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La Corse est championne de tous les départements français pour la possession de voitures électriques avec 16 véhicules électriques pour 1 000 habitants, contre 9 pour la moyenne nationale. En 2022, les immatriculations de voitures électriques y ont bondi de 47 % (2 390 immatriculations), contre 26 % sur le territoire national. À Tahiti, en…

Quelles sont les raisons de cette exception corse ?


– Primo : l’essence coûte plus cher en Corse que sur le continent.
– Secundo : le prix de l’électricité en heure creuse (tarif bleu résidentiel) est de 15 centimes d’euro, soit 18 Fcfp le Kwh, contre environ 45 Fcfp à Tahiti, où il n’y a pas de tarif heures creuses, ce qui est une aberration sur le plan économique et écologique, car l’électricité consommée la nuit à Tahiti est plus « verte » (hydro-électrique) que celle qu’on consomme le jour. En Corse, un grand rouleur qui dépensait chaque mois entre 500 et 600 euros avec sa voiture diesel dépense 150 euros par mois avec sa voiture électrique.

– Tertio : la crainte de tomber en panne qui freine les ventes sur le continent (autonomie limitée, bornes de recharges encore rares, durée de la recharge pour les longs trajets), n’existe pas en Corse car l’autonomie actuelle des batteries suffit largement à tous les trajets quotidiens possibles dans l’île. De plus, 600 bornes de recharge existent maintenant en Corse, ce qui incite les compagnies de location à proposer ce mode de location plus économique (le plein d’électricité leur coûte moins cher que le plein d’essence). Elles ont acquis plus d’un millier de voitures électriques en 2022, sur 2 390 immatriculations électriques.1

Pourquoi est-ce que la voiture électrique ne décolle pas à Tahiti, alors qu’elle fait un tabac en Corse ?

À Tahiti comme en Corse, les plus longs trajets quotidiens peuvent maintenant être effectués sans recharger la plupart des modèles actuels de voitures électriques, dont l’autonomie varie entre 300 et 500 km. Donc la crainte de la panne n’existe pas… pour ceux qui disposent d’un moyen de recharge chez eux. La situation est beaucoup plus compliquée pour ceux qui habitent dans des appartements, car il n’y a aucune borne de recharge publique (donc adieu les voitures de location électriques pour les touristes). Il y avait pourtant eu des promesses de bornes de recharge dans le cadre du plan de transition énergétique, mais celles-ci sont passées à la trappe depuis longtemps, de même que la plupart des mesures évoquées dans ce plan.

Sur le plan écologique, la voiture électrique a du sens si elle est rechargée avec de l’électricité propre, mais aucun intérêt si elle est rechargée avec de l’électricité « carbonnée » (produite avec des centrales thermiques). Or à Tahiti, l’électricité est majoritairement produite avec du fioul ou du gazole, saut la nuit, où l’hydroélectricité suffit presque à satisfaire la demande. Malheureusement, comme il n’y a pas de tarif « heure creuse » comme en Corse (et dans la plupart des pays du monde), les possesseurs de voiture électrique n’ont pas intérêt, financièrement, à charger la nuit. On perd ainsi le principal intérêt de la voiture électrique sur le plan des émissions de carbone… sauf si le possesseur de la voiture électrique a une installation photovoltaïque et peut l’utiliser pour recharger sa voiture pendant la journée (ce qui est rare, sauf pour quelques retraités ou télé-travailleurs privilégiés, où si votre employeur vous fait profiter de son installation photovoltaïque pendant la journée, ce qui est encore plus rare).

Il est aussi possible d’avoir sa propre centrale photovoltaïque dotée d’une batterie pour être en totale autonomie, avec une puissance suffisante pour charger un véhicule la nuit, mais là encore on parle d’un investissement conséquent, et aussi de pertes en ligne au passage car il faut d’abord charger la batterie de l’installation, puis charger la batterie de la voiture.

Malgré le handicap d’une électricité 4 fois plus cher qu’en Corse aux heures creuses (la nuit), un pionnier de la voiture électrique « gros rouleur » me dit payer moins cher en électricité qu’il ne payait en essence chaque mois, et l’agrément de conduite est incomparable, surtout en ville dans la circulation. Si votre voiture électrique consomme 20 kwh aux 100 km, cela représente environ 900 Fcfp aux 100 km, et si votre voiture à essence consomme 7 l/100 km, vous payez 7×160 = 1 120 Fcfp pour 100 km, ou 960 Fcfp aux 100 km pour 6 l/100.
Sur le plan financier donc, la différence n’est pas grande, surtout que les voitures électriques sont plus chères à l’achat (il n’y a pas de bonus écologique comme en Corse, mais les voitures électriques sont dispensées de taxe à l’importation).

Cependant, les prix des voitures électriques commencent à baisser (notamment en raison de la décision d’Elon Musk de casser les prix, en particulier sur la modèle 3 fabriquée en Chine), donc on devrait bientôt avoir des niveaux de prix comparables aux modèles thermiques à performance et finition similaires.

Faut-il craindre une surcharge du réseau à cause des voitures électriques ?

Certains craignent une surcharge du réseau si les véhicules électriques se répandent trop rapidement. A cela les constructeurs automobiles répondent qu’on peut munir les véhicules électriques de prises qui permettent à la batterie du véhicule d’alimenter le réseau par votre compteur électrique. Ainsi, lorsqu’une pointe de consommation surgit (en général le soir quand les gens rentrent chez eux et qu’il n’y a plus d’électricité photovoltaïque), le réseau muni de compteurs intelligents pourra « tirer » sur votre batterie de voiture pour alimenter votre maison et celle de vos voisins, puis recharger votre batterie pendant la nuit quand tout le monde est couché. Ainsi, un parc important de voitures électriques agit comme une gigantesque batterie susceptible d’être sollicitée pour faire face à une pointe de consommation lorsque c’est nécessaire. De ce fait, l’opérateur du réseau n’a pas besoin d’investir dans des grosses et coûteuses batteries ou dans des centrales thermiques de secours pour assurer uniquement cette pointe quotidienne du soir, ce qui réduit le coût des investissements, donc le coût de l’électricité pour le consommateur (en principe). Certaines marques japonaises, comme Nissan et Mitsubishi, ont déjà installé ces prises électriques « V2G ou V2H » dans leurs voitures, prises qui permettent aux particuliers d’injecter l’électricité de leur batterie dans leur réseau domestique en cas de panne du réseau, de tsunami ou de tremblement de terre.

À cela, on peut ajouter que les particuliers qui achètent des voitures électriques et qui ont une habitation individuelle seront incités à investir dans une installation photovoltaïque, installation qui peut aussi être sollicitée par le réseau en cas de besoin. Si l’installation est dotée d’une batterie, le particulier pourra s’approcher de l’autonomie, y compris pour recharger sa voiture en heures creuses, et donc si ces installations se multiplient, la charge pour le réseau diminuera petit à petit. Au total, quand on aura suffisamment de voitures électriques et d’installation photovoltaïque en autonomie, les besoins de déplacement individuels seront satisfaits grâce à l’importation gratuite et propre des rayons du soleil, au lieu de l’importation onéreuse et polluante d’hydrocarbures.

Malheureusement, les véhicules électriques ne décolleront pas en Polynésie française tant qu’il n’y aura pas de tarif réduit pour l’électricité en heures creuses, et tant qu’il n’y aura pas de bornes de recharge disponibles, en particulier en ville dans les parkings et sur les trottoirs. Une aide à l’achat à tempérament d’installations photovoltaïques serait également la bienvenue dans le but de progresser vers la décarbonation des transports individuels.

Sources :

https://www.turbo.fr/actualite-automobile/la-voiture-electrique-conquis-la-corse-grace-aux- particuliers-et-aux-loueurs-190530

https://www.tf1.fr/tf1/jt-we/videos/corse-leldorado-de-la-voiture-electrique-37902016.html

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4 réflexions au sujet de “Pourquoi la Corse est championne de la voiture électrique, et pas Tahiti…”

  1. EDT considère qu’il n’y a pas actuellement d’intérêt à créer des tarifs destinés aux heures creuses…
    La Nouvelle-Calédonie a réalisé un schéma directeur de maillage d’un réseau de bornes de recharge en 2021. Et en Polynésie ?!

  2. Deux questions qui ne paraissent pas souvent posées,
    1- qu’elle est la durée de vie de ces batteries ?
    2- à la revente, qui va acheter une véhicule électrique avec une batterie qui fonctionne depuis plusieurs années ?
    Merci de vos réponses. Michel

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