’est une question de confiance qui dépend de si l’économie repartira, de si on disposera de davantage de visibilité et certitudes sur le plan institutionnel, etc. Tous ces éléments feront que les gens reviendront. Ce qu’on observe n’est pas très positif, mais cela peut rebasculer dès les prochaines années. Ce n’est certainement pas définitif. »
Un bond « inédit » de la mortalité

C’est une « vague inédite » de mortalité qui a frappé le pays l’an passé, dès lors que la Covid-19 s’est propagée dans le pays, à partir de septembre.
Le nombre annuel de décès a ainsi bondi à 1 983 en 2021, ce qui représente une hausse « tristement spectaculaire » de 28 % par rapport à la période 2015-2019. Le taux de mortalité a donc également décollé, passant de 5,7 ‰ en 2020 à 7,2 ‰ l’an passé où la surmortalité a affecté plus fortement les hommes (8,2 ‰) que les femmes (6,2 ‰).
L’espérance de vie baisse de vingt mois
« La vague de surmortalité commence dès le mois d’août 2021 avec une hausse de 17 % des décès par rapport à la moyenne de 2015-2019, soit 25 cas supplémentaires, sans qu’un lien avec la Covid n’ait alors été diagnostiqué, analyse l’Institut. Le paroxysme est atteint en septembre et en octobre avec une hausse des décès de respectivement 149 %, soit 189 cas supplémentaires, et de 119 %, soit 150 cas supplémentaires. L’épidémie est alors en phase aiguë, avec un rythme élevé de contagions, des hospitalisations de patients développant des formes graves de la maladie et des décès. Sur les deux derniers mois de l’année, la surmortalité revient au niveau observé en août. »
Ce phénomène n’est pas sans conséquence sur l’espérance de vie qui a « sérieusement chuté » en 2021, s’établissant chez les hommes à 72,9 ans (soit un recul de vingt mois) et chez les femmes à 79,1 ans (un recul de 19 mois).
À noter néanmoins qu’en 2020, avant que le virus ne circule dans le pays, le taux de mortalité était resté stable par rapport à 2015-2019 et que l’espérance de vie avait même augmenté, passant à 75,5 ans pour les hommes et à 82,1 ans pour les femmes.
Le renouvellement des générations est-il menacé ?
L’indicateur conjoncturel de fécondité (ICF), qui mesure le nombre d’enfants qu’aurait une femme tout au long de sa vie, est en constant recul et s’établit à 2,04 en 2020 et 2,02 en 2021. Or cet indicateur est fixé à 2,1 enfants par femme pour garantir le renouvellement des générations, c’est-à-dire le nombre moyen d’enfants par femme nécessaire pour que chaque génération en engendre une suivante de même effectif.
A titre de comparaison, l’ICF était encore de 3,2 en 1990, 2,6 en 2000 et 2,2 en 2010.
Moitié moins de mariages
Le nombre d’unions a été quasiment réduit de moitié comparé à la période 2015-2019, ce qui représente 498 mariages en 2020 (- 46 %) et 567 en 2021 (- 38,5 %). « Les restrictions sanitaires ont fortement impacté le nombre de célébrations, précise l’Isee. Compte tenu des risques sanitaires, les autorités coutumières, des îles Loyauté notamment, ont interdit la célébration des mariages coutumiers pendant toute l’année 2020. Les unions de personnes de droit coutumier sont ainsi tombées à moins de 50 en 2020, contre 260 en moyenne les cinq années antérieures (- 81 %). »
Source : Les Nouvelles Calédoniennes
