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Le premier est un article paru dans le « Literary Panorama » d’août 1809. Il donne quelques extraits du livre de bord du capitaine américain Folgar commandant le « Topaze ». C’est à Folgar que l’on doit la découverte des descendants des mutins de la « Bounty » dont l’Europe était sans nouvelles depuis 1790, date où la mutinerie eut lieu.
Le deuxième document est un article du « Morning Herald » du 18 mars 1815 qui publie la lettre du capitaine Sir Thomas Staines au vice-amiral Dixon. Cette lettre est écrite de Valparaiso et relate le passage de Staines à Pitcairn en septembre 1814. Il fut le deuxième qui relâcha dans l’île.
Le troisième est un poème paru en 1811 dû à Mary Russel Mitford (imprimé à Rivington, prix 10 s 6 d). Nous n’avons pas ce poème sous les yeux mais l’auteur ajoute quelques détails qu’elle tient de la bouche des officiers du « Topaze » ; à défaut du poème nous donnons ses remarques.
Les lecteurs s’apercevront à la lecture des deux premiers documents, que les récits de Folgar et de Staines ne concordent pas toujours quant à certains noms et certains faits, mais ces trois documents écrits peu après les faits qu’ils racontent gardent toute leur valeur.

I. — Extraits du livre de bord du capitaine Folgar, du vaisseau américain « Topaze » de Boston :

Le capitaine raconte qu’ayant atterri sur les îles Pitcairn (ou Incarnation de Quiros) (lat. 25° 2 S. long. 130° W) par observation de la lune, il trouva un Anglais du nom d’Alexandre Smith, la seule personne restant des 9 évadés du navire la « Bounty », capitaine Bligh.

Smith raconte qu’après avoir mis Bligh dans le canot, Christian, le chef de la mutinerie, prit le commandement du navire et vint à Tahiti, où une grande partie de l’équipage abandonna le navire, sauf lui, Smith et 7 autres qui prirent des femmes et 6 Tahitiens comme serviteurs. Peu de temps après leur arrivée à Pitcairn ils firent échouer et démolirent le navire. Cela se passait en 1790.

Près de 4 ans après leur arrivée, la jalousie commença à occasionner des discordes ; les Tahitiens fomentèrent une révolte et tuèrent les Anglais sauf lui, Smith, qui fut dangereusement blessé d’une balle de pistolet dans le cou. La même nuit, les femmes des Anglais massacrés, tuèrent les Tahitiens laissant Smith, le seul homme actuellement dans l’île avec 8 ou 9 femmes et plusieurs petits enfants.

Smith s’appliqua à faire produire le sol, maintenant planté de cocotiers, bananiers, ignames. Les porcs, les chiens et la volaille y sont en abondance.

La population s’est accrue et est actuellement de 35 personnes environ qui reconnaissent Smith comme leur père et leur chef. Tous parlent anglais et ont été instruits dans la morale et la religion.

Le second maître du « Topaze » assure que Christian, le chef, devint fou peu de temps après son arrivée et se jeta de la falaise dans la mer. Un autre matelot mourut de la fièvre avant le massacre.

L’île est mal pourvue en eau mais suffisante pour la population existante. Smith donna au capitaine Folgar un chronomètre de Kindall qui lui avait été remis par le gouverneur de Juan Fernandez.

II. — Relation du capitaine Staines d’après le « Literary Panorama » :

A mon passage des Marquises à ce port (Valparaiso) le matin du 17 septembre je trouvais une île qui n’est pas indiquée sur les cartes de l’Amirauté, me référant à plusieurs chronomètres de Briton et Iagus. J’ai croisé jusqu’à l’aube et ensuite me suis approché pour voir si l’île était habitée, ce que je découvris bientôt.

A mon grand étonnement je trouvais que tous les habitants de l’île, au nombre d’une quarantaine, parlaient très bien l’anglais.

Ils prouvèrent qu’ils étaient les descendants de l’équipage mutiné de la « Bounty » qui, de Tahiti, était venu s’installer à Pitcairn où ils avaient brûlé le vaisseau.

Christian semble avoir été le chef et la seule cause de cette mutinerie. Un homme vénérable appelé John Adams est le seul survivant anglais de ceux qui quittèrent Tahiti. Sa conduite exemplaire et les soins paternels dont il a entouré la petite colonie commandent l’admiration. La manière pieuse dont tous ceux qui habitent l’île ont été élevés, le sens religieux qui a été insufflé dans ces jeunes esprits par ce vieillard lui a donné une certaine autorité sur eux tous, ils le regardent comme le père de toute la famille.

Le premier né dans l’île fut le fils de Christian, il a maintenant près de 25 ans et se nomme Thursday October Christian. Le vieux Christian mourut des suites de la révolte occasionnée par la jalousie, 3 ou 4 ans après l’arrivée dans l’île.

Les mutins y avaient été accompagnés par 6 Tahitiens et 12 Tahitiennes. Les premiers furent tous enlevés à la suite de disputes avec les Anglais et 5 de ces derniers sont morts à différentes époques laissant comme seule population un homme et 7 femmes sur les premiers arrivés dans la colonie.

Il est indubitable que cette île est Pitcairn faussement portée sur les cartes. Le méridien porte 25° 4′ S comme latitude et 30° 25′ W d’après les chronomètres Briton et Iagus. Le pays est fertile en ignames, bananiers, il y a des porcs, des chèvres et de la volaille, mais l’île ne fournit aucun abri pour les vaisseaux quels qu’ils soient. Je ne peux qu’attirer l’attention des sociétés religieuses et particulièrement celles pour la diffusion de l’évangile sur tous ces habitants parlant aussi bien le tahitien que l’anglais.

Durant tout leur séjour dans l’île un seul navire a communiqué avec eux, il y a 6 ans, un navire américain de Boston, le « Topaze », capitaine Mathew Folgar. L’île est complètement encerclée de rocs, l’atterrissage est difficile bien qu’on puisse approcher à une certaine distance.

III. — Le poème de Mary Russel Mitford ajoute quelques détails à ce qui a été rapporté ci-dessus :

Les maisons (cottages) de Pitcairn sont représentées comme des maisons pittoresques et ressemblent aux meilleurs cottages du Devonshire. Il y a aussi une petite chapelle. Christian avec une grande prévoyance avait emporté de Tahiti, des semences et des boutures, des chiens, des chèvres, des porcs et de la volaille.

J’ai pris la liberté de changer le nom de capitaine Folgar en Seymour et celui de Smith, trop peu poétique, en Filzallan. Le nom et le caractère d’Iden (mère du jeune roi Pomare de Tahiti) a été composé d’après la relation du capitaine Bligh.

Un gentleman m’a donné par faveur certains détails sur l’île de Pitcairn et je puis dire qu’il y a une caverne sous une colline dans laquelle Smith, le Fitzallan de mon poème, s’était retiré à l’approche du navire anglais, caché en toute sécurité, le navire passa outre, mais la caverne, est devenue sacrée pour les insulaires comme futur moyen de sécurité pour leur protecteur. Puisse cette protection n’être jamais requise. Puisse aucun navire n’apporter autre chose que du pardon et de la paix à celui qui a si complètement expié un seul crime. Suffisamment de sang a été versé pour satisfaire la justice et maintenant la clémence élève la voix vers le trône auprès duquel on ne plaide jamais en vain.

A la demande du capitaine Folgar s’il voulait que son existence demeure secrète, Smith répondit aussitôt : « Non ; et pointant le doigt vers ceux qui l’entouraient, il continua : pensez-vous qu’un homme puisse me vouloir du mal avec un tel tableau sous les yeux ? »

Miss Mitford rapporte les faits suivants corroborant les rapports du capitaine Folgar. Parmi les marins de la « Bounty » il y avait réellement un marin nommé Alexandre Smith. Il naquit à Londres et était âgé de 22 ans lorsque la « Bounty » fut saisie par Christian. Il y avait aussi un chronomètre de la fabrication de Kindall que le capitaine mentionne comme l’ayant reçu de Smith, patriarche de la colonie de Pitcairn.

Il n’y a aucun doute que les descendants des mutins de la « Bounty » vivent actuellement à Pitcairn.

Ray-Lescure pour la Société des Études Océaniennes


Note :

La rédaction de PPM a conservé la graphie des textes originaux.

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