Située au cœur du quartier de la mission à Papeete, la résidence New Mahana accueille depuis 2017 des personnes âgées de plus de 60 ans. Si « un nouveau style de vie » leur est promis, le centre n’est pas un havre de paix pour tous les résidents. En effet, deux femmes ont porté plainte pour des…
« Vivre au New Mahana : un nouveau style de vie », c’est ce que propose cette résidence, la première en Polynésie qui accueille uniquement des séniors de plus de 60 ans, et ce depuis fin 2017. Située dans le quartier de la Mission, la structure met à disposition de ses locataires et acquéreurs « des lieux de vie agréables et sécurisés (salle de sport, entrée sécurisée, salon bibliothèque, salle de cinéma, salle polyvalente, piscine), de nombreuses activités (cours de peinture, chorale, ukulele, confection de tifaifai, vannerie, bijouterie artisanale, cours d’informatique…), des services à la carte (ménage, repassage, bricolage, blanchisserie), des commerces de proximité… ». Si ces prestations sont séduisantes sur le papier, New Mahana n’est pas un havre de paix pour tous les résidents, dont la vie en communauté est entachée par de sérieuses tensions… En effet, deux plaintes pour « violences volontaires » ont été déposées contre l’une des copropriétaires de la résidence, dont l’une ayant entraîné « une Incapacité totale de travail (ITT) de trois jours ».
La première victime, 83 ans, aurait reçu un coup de poing au niveau de l’œil gauche « en raison de sa race, son ethnie ». Des actes qui auraient été commis en juin 2019, au sein même de ce centre réservé aux personnes âgées. Dans sa déposition, la victime mentionne des insultes racistes à son encontre : « Tous les pieds noirs, je ne peux pas les voir, ils puent. Je vais te fracasser ». Par ailleurs, la même dame est également mise en cause par une autre locataire, 72 ans, cette fois pour « violence n’ayant entraîné aucune incapacité de travail » en octobre 2021. Dans son procès-verbal, elle indique qu’elle aurait été « attrapée et tirée par les cheveux ». Ces plaintes ont été enregistrées, mais classées sans suite par le Commissariat de police.
« Il y a trois cultures au New Mahana : les clans chinois, local et popa’ā ; les deux premiers, ça va, les autres, c’est leur problème ! »

Lors de notre enquête, nous avons été tout d’abord surpris d’apprendre que de tels actes avaient pu être commis dans une résidence réservée aux matahiapo, malgré la présence d’un agent de sécurité et d’un régisseur. Nous sommes ensuite tombés des nues en découvrant que la personne mise en cause pour « violences volontaires » est aussi la présidente des femmes océaniennes et l’ancienne vice-présidente du Conseil des femmes ! Mais, finalement, c’est la réaction de celle que l’on pensait dévouée à la cause des femmes qui reste le plus troublant…
Contactée par notre rédaction, cette dernière assure que c’est elle qui a été « menacée, agressée » et traitée de « sale Wallisienne » et aurait, elle aussi, déposé une plainte (dont nous n’avons pas réussi à retrouver la trace). Et de dénoncer : « Ces femmes sont malades, jalouses, et menacent parfois de se suicider ». D’un côté, elle affirme : « Je n’ai jamais levé la main sur cette dame (celle qui a eu une ITT de trois jours, ndlr), c’est une comédienne, elle prend des médicaments pour ses yeux, elle n’a jamais eu d’œil au beurre noir ! ». De l’autre, elle concède : « Il y a trois cultures au New Mahana : les clans chinois, local et popa’ā ; les deux premiers, ça va, les autres, c’est leur problème ! ». Des propos pour le moins déroutants.
Des violences racistes inquiétantes
Interrogé par PPM, le syndic dit n’avoir rien vu, ni entendu : « Nous sommes responsables de la gestion des espaces communs, pas de ce qui se passe à l’intérieur de la résidence ». L’un des régisseurs nous a tenu un discours à peu près semblable : « Nous tournons à la régie à tour de rôle, pour ma part, je ne suis pas au courant, nous n’avons aucune plainte déposée au bureau ». Avant de reconnaître : « C’est vrai qu’il y a quelques chamailleries entre ces femmes et que les résidents ne se mélangent pas trop entre ethnies lors des activités. Mais nous ne sommes pas présents à la résidence tout le temps, seulement deux heures le matin et deux heures l’après-midi ».
Reste que ces violences racistes sont inquiétantes, surtout chez des matahiapo, plus fragiles mais aussi, normalement, plus « sages ». Ironie de l’histoire, la personnalité mise en cause a été de surcroît récompensée en mars 2021, lors de la Journée internationale des droits des femmes. Elle faisait partie de ces huit « femmes exceptionnelles », qui avaient reçu un « Trophée du cœur » pour leurs actions. Minarii, Chantal Galenon, la présidente du Conseil des femmes (qui ne s’est pas exprimée sur cette affaire, malgré plusieurs sollicitations de notre rédaction, NDLR), avait d’ailleurs rappelé à cette occasion : « C’est l’éducation qui va permettre l’autonomisation économique des femmes ».
Force est de constater que le chemin est encore long et que les crêpages de chignons sont encore légion chez certaines vahine du Fenua…
