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Oui, le temps passe ! Car hormis un bref séjour de cinq semaines effectué l’an dernier, séjour hélas interrompu par le Covid, cela fait désormais presque trois ans que je ne suis pas revenu en Polynésie, ce beau pays que j’aime et que je considère comme ma seconde patrie. Nous sommes le 31 mai, l’avion vient…

Que s’est-il passé durant ces trois ans en Polynésie ? Quels sont les nouveaux projets ? Quel est l’état d’esprit des Polynésiens ? Je vais essayer, chers amis lecteurs, de vous livrer quelques-unes de mes premières réflexions sur deux points que je considère personnellement comme essentiels pour l’avenir de la Polynésie : le tourisme et le nucléaire.

Je pense que ces deux points seront de plus en plus d’actualité au fur et à mesure que nous approcherons de 2024, année olympique. Teahupo’o étant un site exceptionnel et ses vagues réputées pour être parmi les plus belles du monde, touristes et sportifs arriveront en masse à Tahiti à l’occasion de ce grand événement sportif. Seront-ils accueillis correctement avec des infrastructures hôtelières et routières adaptées ? Je n’en suis pas persuadé. En effet, dès mes premiers pas sur la côte Ouest, je réalise avec inquiétude que la circulation routière est encore plus difficile et dangereuse qu’il y a trois ans. À l’époque, on m’avait annoncé la prochaine réalisation d’une nouvelle route qui allait permettre, entre autres, d’éviter les bouchons de Punaauia et Paea, et donc de pouvoir accéder plus facilement à la Presqu’île… Hélas, il faut constater qu’à ce jour rien n’a été fait !  

Quant à l’infrastructure hôtelière actuelle, celle-ci me laisse songeur : sera-t-elle suffisante pour répondre correctement à un tel afflux de visiteurs ? Je pense avec nostalgie à ces beaux hôtels qui faisaient la fierté de la Polynésie et qui ont hélas disparu, en particulier le Tahara’a et le Maeva. J’avais cru comprendre qu’ils allaient faire place à de grands projets hôteliers et immobiliers. Qu’en est-il aujourd’hui ? Je ne comprends pas très bien…

Nuage radioactif à Teahupo’o

Mais les conséquences environnementales et sanitaires des 193 essais de bombes atomiques réalisés par la France durant 30 ans sur les atolls de Moruroa et Fangataufa seront fatalement évoquées avant le démarrage des compétitions. Les autorités responsables auront donc le devoir absolu d’apporter des réponses claires à toutes les questions qui ne manqueront pas d’être posées par les délégations ; je rappelle à ce sujet que le nuage radioactif du tir aérien « Centaure » effectué à Moruroa le 17 juillet 1974 a largement contaminé Tahiti, et tout particulièrement la Presqu’île de Taravao, c’est-à-dire l’endroit même où doivent se dérouler les compétitions olympiques. Je me permets à ce sujet de recommander à tous mes amis lecteurs l’excellente analyse de ce tir nucléaire faite par Tomas Statius dans son livre Toxique, publié en 2020. 

Je suis persuadé que ces questions déboucheront sur d’autres interrogations relatives à la situation radiologique actuelle de Moruroa. Là aussi, il faudra apporter des réponses claires sur deux problèmes qui restent à ce jour particulièrement inquiétants et qui à mon avis risquent fort d’être évoqués :  la décontamination du motu Colette et l’effondrement de la zone Nord. Si j’ai déjà évoqué précédemment ces deux problèmes dans plusieurs articles, je rappelle simplement que je considère comme fondamental d’entreprendre enfin les travaux de mise en sécurité de ces deux sites qui sont de véritables épées de Damoclès suspendues au-dessus de la Polynésie. À ma connaissance, rien à ce jour n’a été fait, hormis l’installation d’un système de télésurveillance sismique baptisé « Telsite 2 » et qui, comme l’a fait très justement remarquer Moetai Brotherson, est un simple thermomètre. Ce n’est pas avec un thermomètre que l’on soigne un malade mais avec des médicaments adaptés !

Voici, chers amis lecteurs, quelques rapides premières impressions à mon retour au Fenua. Je reste bien entendu ouvert à toutes vos questions. N’hésitez pas à me contacter.  Merci pour votre attention.

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