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Le drame tout entier de mon existence de popa’ā en Polynésie française réside dans un fait infime et qui pourtant a des répercussions tragiques sur mon quotidien : je n’arrive pas à prononcer « ‘Ia ora na ». Moi, pourtant si douée pour les langues depuis le CP, ayant étudié le latin depuis la 5e, prônant mon ouverture au monde et à l’interculturel – n’allons pas jusqu’à dire que je me déclare citoyenne du monde – , je n’arrive pas à prononcer « ‘Ia ora na ».

Autrement dit, je n’arrive pas à dire « Bonjour » dans la langue de l’île sur laquelle j’habite. Je me sens nulle, mais nulle. Ne dit-on pas : « c’est simple comme bonjour » ? Pas pour moi ! Pas pour ‘Ia ora na ! Quelle torture ! Quelle jolie expression pourtant, engageant l’échange avec autrui. La voyelle finale invite à ouvrir la bouche dans un sourire. ‘Ia ora na si beau et si pervers avec moi. Moquez-vous, derrière un écran, mais comment le prononcez-vous dans votre tête lorsque vous le lisez, ‘Ia ora na ?

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