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« LIBRE OPINION » de Yann Mouëllo, un abonné et lecteur de PPM, suite à la question écrite de Mme Eliane Tevahitua, représentante du groupe Tavini Huiraatira à l’assemblée de la Polynésie française, adressée en début de semaine au président de la Polynésie relative au bilan des élections législatives et à la promotion locale dans notre Pays (lire la lettre ici).

À Mme Éliane TEVAHITUA,

représentante du groupe Tavini Huiraatira à l’Assemblée de la Polynésie française

Objet : Stigmatisation d’une partie de la population

Madame la Représentante, ‘ia ‘ora na

« Vous en êtes déjà à votre deuxième question écrite sur le même sujet à M. le Président de la Polynésie française, à savoir votre préoccupation des emplois locaux mais vu sous un prisme très particulier.

En effet, vous appuyez essentiellement votre argumentation en rejetant la faute, à demi-mot (ou pas, d’ailleurs) sur les français de métropole, communément appelés « popa’a », qui seraient la cause de tellement de maux en Polynésie française.

De par votre discours, vous stigmatisez ces individus qui font partie intégrante de la société polynésienne. Cette frange de la population a des compétences, elle les met au service du bon fonctionnement de la Polynésie et permet de faire fonctionner l’économie du Fenua, comme tout à chacun.

Cette partie de la population que vous semblez dénigrer et dont vous vous horrifiez au travers de l’emploi d’un mot très fort, l’émigration (à mon avis pas utilisé à bon escient) est, ne vous en déplaise, aussi responsable du bon résultat des députés Tavini du 18 juin dernier.

En effet, il ne faut pas se leurrer, parmi les « soixante-et-un mille quatre-cent-trente-huit électeurs de tous bords politiques qui ont voté MM. LEGAYIC, CHAILLOUX et BROTHERSON », tous ne l’ont pas fait comme « acte de résistance » au Président M. FRITCH en place.

Vous ne les mentionnez pas, voire même vous ne les remerciez pas, tous ces « popa’a » qui ont voté pour le Tavini ? Car il y en a ! Mais s’ils l’ont fait, c’est pour une simple raison : votre accord avec la NUPES. Vous ne pouvez pas vous permettre de les stigmatiser alors qu’ils vous ont permis de glaner les trois sièges de députés. Je pense notamment au score serré de M. LEGAYIC dans la circonscription 1, où j’ai voté … pour lui. D’ailleurs, ces votes « métropolitains » pour le Tavini sont aussi un message fort qui vous est envoyé : tenir vos engagements auprès de la NUPES. Mon vote, parmi tant d’autres, prouve qu’il faut voir plus loin que le petit bout de son nez, voir au-delà des clivages politiques, voir bien plus loin que ces considérations communautaristes. C’est ensemble que l’on pourra faire avancer la société polynésienne dans le bon sens, en s’occupant, par exemple, de la jeunesse le plus tôt possible par un projet politique et sociétal d’envergure en accompagnant les écoles, les partenaires sociaux… afin de faire rêver nos jeunes et de leur proposer un avenir pour les préparer aux emplois et métiers … locaux donc.

Ne crachez pas dans la soupe s’il vous plaît. Les interactions entre « maohi » et « popa’a » sont bien plus complexes. N’exposez pas seulement ce qui vous arrange car c’est un frein au bon développement de la Polynésie française.

Jacques SALOMÉ a dit « C’est en offrant le meilleur de nous que nous allons rencontrer le meilleur de l’autre ». Ensemble, construisons la Polynésie de demain en passant outre les différences politiques, sociales, communautaires, ethniques, …

Je vous prie d’agréer, Mme la représentante du groupe Tavini Huiraatira à l’Assemblée, l’expression de ma considération distinguée. »

Un professeur des écoles CEPF, dit « popa’a », en Polynésie depuis 18 ans

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