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Ce vendredi 1er avril, les collaborateurs de la Banque de Tahiti sont conviés à une réunion du personnel lors de laquelle Florence Dumora, membre du directoire de la Caisse d’Épargne Île-de-France (CEIDF), interviendra sur le plan stratégique qu’ils comptent mettre en œuvre localement. Elle devrait avoir du pain sur la planche : après l’affaire de harcèlement moral…

Souvenez-vous : déjà, en octobre 2020, la Banque de Tahiti (BT) faisait la Une de la presse. Un préavis de grève était déposé le 15 octobre pour dénoncer le harcèlement moral d’un supérieur hiérarchique à l’encontre d’une salariée de l’agence BT de Raiatea, des faits qui auraient duré plus de dix ans. L’employée aurait pourtant fait plusieurs signalements depuis 2005, en vain depuis tout ce temps. Le syndicat A Ti’a i Mua, représenté par Jean-Marie Yan Tu, dit « Pico », demandait alors « le remplacement immédiat » de la personne en cause. Le 20 octobre, un accord avait été finalement trouvé entre la direction de la BT et le secrétaire général de A Ti’a i Mua : le caractère de harcèlement moral ayant finalement été reconnu par la direction, l’auteur des faits avait été simplement déplacé à l’agence Jean Bréaud, la plus grande agence de Papeete, avant d’être même félicité par message électronique à l’ensemble du personnel pour sa mutation…

Aujourd’hui, malgré une période d’accalmie, il y a encore du rififi à la Banque de Tahiti (BT). Rappelons en premier lieu que l’année 2019 a marqué une transition importante, puisque le 11 juin 2019, la BT a été rachetée par un nouvel actionnaire, la Caisse d’Épargne Île-de-France (de même que la Banque de Nouvelle-Calédonie). Un mois après, le 1er juillet 2019, Frédéric Panigot a succédé à l’ancien directeur général (Patrice Tepelian). Le nouveau DG avait alors confié aux médias qu’il avait l’idée de « s’inscrire dans la durée » et qu’il n’était « pas de passage », ayant déjà discuté du renouvellement de son mandat de trois ans.

Un audit des comptes du Comité d’entreprise

Un an et demi après la prise de fonction de ce dernier, et trois mois après l’affaire de harcèlement dans une agence des Raromatai, la direction de la BT vit encore de fortes tensions internes. Le 11 janvier 2021, le Comité d’entreprise (CE), dont l’employeur en est le président, a été assigné en justice par un élu de la BT. L’objectif était de procéder à un simple audit des comptes du CE pour faire toute la lumière sur des irrégularités dans la gestion des comptes pour la période du 1er janvier 2018 au 31 décembre 2020, ainsi que sur l’utilisation des moyens personnels de paiement de la secrétaire générale et l’absence de moyens de paiement propre au CE. En effet, des transferts entre le budget de fonctionnement et le budget dédié aux activités sociales et culturelles ont été réalisés, ce qui constituerait une « violation » du Code du travail.

De surcroît, une carte de paiement personnelle servait à payer les dépenses des œuvres sociales (réservations, sorties, événements et activités du CE) et pouvait contribuer ainsi à des avantages afférents à son propriétaire (surclassement, « miles »…). Des bisbilles sur fond de « guerre des syndicats », puisque la secrétaire générale du CE, affiliée au syndicat Otahi, a également été condamnée au mois de septembre 2021 par le tribunal correctionnel de Papeete, au même titre que la secrétaire générale de Otahi, pour des propos diffamatoires lors d’une conférence de presse à l’encontre d’un salarié, syndiqué A Ti’a i Mua.

Le 21 juin 2021, le tribunal civil de première instance de Papeete a condamné le CE de la BT, puis a désigné un expert judiciaire pour ordonner une étude indépendante et transparente des comptes et des documents financiers du CE. Mais la mission de ce dernier s’est achevée brusquement, puisque la BT l’a nommé pour dispenser des formations rémunératrices en interne et il s’est ainsi désisté. Un autre expert judiciaire doit donc être désigné. L’affaire est en cours…

Plainte pour « entrave syndicale »

Autre pierre d’achoppement à la sérénité des employés de la BT : Pacific Pirates Média (PPM) a découvert qu’une plainte pour « entrave syndicale » a été déposée contre X, le 8 novembre 2021, auprès du procureur de la République de Papeete. Le plaignant affirme que lors d’un déjeuner privé, « en pleine campagne des élections professionnelles », « le directeur général de la BT a convaincu le représentant de la centrale syndicale de dénommer son propre délégué syndical engagé depuis 2018 pour le remplacer ». Le plaignant a alors déclenché une « procédure d’alerte », le 24 novembre, à la BT pour « discrimination syndicale », joignant la plainte en copie ; le 29 novembre, une « alerte » a également été adressée par courriel à la Direction et à l’Inspection du travail.

Ce dernier a même sollicité, le 16 décembre, une demande de « mise sous protection » auprès de la direction de la BT, conformément à son obligation de protection vis-à-vis de ses salariés. Mais, le lendemain, en guise de réponse, une convocation à un entretien préalable en vue d’un licenciement au motif « personnel » lui a été adressée par voie d’huissier. Quelques jours avant Noël, les collaboratrices qui travaillent au sein du service qu’il dirige ont reçu également une convocation à un entretien préalable en vue d’un licenciement au motif « personnel », en raison du retard dans le transfert de plusieurs dossiers ayant, semble-t-il, généré des dotations aux provisions. Puis le 30 décembre, c’est finalement une demande de licenciement pour « faute grave » qui est rédigée par la BT à l’encontre du « lanceur d’alerte » ; celle-ci est adressée à l’Inspection du travail pour validation. Ses collaboratrices sont, elles, convoquées par la direction de la BT pour les informer d’une « mise à pied de 3 jours, sans solde » qu’elles exécuteront mi-janvier 2022.

Procédure de licenciement

Malgré ce remontage de bretelles, quelques jours après leur sanction disciplinaire, une « prime » leur est attribuée par la direction pour leurs performances et le dépassement de leurs objectifs sur 2021. Parallèlement, le 25 février 2022, par extraordinaire, l’Inspection du travail valide le licenciement du salarié dit « protégé ». Une décision qui a cependant fait l’objet d’une contestation auprès de la Direction du Travail, le 3 mars dernier. En effet, le salarié menacé de licenciement dont nous avons souhaité obtenir l’avis, et contacté pour ce faire, considère : « L’inspectrice du Travail n’a visiblement pas souhaité tenir compte de la plainte pour entrave syndicale, des différentes procédures d’alertes et de la demande de mise sous protection pourtant antérieure à la procédure disciplinaire de licenciement engagée opportunément à mon encontre pour faute personnel dans un premier temps, puis pour faute grave sur les mêmes motifs ». Et d’ajouter : « Je n’ai jamais eu de reproches de ma hiérarchie sur le travail réalisé avant le 17 décembre 2021, date de la convocation à l’entretien préalable. Bien au contraire, depuis que je suis en poste, j’ai toujours perçu une prime en plus de mon salaire et les résultats obtenus en 2021 en sont la preuve. Ils sont encore meilleurs qu’en 2020 avec une personne en moins dans le service, retirée d’autorité par la direction… »

Sollicitée à plusieurs reprises par notre rédaction, la direction de la BT n’a pas souhaité s’exprimer. Interrogé par PPM, le syndicat A Ti’a i Mua, par la voix de son représentant Yves Laugrost (« Pico » étant en déplacement à Paris), explique quant à lui que « le dialogue semblait en effet rompu entre la direction de la BT et le délégué syndical » ; il a été ainsi « évoqué de le changer » après ce fameux déjeuner. Mais la confédération assure qu’il n’était « pas question de le lâcher tant qu’il n’avait pas une autre protection ». Et de poursuivre : « La direction de la BT a ensuite décidé de le démissionner, et cette décision a été validée par l’Inspection du travail, au motif de fautes avérées ».

Une villa pour la direction à plus de 200 millions

Aussi, le train de vie de la direction interroge certains employés, qui se sont exprimés au travers des questions adressées aux délégués du personnel. Entre 2020 et 2021, en pleine crise sanitaire, alors que les salariés de la BT se voyaient refuser une prime individuelle de 15 000 Fcfp, ils s’étonnaient d’apprendre que le nouveau DG remplaçait les deux voitures de fonction de la direction par des Jeep Grand Cherokee 4×4 propulsés par des moteurs V8 essence de 390 cv, d’une valeur de 10 millions de Fcfp chacune. Quelques mois après, les deux véhicules auraient été restitués pour être remplacés par des Peugeot 3008… Un choix plus économique et plus écologique, surtout après la signature, fin 2020, d’une convention de partenariat avec une association de protection des requins-marteaux du Fenua…

En outre, selon nos sources, la Banque de Tahiti a fait l’acquisition d’une propriété de 4 000 mètres carrés, avec villa et piscine, située sur les hauteurs de Punaauia. Un logement de fonction de grand luxe, mis à la disposition de la direction, dont la valeur a été estimée à plus de 200 millions de Fcfp par un expert. Être à la tête de la Banque de Tahiti en ferait rêver plus d’un !

Règlement de comptes le 1er avril ?

Après l’affaire de harcèlement moral à l’agence de Raiatea qui a fait couler beaucoup d’encre, la BT connaît de nouveaux désordres. La venue à la fin du mois de Florence Dumora, membre du directoire de la Caisse d’Épargne Île-de-France (CEIDF), propriétaire désormais de la BT, devrait être l’occasion de « régler les comptes ». Les collaborateurs de l’établissement sont en effet conviés à une convention du personnel, ce vendredi 1er avril, afin de faire le bilan de l’année 2021 et présenter le futur plan stratégique. Ils devraient avoir du pain sur la planche.

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