Retour

Au préalable, il est nécessaire de comprendre que même avant Trump, les États-Unis disposaient d’une puissance considérable dont il leur arrivait d’user et d’abuser, mais le plus souvent, ils faisaient preuve de retenue et respectaient (pas toujours il est vrai) leurs alliés. Surtout, ils respectaient leur Constitution et l’équilibre des pouvoirs. Ils respectaient les règles internationales qui, malgré leurs imperfections, permettaient d’éviter les conflits les plus graves. Avec Trump, tout change, mais au détriment de tous les autres pays du monde.

Le cas du magistrat français de la Cour pénale internationale est significatif de ce que peut faire Trump quand il a quelqu’un dans le collimateur. Le magistrat avait établi un dossier sur Netanyahou, le Premier ministre israélien. Trump décide seul de le priver de tout accès aux cartes bancaires du monde entier. Toutes les ingérences dans les affaires intérieures des États est donc désormais possible. Des sanctions contre tout individu qui déplaît tombent (exemple : Thierry Breton interdit de séjour aux États-Unis pour avoir voulu réguler les réseaux sociaux) et tomberont encore. Cette puissance de l’Amérique est redoutable quand elle passe entre les mains (« les mauvaises mains » pour reprendre le vocabulaire limité de Trump) d’un nationaliste sans vergogne.

La venue, puis le retour de Donald Trump à la Maison blanche laissaient prévoir que le monde que nous avions connu laisserait la place à la force qu’elle soit militaire, économique et tout simplement au chantage continuel. Il y a un an, nous écrivions dans cette revue :

Il devient clair que le nationalisme de Donald Trump ne consiste pas à rendre à l’Amérique sa grandeur passée (quelle chimérique grandeur ?) mais à dominer toutes les autres nations, quitte à les appauvrir en ramenant chez elle toutes leurs richesses et à les vassaliser. Il serait presque comique d’observer les partis nationalistes d’Europe ou d’ailleurs se pâmer devant Trump sans comprendre que son but est d’appauvrir et de dominer, sans comprendre que la loi du plus fort écrasera tous les concurrents.

Un exemple tout simple. Un pays quelconque souhaiterait renouveler son parc aérien. Trump peut exercer un chantage pour favoriser Boeing et non Airbus. Autrement dit les partis nationalistes d’Europe ou d’ailleurs admirateurs de Trump jouent contre leur camp. Si la politique de Trump réussissait, le chômage se répandrait partout… hors des États-Unis !

Il y a justement un an, nous avions écrit dans ce magazine :

Si chaque pays avait à sa tête un parti nationaliste, la vie deviendrait vite un enfer. Les chefs de ces partis seraient en concurrence immédiate les uns avec les autres. Il faudrait rétablir des frontières, peut-être même dresser des murs et multiplier les contrôles. Parce qu’un pays voisin vendrait moins cher le tabac ou le carburant, il faudrait empêcher les achats à l’étranger par des mesures draconiennes avec l’argument suprême de la raison d’État.

François Mitterrand avait déclaré que « le nationalisme menait forcément à la guerre ». Trump prétend vouloir la paix dans le monde… à condition que le monde lui soit soumis.

Dans le numéro de janvier dernier de PPM, Daniel Margueron évoquait aussi les dérives inévitables des nationalistes. Il citait l’historien Henry Rousso : « un nationaliste préfère toujours à sa propre patrie le nationalisme d’un autre pays ». Quand Trump fut élu, beaucoup des dirigeants nationalistes dans le monde se réjouirent : « c’est ça que nous voulons aussi chez nous ».

Le nationaliste se fait toujours le défenseur d’un chef étranger, contradiction fondamentale avec ce qu’il prétend au départ… Jusqu’au jour où il s’aperçoit que les industries de son pays ferment, soit qu’elles partent dans le pays dominant, soit qu’elles sont ruinées par les droits de douane ou toutes les entraves possibles à la liberté d’entreprendre. Finalement, les nationalistes engendrent la ruine de leur nation.

Quelques fautes de Trump finissent par montrer la vraie nature du nationalisme et où il mène.

Nous vous avions prévenus. Un an de Trump, c’est déjà trop, mais c’est assez pour faire réfléchir les « forts en gueule » qui – de fait – trahissent leur pays.  

image_printImprimer/PDF

Laisser un commentaire

Partage