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On a tout entendu, lu et écrit sur l’écrivaine Annie Ernaux, née en 1940, depuis que l’Académie de Suède lui a attribué le prix Nobel de littérature en octobre dernier. Plutôt que de présenter ses livres (ils  sont en général courts et très accessibles), chaque lecteur se fera en les lisant une opinion personnelle. On sait qu’elles portent sur les questions des mémoires individuelles et sociétales. Ce que je propose, c’est d’ouvrir le journal intime d’Annie Ernaux, L’Atelier noir (collection l’Imaginaire, éditions Gallimard, 2022), où, dans cette écriture d’essai d’avant l’écriture finale, elle s’interroge sur son travail, l’invention de sa plume personnelle, et la recherche de son style proche de la vie. C’est ainsi une manière peut-être plus personnelle de la découvrir.

En 2022, pour la réédition augmentée de son Journal intime, Annie Ernaux écrit : « expérience éprouvante à la limite de l’effroi, devant ce que ces pages attestent de la genèse difficile de presque tous mes livres, du cheminement obscur, envahi d’hésitation et de doutes vers le moment où il ne sera plus question que d’aller au bout du texte et où tout retour en arrière sera impossible ». Le lecteur, face à cette phrase, ne se trouve pas ou plus face à un ouvrage achevé et imprimé, presque froid et techniquement parfait, mais devant une écriture en train de s’accomplir, devant les difficultés sans fin de produire un livre, devant aussi les possibles narratifs. L’écriture apparaît comme un engrenage qui se met progressivement en marche et auquel on ne peut plus échapper, au-delà des impuissances, des interrogations, des blocages et des hésitations …

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