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L’élu indépendantiste accède au perchoir, porté par les représentants du Tavini désormais en nombre à l’assemblée de la Polynésie française après leur victoire aux élections territoriales. Le vote a eu lieu ce matin dans une ambiance festive mais sans suspense, puisque Antony Géros était le seul candidat à se présenter.

C’est au son entraînant des ukulele et des chants vibrants des militants rassemblés dans le hall de l’assemblée de la Polynésie française (APF) que s’est tenue ce matin l’élection du nouveau président de l’APF succédant à Gaston Tong Sang (Tapura). Oscar Temaru, le doyen de l’hémicycle, a présidé la séance. Après une minute de silence faite en hommage à Teina Mareaura, ancien maire de Rangiroa et ancien représentant à l’APF décédé ce matin des suites d’une longue maladie, cette première séance a commencé par une prière et un chant sur des textes d’Henri Hiro. Un clin d’œil du groupe politique indépendantiste qui a la volonté de marquer un renouveau et d’afficher son unité.

Le vote a ensuite eu lieu, mais avec peu de suspense, le Tavini étant le seul à présenter un candidat en la personne d’Antony Géros. Généralement, l’opposition propose également un postulant, mais l’ancien président M. Fritch a expliqué que le Tapura ne le faisait pas, « cette élection étant dans la continuité des Territoriales » et conscient que la probabilité de renverser la vapeur était très faible, pour ne pas dire nulle. Sans surprise, M. Géros a été élu avec 41 bulletins sur les 57 représentants, porté par les 38 membres du Tavini mais aussi les 3 élus de A Here Ia Porinetia (un beau geste pour « respecter le choix de la population« , selon Nicole Sanquer, qui souhaite travailler collectivement sur des dossiers communs). En outre, 16 bulletins blancs ont été décomptés, correspondant a priori aux votes des élus du Tapura.

« Le président de tous les représentants, pas seulement du Tavini »

C’est donc le maire de Paea qui accède au perchoir pour la troisième fois, après avoir déjà été élu en 2004 lors du précédent taui (« changement politique »). Beaucoup gardent en mémoire la polémique créée lorsque Antony Géros avait placé un crucifix au sein de l’hémicycle, avant que le Haut-commissaire ne conteste la présence de ce signe religieux dans l’enceinte parlementaire. Mais on nous assure dans son camp que cela ne se reproduira plus.

Tout juste élu, Antony Géros a affirmé qu’il serait « le président de tous les représentants, pas seulement du Tavini » (voir son discours ci-dessous). Le nouveau président de l’APF a promis aussi de « rapidement se mettre au travail et de planter, planter »… Et du travail, il y en aura, notamment pour les deux jeunes députés Tematai Le Gayic et Steve Chailloux qui devront être sur le front à l’Assemblée nationale mais également place Tarahoi.


Discours d’Antony Géros prononcé suite à son élection à la présidence de l’assemblée de la Polynésie française

« Monsieur le Haut-Commissaire de la République en Polynésie française, Madame et Messieurs les Parlementaires, Monsieur le Conseiller économique, social et environnemental, Monsieur le Président du Conseil économique, social et culturel, Mesdames et Messieurs représentant l’autorité de l’Etat dans les services, je ne vais pas tous les nommer, je n’ai pas malheureusement la liste devant moi, je sais qu’il y a des magistrats, des représentants de la défense, je vous souhaite la bienvenue dans cet hémicycle, je souhaiterais également saluer l’ensemble des personnel du pays de l’Etat et également le personnel de mon institution représenté ici par Caroline qui représente elle-même la secrétaire général de notre Assemblée qui est absente et ainsi que le personnel de la Commune de Paea et le personnel de la Commune de Faa’a qui nous suivent sur ce petit écran, à mon Conseil Municipal ainsi qu’à tous les représentants des confessions religieuses présents, les représentants de la société civile ainsi que tous les médias qui se sont déplacés pour remplir leur devoir ce matin en retransmettant cette cérémonie solennelle, Merci également à tous les internautes qui nous suivent, à tous ces invités qui sont venus nous suivre et qui ont eu la chance de pouvoir disposer d’un siège au sein de cet hémicycle, aux invités qui nous suivent dans les deux salles, Salle Sonia Agnieray, Salle Teariki, ainsi qu’à tous nos militants qui sont dehors et qui nous suivent également et bien entendu à ceux qui suivent derrière leur petit écran ou sur leurs lieux de travail, je vous salue tous autant les uns que les autres !

Permettez-moi d’ouvrir mon propos en évoquant cette célèbre phrase prononcée par le père de l’indépendance de Singapour Lee Kuan Yew en septembre 1965 qui disait en substance que : « Pour comprendre le présent et anticiper l’avenir, il faut en savoir assez sur le passé, et suffisamment pour arriver à saisir le sens de l’histoire d’un peuple ». Je pense que c’est ce qui nous fait défaut aujourd’hui, nous ne connaissons pas notre histoire. Nous ne faisons que commencer à la connaître.

En jetant un regard sur notre passé, je me rappelle qu’il y a 37 ans de cela, M. TEMARU permettait au Tavini Huiraatira de prendre place, pour la première fois de son histoire, au sein de notre hémicycle et lors de son discours prophétique d’alors, il exhortait déjà avec insistance le peuple polynésien de prendre conscience du fait que ce pays est aussi vaste que l’Europe, qu’il regorge de richesses et surtout qu’il leur appartient.

Poursuivant son essor politique, 18 ans plus tard, à la faveur du Taui de 2004, certains s’en souviennent, insufflé par l’UPLD qui est un regroupement de partis politiques partageant le même objectif, les élus de Taraho’i prennent la décision de me confier les commandes de notre institution. Marquant ainsi une deuxième étape, celle ayant permis pour la première fois de son histoire, au Tavini Huiraatira, d’élire un indépendantiste à la tête de l’Assemblée de Polynésie française. C’était en 2004.

Bien que pendant toutes ces années, le Tavini Huiraatira ne suscitait guère ni l’attention, ni une quelconque appétence de l’Etat, la désignation en 2004 d’un président indépendantiste à la tête de l’Assemblée de Polynésie française et celle d’un autre indépendantiste à la tête de l’exécutif du pays ne pouvait laisser l’Etat indifférent.

Un Etat qui va user de son autorité pour faire et défaire les majorités au gré de son intérêt jusqu’à venir instrumentaliser les élus de Tarahoi, en expliquant qu’il est nécessaire de trouver dans la modification de la loi électorale, la bonne formule pour lutter contre l’instabilité.

C’est ainsi que les indépendantistes du Tavini Huiraatira ont été à la faveur d’une énième modification de la loi statutaire et électorale, exclus du pouvoir en 2013 avec la perspective non avouée qu’avec cette stratégie, les fomenteurs de cette manœuvre allaient arriver à écarter définitivement le risque indépendantiste de l’échiquier politique du fenua.

Le Tavini Huiraàtira connaîtra alors une longue traversée du désert qui aura ainsi duré dix ans. Dix ans durant lesquels les autonomistes auront gouverné sans inquiétude, dix ans de plein pouvoir sans entrave, ni embûche de la part de la seule vraie opposition que représentait le clan indépendantiste au sein de cet hémicycle.

Ainsi, durant ces 10 longues années de patiente, de respect, de persévérance et de retenu, nous avons été cette opposition, certes minoritaire, mais qui était là à l’Assemblée et dans les commissions législatives, à faire entendre sa voix, certaines fois, contestataire, d’autres fois, critique quand c’était nécessaire mais toujours constructive et positive.

Cette persévérance bienveillante et ce déterminisme idéologique du Tavini Huiraàtira, a finalement payé avec l’élection en juin 2022 de nos trois députés indépendantistes, et ce malgré les manœuvres d’intimidation de l’Etat décidé à utiliser la voie judiciaire pour stopper et mettre fin à la carrière politique de notre leader indépendantiste, Oscar Manutahi TEMARU, depuis qu’il ait fait communication en octobre 2018 devant le Tribunal Pénal International de La Haye, d’une plainte pour crimes contre l’Humanité consécutifs aux 193 bombes atomiques expérimentées sur notre sol. Injustement chassé de notre Assemblée aux premières heures du mandat de 2018, suite à une décision inique du Conseil d’Etat, le voilà de retour dans cet hémicycle, par la grande porte et plus fort que jamais. Je vous demande de l’applaudir.

Le 30 avril dernier, dans la dynamique des élections législatives de juin 2022, le peuple polynésien a décidé d’accorder sa confiance au Tavini Huiraatira qui a mieux que quiconque peut être, du moins, c’est un élément explicatif de cette victoire, qui a mieux que quiconque incarné le changement tant attendu, celui du rajeunissement des membres composant sa liste et vous avez un aperçu ici et celui d’un programme politique adapté aux besoins de la population polynésienne.

C’est avec fierté que j’ai plaisir à faire remarquer que nous ne sommes plus que cinq de la précédente mandature : notre président Oscar TEMARU, même s’il a fait un court passage en début de mandature, M. Moetai BROTHERSON, Mesdames Chantal Minarii GALENON et Teumere ATGER, et moi-même. Cinq anciens du Tavini Huiraatira. C’est véritablement un renouveau.

Ce sont donc 33 nouveaux Représentants du Tavini Huiraàtira qui viennent de rentrer à l’Assemblée. 33 Représentants où la jeunesse de notre Pays est très présente et qui, demain et après nous, prendront les rênes de la destinée de notre Pays en main. C’est à elle que j’adresse ce rappel du passé. C’est pour vous que je fais ce raccourci du passé. C’est pour cela que j’ai voulu rappeler en substance, en préambule que « Pour comprendre le présent et anticiper l’avenir, il faut en savoir assez sur le passé ». N’oubliez jamais cela.

Permettez-moi maintenant, de remercier personnellement, les 37 Représentants du Tavini Huiraàtira, de m’avoir élu Président de cette Assemblée du peuple et également les trois voix qui sont venues s’ajouter. Mauruuru maita’i no te reira. Je saurais honorer dignement cette confiance que vous venez de m’accorder. Soyez en assuré. Mauruuru roa !

Mais également, je ne saurai oublier mes adversaires et amis de longue date, siégeant au sein du Tapura Huiraàtira et du A Here Ia Porinetia que je veux ici saluer et féliciter pour leur élection. Bravo ! Qu’ils sachent qu’ils pourront toujours compter sur moi et que ma porte sera toujours ouverte pour les recevoir et entendre leurs requêtes. Ne vous inquiétez pas. J’ai dit entendre leurs requêtes. Je ne serai pas comme je viens de le dire, le Président des seuls élus du Tavini Huiraàtira, je suis le Président de tous les Représentants.

Alors pour conclure, je dirai que durant cette période, bon, d’instabilité, ces rappels de 2004 à 2013,  ça a été une période difficile à vivre qui ne peut ne pas rappeler certains souvenirs, à nous, anciens. Nous avons-nous, le Tavini Huiraatira en 2011 jusqu’en 2013, nous avons démontré notre capacité à gouverner notre pays à un instant où notre économie était au plus bas, les finances du Pays sans trésorerie et les bailleurs de fonds ayant fermé leurs portes.

Chers amis, il nous appartient maintenant de retrousser nos manches et de nous mettre au travail : Plantez, plantez plantez !

Avant de conclure, je souhaiterai vraiment vivement remercier le Président du Congrès de Nouvelle Calédonie d’être présent, Rock Wamitan, qui a fait son déplacement avec sa directrice de cabinet, Frédérique, merci beaucoup de votre présence et merci également à notre frère de lutte GOA, Président de l’UC qui a fait également le déplacement, Mauruuru maita’i.

Tera, no te fa’ahoperoara’a i ta tatou nei, teie orerora’a o to outou nei tavini, te hina’aro fa’ahou nei iau e ha’amauruuru maita’I ia tatou pouroa no to outou horo’ara’a mai to outou ti’aturira’a ia nehenehe vau e paina i to tatou nei fare, te fare no te apo’ora’a rahi.

Mauruuru maita’i, Ia orana. »

Antony Géros

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