Malheureusement, les étudiants qui s’attendent à un commentaire de Le lys dans la vallée (Balzac) ou de Gens de Dublin de Joyce sur l’écologie humaine des villes modernes ou l’écologie comme regard de l’esprit dans l’analyse de La montagne Sainte-Victoire de Cézanne seront bien déçus par cette nouvelle licence qui sera mise en place à l’Université de la Polynésie française à partir de la prochaine rentrée, concernant la production et le stockage des énergies renouvelables, sujet éminemment contemporain et à la mode qui associe le wokisme bien-pensant et le scientisme comme seule connaissance valable.
La création de l’Université française du Pacifique en 1987 (les deux campus situés en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie française se sont ensuite scindés en 1999 tous deux en universités, NDLR) répondait plus à une opération de prestige politique qu’à une nécessité réelle. La jeunesse intellectuelle précédente avait trouvé jusque-là en Métropole, aux USA et en Nouvelle-Zélande l’espace de confrontation et de formation, comme Henri Hiro à l’Université de Montpellier ou John Mairai à l’Ecole nationale supérieure d’art de Limoges. La nouvelle université polynésienne visait un projet de mise en place de la future élite locale plus que la création d’une culture de la jeune nation. Plus proche de l’IUT que de l’université classique, elle se fait rapidement distributrice de diplômes au profit de la nouvelle bourgeoisie.
Les licences professionnelles deviennent les formations dominantes de l’enseignement supérieur et les enseignants doivent la plupart du temps s’y conformer s’ils veulent faire carrière. Les études de lettres et d’art sont méprisées au profit du discours indépendantiste et post-colonial, l’enseignement de l’Histoire en tant que « blessure permanente » (Kojève) devient un catalogue de lieux communs anti-occidental. La culture et l’art qui relèvent du déracinement originaire de la nature sont mis au service de la nouvelle bourgeoisie qui confond les peuples du tiers-monde avec les « damnés de la terre » de Frantz Fanon. L’identité raciale vient remplacer les cours sur la théologie et la philosophie bien nécessaires, la « cause des abeilles » prend la place des interrogations sur l’humanisme de la Renaissance. La poésie post-coloniale, accompagnée des éloges à la terre-mère, se substitue à la littérature comparée. Il faut reconnaître qu’il n’existe pas à Tahiti de terrain favorable aux études littéraires, pas de cinéma « art et essai », pas de théâtre au sens fort de ce terme, sauf Le père Noël est une ordure et Les champignons de Paris destinés d’abord aux enseignants Snes-Fsu et Sgen de l’enseignement secondaire qui se succèdent en Polynésie.
Le « woko-mélanchonisme », héritage de Mai 68 en Europe, est en train de conduire à la ruine l’enseignement supérieur en France, mélange de l’idéologie des campus américains et du gauchisme endémique de l’université occidentale. L’écologie en représente sa version soft : qui voudrait désormais s’opposer à l’organisation sociale bienfaitrice de l’humanité, amie des baleines à bosses et des tupa faiseurs de trous ? L’écologie a comme visée une société sans travail, une vision fausse des sociétés prémodernes considérées comme organisations ayant un rapport immédiat avec la nature, possédant un « souffle vital » que la culture occidentale n’a jamais pu vraiment percevoir.
Le « souffle vital » de l’alma mater occidentale est le savoir, mais cela est en train de s’éteindre à cause de ceux qui en sont les acteurs principaux.
