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Je suppose que vous avez noté que je poste mon billet un 1er avril. Heureusement que je ne le poste pas au Fare Rata car il vous arriverait après les élections. Ce serait dommage, car beaucoup d’entre vous espèrent que je dévoilerai mes préférences politiques, comme ils espèrent toujours que je mentionne mes mensurations.Illustration :…

J’entends d’ici les remarques des plus cultivé(e)s : « Ah ! Maeva utilise un langage soutenu ». « Soutenu par qui ? » ajoutent les plus politisé(e)s. Intellos, vous vous la ramenez toujours !

Et les remarques de ceux qui ont peu fréquenté l’école de la chose publique : « c’est quoi cette drôle de conjugaison ? ». Marginalisés de la culture, c’est en pensant à vous que j’écris. Je vous explique. Le verbe voter, du premier groupe, au présent de l’indicatif et à la première personne du singulier, à la forme interrogative se conjugue ainsi : « pour qui votè-je ? ». Évidemment, si à l’école on vous l’a appris comme ça, bonjour le charabia. C’est beaucoup plus simple si j’explique que tu peux poser la question de cette façon : « tu veux savoir pour qui je vote ? » ou encore « c’est quoi, à toi, le vote ? ». Mais si tu veux avoir un master de littérature française, tu diras plutôt :  pour qui votè-je, hic et nunc ?[1] ».  Ah ! j’aurais aimé avoir une prof qui pense comme moi, qui parle comme moi, qui agit comme moi et pas une vieille toupie à lunettes qui se lamente : « grevè-je mon budget avec tous ces jours de grève ? ».

Bon, venons-en au sujet. Pour qui votè-je ?

Un regret avant toute chose : la disparition prochaine de la scène politique de deux personnalités que j’avais brocardées, le docteur Jacques Raynal et Yvonnick Raffin. Le premier, que je juge pourtant compétent et honnête, était facile à caricaturer. Son nom d’abord et son allure technocratique, un peu distante, me le fit appeler – pendant le Covid – « Sa suffisance Raynal ». Trop facile et trop tentant ! J’ai imaginé qu’il devait être malheureux de cohabiter au sein du gouvernement avec deux ministres qui s’estimaient parés par la nature contre la pandémie. Le malheur, c’est que ces deux-là, eux, resteront dans le paysage politique, en attendant qu’ils trouvent une nouvelle occasion de s’extasier devant les dons que mère Nature leur a concoctés.  Quant au ministre des Finances, je ne pourrai plus rédiger quelque « raffinade » bien sentie qui, semble-t-il, avait eu la faveur des lectrices et lecteurs (vous pouvez les relire sur mon blog ou sur Pacific Pirates Média, à la rubrique Humour/ »Maeva, c’est Takin ! »).

Tout à mon instinct féministe, je cherche vainement le mouvement politique qui mettrait vraiment une femme en avant. Mais non ! la Polynésie française n’a pas de vahine qui pourrait succéder à une noria d’hommes ! Même le parti qui devrait être le plus émancipateur, n’avait même pas pris le risque de proposer la candidature d’une femme aux législatives, même pas celle d’une de ses militantes qui se bat contre les violences faites à ses sœurs. Désespérant ! Remarquez, ce n’est pas parce qu’une femme serait annoncée comme hypothétique présidente en cas de victoire que je me précipiterai pour glisser dans l’urne un bulletin qui soutiendrait sa candidature ! Je vais plagier Frantz Fanon[2]. Des corps féminins peuvent être cachés par des masques machos. À l’Assemblée nationale, on a des députées – très à droite de l’hémicycle – qui prétendent que le corps des femmes ne leur appartient pas car elles auraient pour vocation d’enfanter, ce qui permettrait à la France de ne plus avoir besoin de migrants ! Chez nous, on a des candidates qui ont essayé de torpiller les vaccins. Pour le bien de leurs enfants sans doute !

Donc, me résoudrai-je à soutenir un homme ? Pourquoi pas s’il me donne des gages sur son engagement à soutenir la cause des femmes à côtés de ses autres engagements que j’examinerai à la loupe.  C’est qu’en effet, il y a des causes sérieuses à mettre en avant. Tenez, par exemple, si à côté du nom de tous les candidat(e)s, on indiquait avec quelle automobile il ou elle se déplace et quel est son bilan carbone, on verrait déjà quelle liste est crédible dans la lutte contre le dérèglement climatique. J’ajouterai que j’aimerais une réponse à cette question simple : le programme envisage-t-il de rendre opératoire le contrôle technique des véhicules, comme il se pratique dans tous les pays modernes pour lutter contre les particules fines ?

Si au moins le président putatif publiait ses menus hebdomadaires, on saurait s’il serait crédible dans la lutte prioritaire contre l’obésité et le diabète. Vous attendiez que je mette les pieds dans le plat, c’est fait ! J’ai évité de réclamer la publication de leur indice de masse corporelle, alors vous voyez bien que je ne suis pas une inquisitrice.

Ce président putatif devrait nous expliquer comment il entend lutter contre la vie chère et la baisse du pouvoir d’achat. Sait-il par exemple que des mères de famille aimeraient bien travailler pour – dit ma mamie – « mettre du pata dans le mā’a »[3] alors que les excessifs frais engagés pour garder les enfants en fin d’après-midi réduiraient à néant les efforts de cette mère. Et quand je dis en fin d’après-midi, il faut rappeler que dans certaines communes les enseignements s’arrêtent à l’heure de la sieste, sans parler des vacances, des journées pédagogiques à répétition et des journées de grève. L’enseignement de la « valeur travail » n’est pas pour demain !

Les candidats se déplacent-ils à pied dans les rues de Papeete ? Comment feront-ils (hors moyens de répression) pour que la capitale ne donne pas le sentiment qu’elle est une ville d’un pays en développement ? Cela devient insoutenable. Et certains voudraient montrer ces pauvres gens aux touristes qu’on attirerait pour qu’ils fissent le voyage de leur vie ? Et photos à la clé ! Il n’y a donc pas un ou une responsable politique pour avertir : avant de développer le tourisme, occupons-nous des SDF, des chiens errants, des embouteillages et ramassons les poubelles sur les plages ? Avant le Village tahitien, la fin des chiens ! [4]

J’attends aussi qu’on m’annonce comment on se positionnera envers la Chine quand elle fera des offres alléchantes. À cet égard, j’invite chacune et chacun à lire les déclarations fracassantes de l’ancien président de la Micronésie. Pékin a « démontré une grande capacité à saper notre souveraineté, à rejeter nos valeurs et à utiliser nos responsables élus et expérimentés à ses propres fins », a-t-il témoigné.

En fait, les programmes de la campagne électorale devraient commencer par ce dernier point, car c’est de là que nous resterons ou non ce que nous sommes, Mā’ohi, Kanak, zoreilles et métisses de toutes origines.

Las ! je crains que la campagne ne tourne surtout autour du pito des électeurs.

« Couvrez d’un joli pareu ce pito que je ne saurais voir ! ». Sinon, je vous tèje[5] !

Post-scriptum : Un pincement au cœur avec la disparition du quotidien Les Nouvelles Calédoniennes. Sa lecture matinale me manquera.


Notes :

Comme d’habitude, le recours à l’intelligence superficielle voulu par Maeva bouscule les pseudo-règles des blogs qui se réfèrent en général « au bon sens commun », c’est-à-dire aux instincts les plus bas de chacun de nous.

[1] Toujours encline à étaler ses humanités grecques et latines, cette sacrée Maeva ! Pour les non-initiés, je traduis : ici et maintenant.

[2] Pour les non-initiés, un rappel… Frantz Fanon était un Martiniquais, né en 1925 et en 36 ans d’une courte vie a laissé une empreinte indélébile en tant qu’écrivain anticolonial et en tant que médecin psychiatre. Ses deux livres les plus connus sont Peau noire et masques blancs (1952) et Les Damnés de la terre (1961).

[3] Traduction très (très) libre : « mettre du beurre dans les épinards ».

[4] Je me demande parfois si Maeva n’envisagerait pas un futur poste ministériel comme celui qu’une femme avait déjà occupé : le ministère du travail et du tourisme… Maeva apprécie tellement les oxymores ! Ah ! elle m’a bien eu, Maeva, en affichant ses ambitions. En éclatant de rire, elle m’a rappelé qu’on était un 1er avril ! Et j’avais mordu à l’hameçon.

[5] Habile à manier les langues mortes, Maeva n’a pas sa langue dans la poche pour prouver qu’elle est d’jeune en utilisant un verlan moderne. Je traduis pour les rū’au : « je vous jette ».

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