Pendant longtemps, la représentation, lors de l’ouverture des Jeux olympiques de Paris, des drag queen qui miment « La cène » de Léonard de Vinci restera comme l’image de l’obscénité. La dérision LGBT du christianisme a acquis un statut officiel grâce à l’État français qui exhibe son caractère de défenseur des minorités : « c’était des idées républicaines d’inclusion, de bienveillance, de générosité et de solidarité », comme le souligne le directeur artistique des cérémonies.

Patrick Boucheron, historien et co-auteur de la cérémonie d’ouverture des JO de Paris 2024, reconnaît que dans cette « grande scène trans », on peut voir « une interprétation de la Cène » peinte par Léonard de Vinci à Santa Maria delle Grazie à Milan. Dans ce long entretien accordé à Grand Continent, il préfère ainsi parler de « Cène subliminale ».
Le sport assume désormais le visage de vitrine idéologique, d’influenceur d’opinions, miroir déformant qui prend la relève des tâches dévolues jusqu’à la moitié du siècle dernier aux intellectuels. Kylian Mbappé, le footballeur milliardaire français, s’insurge contre les résultats de la droite lors des dernières élections législatives : « Nous ne pouvons laisser le pays finir dans les mains de ces gens ». Il fait partie des nouveaux révoltés bien à l’aise comme Lilian Thuram, penseur des pieds, Yannick Noah, le Camerounais lorsque ça lui chante, qui se croient désormais légitimés pour prendre position sur les enjeux politiques de la cité. Depuis qu’un match de foot est devenu une date fatidique pour l’Histoire de la France (1992), le développement des loisirs a pris la place du travail, le sport se considérant le paradigme dominant de l’après-Histoire.

Le mépris du christianisme, l’un des fondements de notre civilisation occidentale, s’accompagne du mépris de l’art remplacé par la gay pride de l’inauguration des Jeux olympiques. La culture universitaire devrait s’insurger contre cette assimilation honteuse, contre cette esthétique du laid, mais depuis de nombreuses décennies elle connaît un déclin accéléré. Dans les années 1960, chez les étudiants universitaires il y avait encore des enjeux théoriques et esthétiques, les préférences pour Lukacs ou Horkeimer, les choix philosophiques entre les jeune Marx des Manuscrits de 1844 ou Le Capital de la maturité, le choix motivé du Le Guépard de Luchino Visconti ou du Le cercle rouge de Jean-Pierre Melville. Maintenant la « communication » remplace les disciplines fondamentales, la philosophie, la littérature, l’art, l’histoire, et le smartphone prend la place du livre. L’islamo-gauchisme se constitue comme unique référence ayant remplacé le marxisme, le nouveau prolétaire palestinien devenant le substitut de la classe ouvrière d’antan. Dépourvus de toute connaissance politique ou culturelle, les nouveaux étudiants politisés ont fait de la Palestine le modèle absolu qui s’oppose à Israël et au judéo-christianisme.
Comme les disciplines universitaires, héritage de la Renaissance européenne, perdent leur statut de formations fondamentales reléguées au divertissement élitiste, les métiers immémoriaux (maçon, paysan, pécheurs) sont renvoyés au rôle de prestations nécessaires, mais aucunement valorisantes, remplacés par les consultants en marketing, les experts en informatique. La valeur-travail (Marx) a disparu au profit du festivisme général.
La chance de la culture polynésienne est d’avoir hérité de la culture occidentale dans le maelstrom de l’histoire, comme toujours dans la dimension tragique qui la caractérise, mais également porteuse d’ouverture à l’inconnu qui dépasse le savoir ethniciste fermé sur lui-même. En Polynésie française aussi, le savoir est hautement en danger si nous écoutons bien la récente déclaration du ministre de l’Education et de l’Enseignement supérieur : « Nous sommes en train de lancer des Etats généraux pour l’éducation qui auront pour but d’inventer une école polynésienne, une école qui s’appuiera sur le respect de l’identité polynésienne ».
À quoi correspond cette « identité polynésienne » ? À l’inclusion du surf ou du ‘ori tahiti dans le cursus des études supérieures ? A l’histoire et à l’esthétique des costumes des Heiva ? Au remplacement de ce qui reste des études de littérature par les mythes élaborés et souvent de deuxième main de la culture marquisienne ?
Aux jeux les citoyens.ennes !
