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Mardi 23 novembre 2021, je me suis rendu à la délégation de la Polynésie située boulevard Saint-Germain à Paris pour assister à l’inauguration d’une stèle érigée à la mémoire des valeureux Polynésiens, les tamarii, qui, de 1940 à 1944, furent volontaires pour rejoindre les forces françaises de libération… Ils furent plus de 300 ! Très belle…

Mais, sur place, j’ai réalisé qu’il aura fallu attendre 80 ans pour qu’une stèle soit enfin érigée en l’honneur de ces fameux tamarii… Mieux vaut tard que jamais, me direz-vous ! C’est vrai… Toutefois, en repensant aux points forts qui ont jalonné l’histoire des liens entre la Polynésie et la France, je continue à m’interroger car si ces valeureux tamarii ont répondu immédiatement : « d’accord on vient vous aider ! » quand des Français leur ont demandé de l’aide pour se battre contre l’envahisseur, il faut hélas reconnaître que 30 ans plus tard quand la situation inverse s’est présentée, c’est à dire quand les Polynésiens ont demandé l’aide de la France pour lutter contre les conséquences des essais nucléaires réalisés à Mururoa et Fangataufa, la France est restée muette répondant simplement par un mur du silence rendu opaque par un soi-disant sacro-saint secret défense… Aussi, face à cette triste situation, je n’hésite pas à dire Honte à la France !

 Oui ! Honte à la France, car, depuis 25 ans, les Polynésiens attendent de sa part des réponses claires quand ils demandent des précisions sur 2 points bien spécifiques qui sont l’indemnisation des victimes et la décontamination des sites de tirs…

 Oui ! Honte à la France, car, depuis 25 ans, les autorités militaires et civiles sont faussement rassurantes en racontant en permanence aux Polynésiens que tout va bien et qu’ils n’ont pas à s’inquiéter !…

Indemnisation des victimes et décontamination des sites

En ce qui concerne l’indemnisation des victimes, il faut reconnaître que si des efforts notables ont été faits depuis trois ans par le Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (Civen), il reste encore beaucoup de travail à accomplir.

En ce qui concerne la décontamination de Moruroa et Fangataufa, force est de constater que rien n’a été fait jusqu’à ce jour. Certes, on va me répliquer que 13 milliards ont été investis en 2019 pour la mise en place de Telsite 2, mais je rappelle que Telsite 2 est un thermomètre et qu’on ne soigne pas un malade avec un thermomètre mais avec un médicament ! À Moruroa, le motu Colette qui est recouvert de déchets radioactifs dangereux est une source permanente de contamination ; il est donc indispensable de recouvrir toute cette zone avec du ciment. De même, il est impératif de bétonner les cavités de tirs de la zone Nord, il y en a au moins six qui sont implantées dans le corail ou la zone de transition corail basalte… Nous savons que toute cette zone Nord menace de s’effondrer, c’est un danger permanent ! Et c’est donc un devoir absolu pour la France d’entreprendre enfin des travaux qui rassureront les Polynésiens.

Enfin, faudra-t-il attendre 80 ans pour qu’une stèle soit érigée en hommage à tous ceux qui se sont battus pour défendre les Polynésiens face au danger nucléaire ? Je pense en particulier à Alex du Prel à Bruno Barrillot à Roland Oldham, à John Doom et tant d’autres !

Je félicite enfin toutes les associations qui aujourd’hui se battent avec courage pour que leurs demandes face aux dangers nucléaires soient enfin entendues.

Ghislain Houzel, ancien directeur du CEA

(Photo mise en avant : ©Présidence)

Le 2 février dernier, à Paris, le président du Civen, Gilles Hermitte, conseiller d’État, par ailleurs président de la Cour d’appel administrative de Lyon, a reçu le président Édouard Fritch accompagné de la députée Maina Sage et du sénateur Teva Rohfritsch. Monsieur Hermitte a été nommé par décret du président de la République en date du 18 février 2021, succédant à Alain Christnacht.

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