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Comment l’école et l’Université auraient-elles pu échapper aux transformations qui bouleversent nos sociétés depuis nombre de décennies ? Et c’est pourtant ce qu’elles ont fait, soit en refusant de bouger, soit en précipitant les choses.

Les plus anciens se souviendront comment l’école, sous prétexte de rapidement innover, s’est dépêchée de s’éloigner des exercices de grammaire qui permettaient de segmenter la phrase pour découvrir les sujets, les compléments « d’objets » nécessaires, et les éventuels « circonstanciels », à prendre ou à laisser, ou à placer ici ou là, pour donner à l’écrit souplesse et clarté, pour mieux affiner sa pensée. D’autres n’auront pas oublié comment les additions et soustractions des nombres furent relativisées pour faire place nette à la « mathématique des ensembles » qui, de plus, mit les instituteurs en détresse. Et je ne m’étendrai pas sur l’impasse totale sur un apprentissage important : celui du langage audiovisuel pour lequel notre génération, presque illettrée en la matière, est aujourd’hui la proie des publicités mensongères et des pièges divers qui parsèment les réseaux sociaux.

Je noterai simplement, pour finir, que les citoyens ont pensé que la totalité d’une génération devait avoir le Bac, alors qu’il s’agissait de se hisser à ce niveau. Et que dire de ces lycéens qui ont pu croire qu’on pouvait étudier vaguement puisque, de toute façon, il faudrait changer plusieurs fois de métier, à l’âge adulte. Du coup, pourquoi s’en faire et aller jusqu’au bout ?

Mettre sur leur chemin les étudiants

En résumé, sauf exception, la multiplicité des ministres de l’Éducation Nationale qu’on nommait parfois sur ce poste comme une manière de punition (que certains refusèrent), eut pour effet néfaste de détruire cette institution magnifique, héritière des Jésuites (Louis Le Grand), de la Révolution (Condorcet), de l’Empire (les lycées), de la IIIe République (l’École laïque), fécondée par les meilleurs nutriments des pédagogues de toute l’Europe et d’ailleurs.

Pour autant, faut-il désespérer ? Il me semble que non, si l’on confirme un retour en grâce de l’idée de laïcité, si l’on passe des discours aux actes, si l’on comprend qu’avoir le niveau du Bac ne signifie pas avoir le même examen, si les professeurs sont remis en situation d’être à nouveau respectés, correctement  formés  et  payés, comme tous les serviteurs de l’État, si l’on sait articuler la  formation théorique et les stages sur le terrain, en entreprise, si l’Université sait se décentraliser prudemment, accueillir dans son espace les formations théoriques pour ceux qui en sont friands et capables, les formations pour des professions (IUT, après les lycées des métiers) pour ceux que l’abstraction pure déroute.  En un mot, si l’on clarifie les parcours de manière à mettre sur leur chemin les étudiants, selon leurs talents et leur engagement à travailler pour émerger.

Bigre, il y a du boulot sur la table, et c’est tant mieux.

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