Il ne se passe pas une semaine sans que les journaux ou les écrans nous apprennent que notre école évolue ça et là. Et c’est tant mieux si les évolutions font l’objet d’un suivi de contrôles soignés. Faute d’une telle exigence, les écoliers deviendraient des cobayes et l’école un lieu de dangereuses sous-traitances dont les…
On ne touche pas au vivant (l’instruction et l’éducation des enfants) comme on rafistole un objet, pas plus qu’on ne soigne un malade sans un solide diagnostic, un traitement précis, des soins adaptés. L’hôpital et la maison d’école ne sont pas des lieux où n’importe qui fait n’importe quoi, pour divertir les amateurs de quotidiens et de télé. Dans certains établissements scolaires, d’aucuns implantent leur marché. Pour cette simple raison, on se demande quelquefois si les salles de classes ne sont pas débordées par un trop plein d’intervenants aux intentions diverses. Enseignants et parents auraient de quoi s’inquiéter. Le font-ils ?
On est en droit de se le demander car on constate que personne ne se demande s’il est bien opportun de vouloir, dès le plus jeune âge, qu’on s’initie à tout : aux jeux de société, aux échecs, aux arts martiaux, aux gesticulations à la mode, censés vous redonner force et vigueur, pour vivre costaud et devenir, qui sait, des aito, des « Miss », ou quelque chose d’autre, pour un podium.
Qui réagit alors qu’on charge la barque d’école « d’activités SMS », en omettant de rappeler qu’il faut d’abord apprendre à parler, écouter, lire, écrire, compter et qu’il serait urgent de cultiver le savoir-être en société (civisme, morale, politesse, générosité, compassion, ouverture à l’altérité…) ; d’engranger les savoirs qui, sous prétexte qu’ils sont dans les « mémoires » informatiques, sont largement contournés ; de cibler les apprentissages majeurs, socles de la pensée ; de maîtriser une orthographe suffisante pour se donner les moyens d’échanger.
La joie d’apprendre, et la nécessité de travailler avec rigueur et dans la bienveillance
En résumé, de faire découvrir à toutes nos marmailles, y compris les plus démunies, la joie d’apprendre, et la nécessité de travailler avec rigueur et dans la bienveillance.
Pour assurer un tel cheminement de vie des écoliers, rien n’est plus important que d’être ensemble, avec des enseignantes mieux formées et mieux considérées (on pense, notamment, à leurs salaires). L’affirmer est tout simplement rappeler que tout projet de supprimer ces enseignantes (après la disparition excessive des enseignants) pour leur substituer des programmes sur des machines signerait le triomphe du mercantilisme.
Certains y pensent. Ils appartiennent à ce courant des « héritiers » qui, au nom du business nécessaire, oublient le devoir du partage des « avoirs » et sacrifient les « êtres ». Dans cette ville dont ils rêvent, il n’y a presque plus personne, mais les derniers résidents sont logés. Alors, notre école primaire gratuite, du respect, du vivre ensemble et de l’échange, océanienne, ouverte, on l’institue ou on la sous-traite aux privés ?
