Fondateur des éditions franco-indiennes Kailash, il a réédité « Lumières d’Orient », un ouvrage écrit par le père de la princesse Takau Pomare-Vedel.
On connaît depuis des siècles les écrivains-voyageurs qui ont trempé leur plume dans le sable des déserts, dans l’eau turquoise ou bouillonnante des lagons et des océans, qui ont gravi les sommets de la terre ou parcouru les plaines des immenses continents. Avec les cinéastes-voyageurs, ils ont raconté la vie et les coutumes des peuples « découverts », rencontrés ou traversés, ont été des passeurs de cultures et de civilisations, mais souvent à leur manière, c’est-à-dire en mêlant fidélité, fictions, malentendus et erreurs. Cela dit, connaît-on beaucoup de libraires-éditeurs-voyageurs qui ont planté leurs livres, dans les pays où ils ont successivement migré, pérégriné, voire résidé ? C’est à la découverte de l’un d’entre eux, Raj de Condappa, créateur en 1991 des éditions Kailash, que j’ai rencontré dans sa librairie-galerie[1] le long d’un canal de la cité languedocienne de Sète, que je convie, ce mois-ci les lecteurs de Pacific Pirates Média.
Le roman d’une étonnante vie
Raj de Condappa naît aux Indes en 1950, il y vit les premières années de sa vie, puis sa jeunesse se poursuit au Vietnam où son père a des affaires[2]. Il vient en France à l’âge de vingt ans, y travaille quelques années, retourne à nouveau au Vietnam, puis à Katmandou et Pondichéry. Il se fixe longtemps à Paris et actuellement il réside à Sète, une ville d’eau, de vent et de soleil qui l’a séduit.

« Je ne sais pas écrire », me confie d’emblée Raj de Condappa, au début de notre entretien. Il l’avoue sans gêne, comme on énonce et lève aussitôt un paradoxe ou une contradiction, qu’il a lui-même franchi, en ouvrant successivement des librairies en diverses villes de l’Asie et en éditant des centaines de livres traitant de l’Extrême Orient, la Chine et le Japon exceptés. En poussant la porte de son « magasin-bureau » -j’emploie ce terme à bon escient -, le visiteur entre dans un lieu serein et avenant, où les livres et les cultures de l’Asie, de l’Inde à la Corée, en passant par la péninsule indochinoise, cohabitent. On ressent, dès la porte franchie, une atmosphère de matin calme, visiblement recherchée et réalisée. Cette fascination pour l’Asie originelle constitue bien un art de vivre révélant une philosophie conviviale de l’existence, propice à une envie d’échanger, de bavarder et peut-être de tisser des solidarités nouvelles entre les hommes qui aiment et valorisent les arts et la littérature. A Sète, j’ai rencontré un éditeur qui sait parler avec passion des livres qu’il affectionne, non comme l’empreinte résultant d’un exotisme aux relents passéistes, mais comme les compagnons indispensables d’une vie marquée par les étapes d’une quête culturelle personnelle.
« Si ma famille est issue d’une caste de guerriers, mon ancêtre Télougou qui s’est installé à Pondichéry en 1854, puis au Vietnam ne l’était pas ; je suis né à l’époque du comptoir français donc j’ai la nationalité française[3] ! Pour garder le rang de notre caste, il n’y a pas de métissage. Dans notre famille, il y a une coutume, c’est que le premier enfant doit être né en Inde, donc ma mère y est venue pour me donner le jour où, je suis resté jusqu’à 4 ans, puis au Vietnam jusqu’en 1968 au moment de la guerre. Je parlais tamoul, vietnamien, le français occasionnellement. Après la faillite de mon père, pour survivre je volais des poulets que je vendais sur le marché à Saïgon et je faisais l’école buissonnière » ! Après divers petits actes de délinquance, « j’étais un garçon turbulent et bagarreur », sa grand-mère qui était une « femme puissante » l’envoie en France en 1971 ; il habite à Paris, chez un avocat ami de la famille. Là, il doit d’abord s’adapter à la vie française. On lui demande de couper ses longs cheveux, ce qu’il refuse, et désormais il les cache ! Lui qui se croyait jaune, apprend, surpris, dans la capitale française qu’il est noir ! Progressivement, il découvre la vie parisienne : près de la place de la Bourse, il confond la statue de Molière avec un bouddha ! Il entre dans la cour de l’ancienne Bibliothèque Nationale, rue de Richelieu, pensant que c’était l’Elysée où son avocat logeur connaissait le président Pompidou. On lui demande s’il vient pour l’annonce, il répond oui et donc un peu par hasard, il trouve du travail, d’abord au Département des manuscrits orientaux, car il connaissait la langue vietnamienne, puis au service des Imprimés. Il a ainsi rencontré des intellectuels, comme le philosophe Michel Foucault qui l’a pris en amitié, Deleuze, des écrivains comme Le Clézio, ainsi que de jeunes chercheurs vietnamiens. A la BN, il découvre la lecture des grands auteurs qui vont marquer sa vie, c’est même devenu une activité « addictive » ! Il suit des cours aux Langues O’, afin de mieux connaître les civilisations orientales. Il quitte la BN en 1978, car, confie-t-il, « je m’y ennuyais » ! Il a rencontré l’historien et directeur de l’Institution, Emmanuel Leroy-Ladurie, et lui a réparé son vélo, ce qui lui a évité un licenciement envisagé un temps par son chef de service. Après cette expérience parisienne, désormais assagi, « Paris m’a changé », reconnaît-il, il part à Katmandou au Népal s’occuper de la bibliothèque du Centre culturel français. Puis, toujours à la recherche d’activités qui satisfassent son énergie, il travaille dans une agence de voyage, Delta voyages qui avait à l’époque son siège en face de la Sorbonne. Il accompagne et effectue des randonnées avec des touristes français. Il partage ses connaissances avec eux et grâce à l’argent gagné, il ouvre une petite librairie orientaliste française à Katmandou. Là, débute pour lui, l’aventure du livre. « Lorsque j’allais en France j’achetais dans les grandes maisons d’édition des livres que je ramenais à Katmandou : romans, histoire, bouddhisme et hindouisme, etc. Cette librairie est devenue le lieu de rencontres des chercheurs francophones travaillant dans la région. A la même époque, on m’a proposé de rééditer le livre important épuisé de Sylvain Lévi publié sur le Népal en 1905. A la librairie s’est donc ajoutée l’édition que j’ai désormais menées avec Elisabeth mon épouse, qui faisait à l’époque où je l’ai rencontrée une thèse sur la Chine. Puis j’ai monté une librairie à Pondichéry. Et on a créé et développé Kailash ».
D’où vient le nom Kailash ?
Ce nom de Kailash est celui d’une montagne qui se situe à l’ouest de la région du Tibet en Chine. Elle fait partie de la chaîne du Transhimalaya à 6 600 mètres d’altitude au sein de quatre religions ou spiritualités d’Asie : « pour les hindous, elle est la demeure de Shiva ; pour les bouddhistes tibétains, celle de Chenresig, le bodhisattva de la compassion dont le dalaï-lama est une des personnifications ; quant au fondateur du jaïnisme, c’est à son sommet qu’il a reçu l’illumination ; le culte bön, pré-bouddhisme chamanique, la considère comme le symbole de l’âme. Elle correspondrait peut-être au mythique mont Mérou considéré comme l’axe du monde dans les mythologies persane, bouddhique et jaïne. La circumambulation de 51 km autour du mont Kailash (kora) est l’un des pèlerinages les plus importants d’Asie. Le mot Kailâsa signifie « cristal » en sanskrit. Les Tibétains le nomment Gang Rimpoche ou Kang Ripoche, ce qui signifie le « précieux joyau des neiges » et les jaïns, Ashtapada ». Raj a nommé sa maison d’édition Kailash suite à la lecture d’un ouvrage écrit par un sage indien qu’il a souhaité traduire en français, mais les droits d’auteur l’ont dissuadé. Sur une image, le chignon d’une femme représente symboliquement le mont lui-même.

La maison d’édition franco-indienne Kailash[4] est ainsi créée en 1991 par Raj en compagnie de sa femme Elisabeth. Elle a été longtemps basée de manière duelle à Pondichéry et à Paris (69 rue Saint-Jacques, en plein quartier latin et des éditeurs) ; actuellement elle est domiciliée à Sète, mais tous les livres continuent à être imprimés en Inde.
Un fonds éditorial riche et varié
Le fonds éditorial de Kailash comprend actuellement 220 titres de livres vivants, c’est-à-dire non épuisés, qui sont distribués par la maison Pollen. Il est composé de six collections : civilisations et sociétés qui explore les nombreuses cultures de cette région sur les plans de l’histoire, des littératures entre autres, Les exotiques qui reprend les récits d’hier, des inédits et édite même ceux d’aujourd’hui ; on retrouve ainsi les textes de Farrère, Loti, Vercors, Dorgelès, Dorsenne[5], Vaillant, Dekobra ou Pujarniscle, Mystère et boule d’opium (l’humour n’est visiblement pas absent de cette appellation qui concerne des polars), groupement éditorial qui permet de lire des récits contemporains, Grains de riz qui propose des traductions de récits autochtones, Bibliothéca asiatica qui reprend des récits de voyage, ainsi que des livres hors collection. On trouve, en outre au catalogue, les Carnets de la Sielec, avec onze volumes parus, consacrant des recherches sur les littératures de l’ère coloniale (Université Paul Valéry, Montpellier). Dans le passé, Kailash a publié la nouvelle série des Carnets de l’exotisme dirigée par Alain Quella-Villéger[6].

Un soin particulier est donné aux ouvrages édités : les couvertures des livres sont fabriquées à la main par un atelier de sérigraphie en Inde. Le livre doit être un « joli et bel objet » me déclare Raj, que ce soit les livres anciens réédités ou les ouvrages récents, dont certains sont traduits des langues locales. « Je n’ai jamais regardé le sens commercial, l’important est le contenu du livre et la qualité de l’auteur. Rééditer, réhabiliter des auteurs écrivant en français sur l’Asie, car le regard francophone sur l’Asie m’intéresse. Nous ne sommes que deux, ma femme et moi, à gérer cette maison d’édition ».
Kailash réédite nombre d’écrivains de l’époque coloniale. N’est-ce pas étonnant de la part d’un autochtone Indien ? « Je suis personnellement anticolonial, m’explique Raj, mais, parmi les auteurs de l’époque coloniale, il y a des gens très intéressants et des écrits que je trouve extraordinaires. Le Français est un rêveur romancier ! Les rééditer permet aussi au voyageur d’aujourd’hui de comprendre ces pays ». Je ne peux qu’acquiescer, il faut se faire une idée soi-même des livres publiés dans le passé et des « réalités » construites ou perçues que les ouvrages permettent de découvrir, et éviter les a priori de postures mécaniques comme les stéréotypes qui fleurissent ces temps-ci partout…
Emile Vedel, un marin lié à la famille Pomare
Signalons au lecteur polynésien que Raj a réédité en 2009 l’ouvrage Lumières d’orient (1901) publié par l’officier de marine Emile Vedel (1858-1937), dont trois chapitres sont consacrés à Tahiti. Il y évoque, avec les mots et les pensées du XIXe siècle, la langue et les croyances d’autrefois, un séjour à Raiatea où il aborde les codes de lois missionnaires, les chants protestants ou traditionnels, la vie insulaire de l’époque, le marae de Taputapuatea et l’animation populaire causée par la présence d’un bateau militaire. Puis il rend compte de la cosmogonie et des généalogies, des chants légendaires qu’il compare aux mythes grecs.

Dans le dernier chapitre, où est mentionnée et active la reine Marau, l’auteur présente un rappel de la venue des premiers navigateurs européens : Wallis (selon une version polynésienne), Bougainville avec moult citations du Voyage, et Cook, dont il raconte la mort à Hawaii. Le récit s’achève par la perspective, souvent évoquée dans les ouvrages de l’époque, de la disparition de la « race maorie ». L’auteur est également le père de la princesse Takau (1887-1976) qu’il eut avec la reine Marau Taaroa. Leur fille prit le nom de Takau Pomare-Vedel.
Libraire-éditeur-voyageur
Raj reprend le fil de sa vie de libraire et d’éditeur voyageur. A la suite de l’ouverture du Vietnam au monde en 1991, il publie de nombreux ouvrages coédités en français sur ce pays, il vient à Hanoï les présenter et les vendre. Il a même tenu sur place un rôle de conseiller culturel jusqu’en 1997. Après l’expérience vietnamienne, il achète un terrain au bord de la mer à Pondichéry et il construit un hôtel culturel : « de 2000 à 2015, j’ai géré cet hôtel branché ayant une belle clientèle internationale chic. Lorsque Moody est arrivé au pouvoir, j’ai vendu l’hôtel ne voulant pas cautionner sa politique. Le vente de l’hôtel me permet de vivre normalement dont les bénéfices soutiennent la maison d’édition Kailash ». Lorsqu’il vivait en Asie, il ressentait le besoin de revenir souvent à Paris, de se replonger dans la francophonie, si importante pour lui.
Après le Vietnam, il a failli s’installer à La Rochelle, accueilli par le maire de l’époque, ou bien à Rochefort sur les conseils éclairés d’Alain Quella-Villéger, mais il n’a pas trouvé de maison, dont il aurait pu faire son logement et la Maison de l’Asie qu’il projetait de créer. Et c’est un universitaire, originaire de Sète, rencontré en Inde lors d’un colloque, qui lui conseille de venir dans la cité méditerranéenne, d’où sont originaires le poète Paul Valéry, le chanteur Georges Brassens et où a longtemps vécu le peintre Pierre Soulages. A Sète, il découvre une ville populaire encore, traversée de canaux, donnant à la fois sur l’étang de Thau et la mer. C’est de là qu’il gère sa maison d’édition.
Une mine de publications
Dans son Bloc-notes[7], Jean-Claude Trutt écrit, après avoir découvert la librairie Kailash de Paris : « Je suis parti en emportant son catalogue complet et ai pu constater que la palette offerte était vraiment impressionnante : Des récits de voyageurs célèbres : Roger Vaillant (La Réunion et Boroboudour), Vercors qui s’était rendu en Chine dès 1953 (Les divagations d’un Français en Chine), le Comte de Beauvoir, grand voyageur du XIXème siècle (Java, Siam et Canton et Pékin, Yeddo et San Francisco). Beaucoup de rééditions de Loti, Farrère. Deux histoires de Gustave Le Rouge qui se passent en Asie (La reine des éléphants et L’Espionne du grand Lama). Un roman de Pierre Benoit dont l’action se passe à Angkor (Le roi lépreux). Des romans indiens traduits de l’anglais, d’autres romans traduits du coréen, du vietnamien, du penjabi, du télougou. Des BD, des romans policiers, et de nombreux ouvrages sur l’art, la littérature et l’histoire…C’est grâce à Kailash que j’avais découvert le chef d’œuvre de Claude Farrère que je ne connaissais pas, Les Civilisés, un roman colonial pas très gentil pour les coloniaux de l’Indochine du début du siècle passé. Le roman avait néanmoins obtenu le prix Goncourt (un des premiers) en 1905. Et cela n’a pas empêché cet officier de marine (comme Pierre Loti qu’il considérait comme son maître) à entrer plus tard à l’Académie française. C’est chez You Feng, rue Monsieur le Prince à Paris, que j’avais déniché cet ouvrage, en même temps d’ailleurs qu’un autre chef d’œuvre, Malaisie, qui, comme par hasard, a eu également le prix Goncourt, en 1930 je crois, ce qui ne l’empêche pas d’être un très grand livre, très poétique et très émouvant. Le livre était publié par un autre éditeur singulier, les Editions du Pacifique, installé, lui, à Singapour.
Jean-Claude Trutt s’étonnant de la très relative visibilité des éditions Kailash, écrit : « Je ne sais pas si les publications de Kailash sont bien distribuées. Je n’en ai jamais trouvé en dehors de You Feng et d’une librairie de Luang Prabang. La femme de Raj m’a pourtant dit qu’ils avaient trouvé un accord de distribution avec une maison d’édition française. Je trouve en tout cas cette situation bien déplorable ». Cette réflexion a de quoi nous faire réfléchir à Tahiti aussi, où de nombreux livres de qualité dépassent difficilement les limites des lagons, et sont donc ignorés des chercheurs internationaux.
Jean-Claude Trutt poursuit sa découverte du fonds Kailash. « Et c’est ainsi que je suis tombé il y a deux ans sur un autre ouvrage tout à fait étonnant édité par Kailash en 2006 : Jaraï de Loup Durand. C’est d’abord un merveilleux roman d’aventures, celui du fils d’un colon assassiné et qui se venge, aidé par un ami d’enfance, un Jaraï (minorité ethnique des montagnes du Cambodge), mais – et c’est évidemment le plus intéressant – c’est aussi une relation très convaincante de l’origine de la prise de pouvoir des Khmers rouges et de la responsabilité des Américains (leur participation directe même) dans le coup d’État du général Lon Nol et l’éviction de Sihanouk. Il y a de nombreuses scènes décrites d’une manière magistrale, l’arrivée des Khmers rouges à Phnom Penh, le massacre des Vietnamiens, l’évacuation totale et brutale de la ville ».
Un concept éditorial et un avenir très incertain pour le livre
Quel avenir pour le livre ? ai-je demandé à Raj, lui qui lui a consacré sa vie à en vendre puis à en fabriquer. « Je suis assez pessimiste quant à l’avenir du livre dans le monde que je connais et qui est le mien, l’Asie ; on voyage maintenant sans lire la littérature du pays qu’on visite, les lecteurs d’une manière générale sont moins nombreux. Je suis un des derniers à entretenir une vision littéraire du monde asiatique. Les librairies qui vendent des livres français dans toute l’Asie vont peu à peu fermer. C’est désolant ! C’est la fin d’une niche ».
Raj de Kondappa, ce « garçon des rues devenu le garçon des livres », comme le définissait un journaliste, a littéralement inventé sa vie, même s’il est, au sens premier, un héritier, venant de l’aristocratie indienne. C’est un esthète au parcours de vie original, situé au carrefour des cultures de l’Asie du Sud-Est et de la France, qui a toujours placé le livre au centre du jeu culturel, pour décrire, expliquer, comprendre et voyager. Son ami, l’historien et biographe de Pierre Loti, Alain Quella-Villéger, qui travaille avec lui depuis plus trente ans, témoigne ainsi[8] : « Raj est une figure originale de l’édition, c’est une personnalité forte, protéiforme, un bosseur toujours plein de projets, d’initiatives, toujours prêt à rebattre ses cartes, à s’investir, à avancer. Il mène une aventure éditoriale de très bonne tenue dans les univers franco-indien et franco-asiatique, qui allie des rééditions comme la publication d’ouvrages pointus de référence. Oui, Raj est bien un personnage atypique dans l’édition ».
Il y a, depuis bien longtemps, de grandes figures dans l’édition, des Calmann-Lévy à Gallimard, Grasset ou Odile Jacob, également au sein d’entreprises qui ne portent pas le nom de leur créateur, comme le Seuil, les éditions de Minuit, Actes sud, etc. Elles ont exercé, et expriment peut-être encore, un magistère en façonnant les expressions culturelles à l’aune de leur politique éditoriale. La culture serait-elle la même autre sans les éditeurs ? Ils ne sont pas uniquement des intermédiaires qui fabriquent un objet culturel, le livre, ils peuvent orienter par leurs choix le contenu de la culture qu’ils rendent accessible. A Tahiti aussi, depuis la création des Editions du Pacifique dans les années soixante-dix, la lecture des catalogues des différentes maisons d’édition renvoie à des choix et à des visions particulières de la société et de la culture. Leur pluralité offre néanmoins des points de vue multiples. « Les maisons d’édition jouent un rôle crucial dans la diffusion des idées, des récits et des réflexions culturelles. Elles sont des protectrices de la langue, mais aussi des gardiennes d’un patrimoine littéraire riche. À travers leur sélection rigoureuse, elles offrent au public un accès à des œuvres qui questionnent, inspirent et élèvent les esprits ».
Notes :
[1] Interview réalisée le 25 avril 2025 à Sète.
[2] Depuis quelques dizaines d’années, les hommes d’affaires indiens de ces comptoirs, estimaient que l’Indochine française (Vietnam, Cambodge et Laos) avait plus d’avenir économiques que leurs villes commerciales.
[3] Entre 1674 et 1739, et surtout à partir de la création en 1664 de la Compagnie française des Indes orientales, la France a créé cinq enclaves coloniales à vocation commerciale (épices…), le long des côtes indiennes : Pondichéry (la capitale), Chandernagor, Mahé, Yanaon et Karikal. Le tout formait une superficie de 530 km2, habité par 300 000 habitants en 1936. En 1945, ces colonies deviennent des Territoires d’Outre-Mer (TOM), les habitants obtiennent ainsi la nationalité française. L’Inde devient indépendante en 1947, les comptoirs lui sont restitués de 1950 à 1954.
Le nom de l’homme politique français, André Chandernagor (né en 1921), longtemps député de la Creuse et ancien ministre, et de sa fille Françoise (née en 1945), écrivaine réputée, provient d’un aïeul d’origine indienne qui a vécu au 18ème siècle. Le patronyme, donné en raison d’une origine géographique lointaine, s’est ainsi perpétué depuis plus de deux siècles !
[4] editionskailash@gmail.com, +33 4 67 74 01 24, 1, Quai Rhin et Danube, 34200 Sète
[5] Jean Dorsenne (1892-1944), mort en déportation, a longtemps habité Tahiti dans la décennie 1920/30 et a publié de nombreux ouvrages d’inspiration exotique et/ou coloniale (Mauruuru Tahiti, Un fils de cannibale, C’est la reine Pomare, etc.). J’évoque son itinéraire dans mon ouvrage Tahiti dans toute sa littérature (L’Harmattan 1989).
[6] Dans le numéro 1, daté de novembre 2000, à la demande de son directeur et ami, j’ai publié une étude intitulée La Polynésie sous le regard de femmes, m’appuyant sur les récits de séjour et/ou de voyage d’Elsa triolet, Titayna et Renée Hamon, qui se sont déroulés entre 1919 et 1936.
[7] Jean-Claude Trutt, né à Strasbourg en 1935, ingénieur de Centrale Paris, a travaillé dans de grandes entreprises industrielles françaises et luxembourgeoises. Conseiller du commerce extérieur à partir de 1984, il est également passionné par les littératures du monde. Il a créé et animé trois sites sur Internet : Voyage autour de ma bibliothèque, Bloc-notes et Carnets d’un dilettante.
[8] Conversation du 11 juin 2025.
