Découvrons ce mois-ci le portrait de Flora Aurima-Devatine, auteure tahitienne bilingue de poèmes et de textes « poético-philosophiques » (terme emprunté à Estelle Castro-Koshy), pionnière et ambassadrice de sa langue et de sa culture.Photo mise en avant : En 1972, membre de l’Académie Tahitienne – Fare Vāna’a, auteure de compositions poétiques traditionnelles.

La biographie qui suit est basée sur diverses lectures et plusieurs visionnages d’interviews, dont celle du 19 novembre 2014 réalisée par l’association « Île en île » et d’autres. Les mots ou phrases écrits entre guillemets sont des citations d’interviews ou de textes de l’auteure.
SA BIOGRAPHIE
Flora Aurima-Devatine est née en 1942 à Tahiti à la Presqu’île (Fenua Aihere) de parents métayers. La famille paternelle était une famille d’orateurs traditionnels, dépositaire de la culture de huit districts, ce qui eut bien sûr une forte influence sur elle.
Elle ne commença à fréquenter l’école que juste avant ses neuf ans (et jusque là ne parlait que la langue tahitienne) car il fallait rejoindre l’école en bateau depuis le Pari, lieu isolé de la Presqu’île où elle vivait sur la terre nommée Temoto’i, sans route, en liberté dans la nature et se déplaçant en pirogue. En fait, une tante paternelle l’hébergea avec sa jeune sœur pour qu’elles puissent fréquenter l’école. Et un petit pécule amassé et laissé par la grand-mère, très aimante, couvrit les frais de scolarité.
Cette petite tahitianophone se trouva donc brusquement contrainte à s’adapter à un enseignement uniquement en langue française ce qui lui demanda des efforts considérables et elle commença une lutte opiniâtre (elle apprit parfois certains textes par cœur pour s’assurer une bonne note y compris en propédeutique) afin de s’approprier la langue française jusqu’à devenir une écrivaine parfaitement bilingue et par la suite professeure d’espagnol.
La petite fille fut confrontée non seulement à l’adaptation à une autre langue mais à un questionnement identitaire : dans sa dernière œuvre parue : Maruao les ailes de l’infini (Éditions Littérama’ohi, 2022), dans le texte nommé Identité (pages 191 à 206) elle évoque toutes les incertitudes concernant son nom, non seulement sur le plan familial (son père la déclara sous le prénom de « Flora » tout en l’appelant « Forora » et en l’écrivant « Frola »), mais aussi dans sa scolarité : sa maîtresse l’appela « Laura » et « URIMA » mais quand elle passa le certificat d’étude on rectifia son nom en respectant l’orthographe de l’état civil, à savoir « AURIMA », ce qui n’empêcha pas les autorités du collège de continuer à la nommer « URIMA ».
Et c’est enfin quand elle partit en France qu’elle fut enregistrée sous le nom de AURIMA. Par la suite, revenue au pays, elle découvrit que, sous le Protectorat, différents membres de sa famille furent enregistrés sous diverses identités : « URIMA » ou « OURIMA » ou « AURIMA » (quels manques de respect et de connaissance par rapport à la prononciation de la lettre -u. !). On comprend pourquoi l’auteure questionne souvent le concept d’identité ! La langue tahitienne était interdite à l’école (même dans la cour de récréation), mais sa tante parlait de la famille et des généalogies après les devoirs.
Elle dut partir en France, à Montpellier, pour passer le baccalauréat grâce à une bourse de l’église évangélique et y resta sept ans. Durant ce long séjour, pendant lequel, après le baccalauréat, elle fit des études pour devenir professeure d’espagnol, elle écrivit beaucoup à sa mère, toujours en tahitien et cette correspondance lui permit d’« enraciner sa langue » grâce à cette exigence de sa maman. Durant son séjour en France, elle ressentit qu’elle avait « un vide à combler » concernant sa propre culture et quand elle revint s’aperçut que sa mère « ne l’a pas reconnue » (in humeurs (1980), poème « A quoi me servit de tant voir et de tant apprendre ? »).
Donc dès son retour à Tahiti, en 1968, elle s’initia à l’art oratoire tahitien : le ‘orero, auprès de membres de sa famille et d’orateurs et en 1970 auprès d’une dame ‘orero de Papara qui la forma aux formes de la poésie traditionnelle. L’ONU commençait seulement à s’intéresser aux cultures minoritaires et Flora Aurima-Devatine suivit, comme elle le dit dans une interview, « un chemin solitaire », qui fut le début d’un long combat en faveur de sa culture et de sa langue qu’elle continue à mener et mènera jusqu’à son dernier souffle.
Très indépendante, elle refusa en 1977 de travailler à l’OTAC avec Henri Hiro, se consacrant à sa vie de famille (elle est mère de six enfants), à son métier de professeure d’espagnol, puis d’espagnol et de tahitien, et à l’écriture solitaire dans les deux langues. Elle travailla en collège et lycée : Lycée-Collège Pomare IV (de 1968 à 1997), puis à l’Université du Pacifique (de 1987 à 1995) où elle enseignait la langue et la poésie tahitiennes. Elle ne s’engagea jamais sur le plan politique : son combat concerne sa langue et sa culture. Elle prit sa retraite en 1997 et put se consacrer encore plus à l’écriture et à des actions en faveur de la diffusion de sa langue et de sa culture.

Elle écrivit beaucoup plus qu’elle ne publia et alterne la rédaction de poèmes en tahitien et en français avec celle d’articles et d’essais qui parurent dans différentes revues, dont beaucoup dans Littérama’ohi : association et revue apolitique d’auteurs polynésiens qu’elle fonda en 2002 avec six autres écrivains autochtones afin de faire connaître les écrits et les œuvres plastiques des Polynésiens et de permettre la publication d’écrits de personnes de ce pays souhaitant publier un texte en reo mā’ohi (une des langues polynésiennes), en français ou en anglais. Elle en fut la directrice de publication jusqu’en 2010 et continue à y participer. Littérama’ohi eut un tel succès qu’elle permit non seulement des rencontres entre écrivains polynésiens mais des rencontres entre écrivains de tout le Pacifique sud et entre écrivains francophones de diverses parties du monde dans les salons du livre de Papeete ainsi que lors de voyages de membres de la revue. Elle s’emploie à ce que les textes d’auteurs polynésiens puissent être traduits en français et en anglais afin que la littérature polynésienne soit accessible à tous les francophones et anglophones, et envisage aussi par la suite que des traductions se fassent dans d’autres langues afin que la littérature polynésienne soit connue le plus possible.
Depuis 1976, elle écrit tantôt des poèmes « à l’ancienne » en respectant les formes traditionnelles en tahitien, tantôt des « textes libres » en français, langue qu’elle a chèrement acquise par un travail acharné.
Elle rédige également des textes pour les spectacles du Heiva i Tahiti et dans les années 1970 se mit à peindre durant trois ans avant de finalement « choisir l’écriture ».
C’est une oratrice hors pair qui « vit » ses textes tahitiens en les récitant, en les rythmant.
Elle intervient dans de nombreux colloques en Polynésie, en France, aux USA et dans divers pays, ambassadrice de sa langue et de sa culture. Elle écrit pour des nombreuses revues.
Par ailleurs, en 1972, elle fut une des vingt personnalités qui créèrent l’Académie tahitienne et elle en est, depuis 2017, la présidente. Elle participa donc à la création du dictionnaire tahitien-français, aux tomes du dictionnaire français-tahitien et au dictionnaire bilingue illustré pour enfants qui représente pour elle un outil « qui peut recréer une ambiance intrafamiliale qui permettrait aux parents de reparler les langues dans les familles ».
Enfin, elle se retrouva nommée en 1979 déléguée d’État à la Condition féminine en Polynésie (1979-1984). Elle exerça cette responsabilité en mettant l’accent sur le plan culturel. Elle ne se définit pas comme féministe même si elle porte un grand intérêt à la condition des femmes et continue à intervenir dans diverses associations en faveur du droit des femmes.

Flora Aurima-Devatine reçut de nombreuses décorations mais on ne citera que le Prix Heredia de l’Académie française en 2017 pour son recueil Au Vent de la Piroguière Tifaifai, paru en 2016 aux éditions Bruno Doucey. Elle a réagi en apprenant cette nouvelle avec son habituelle modestie en déclarant : « C’est bon pour nos auteurs polynésiens ».
Elle fut aussi désignée par la Communauté du Pacifique en 2017 comme « l’une des 70 Océaniennes d’exception ». Elle ressentit cette nomination « comme la plus grande des reconnaissances, parce qu’elle vient de la région océanienne ».
On ne peut qu’être étonné par son infatigable énergie qui la conduit à mener de front de nombreux engagements et à faire aboutir ses projets.

SES ŒUVRES
Les livres publiés
Les œuvres publiées dans des recueils ne représentent qu’une partie de la production de Flora Aurima-Devatine qui écrit dans de très nombreuses revues. C’est en quelque sorte le haut de l’iceberg.
HUMEURS
En 1980, elle publie à compte d’auteure, sous le pseudonyme de Vaitiare, un livre de poèmes rédigés en français : Humeurs, formé de plusieurs parties. La première « A cœur ouvert dans la nuit » porte la date de 1975, la seconde « Cheminent 1 » également, la troisième « Cheminement 2 » est de 1976, Une autre partie « A l’autre bout de la nuit » (1977) clôt le livre.
Ces poèmes évoquent à la fois (comme le titre l’indique) certains ressentis, l’amour, l’amitié, mais aussi son amour pour son île, pour sa terre de naissance, son bonheur de la retrouver après « l’exil en France », mais aussi sa difficulté à se réadapter, sa mère. La pirogue, le vent, la mer sont aussi très présents dans ces textes.
Treize de ces textes sont repris dans le volume Au Vent de la Piroguière Tifaifai (éditions Bruno Doucey, 2016).
Quelques extraits d’Humeurs cités dans Au Vent de la Piroguière Tifaifai
Je ne veux pas
Je ne veux pas partir.
Je ne veux plus partir.
Je veux vivre
Sans avenir
Dans mon île.
Trop petite
Tout le monde
N’y a pas sa place
Au soleil.
J’y suis
Qu’irais-je faire au loin,
En un ailleurs
Qui ne m’est rien ?
Laissez-moi me lever
Au milieu de la foule,
Avec les pieds sur terre
Et les yeux sur la mer,
Pour attester que je suis.
Ici,
Tout me retient ;
Là-bas,
Au bord du vertige,
Je ne serai plus rien.
À ton insécurité
Parfaite
Je préfère
Mon imparfaite
Sécurité.
J’ai passé l’âge des concessions.
Le balancier
Je serai
Le balancier
De ta pirogue,
Pour le restant
Du voyage,
Pour le restant du chemin.
Sans toi,
Ma vie
N’a pas de sens,
Sans toi,
Je ne suis
Qu’un bois flottant.
Mais ne pèse pas
Trop de mon côté,
Pour ne pas
Briser l’équilibre,
Ne pèse pas
Trop de mon côté,
Si nous ne voulons pas
Chavirer.
L’enfant et sa pirogue
Seul
Dans sa pirogue :
Le bonheur de l’enfant
Épris de liberté.
Seul
Dans sa pirogue,
Avec le ciel, tout en haut,
Et la mer, la mer, tout autour :
Le vertige de l’enfant
Ivre de liberté.
TERGIVERSATIONS et RÊVERIES de l’ÉCRITURE ORALE, TE PAHU A HONO’URA (Éditions Au Vent des îles, 1998)

Dans ce recueil, Flora Aurima-Devatine exprime toutes ses interrogations sur le fait d’écrire, en français, qui plus est, qui fut « d’abord la langue de l’échec », et sur le fait de passer de l’oralité à l’écrit, elle évoque ce passage en parlant d’ « oraliture ». Des mots tahitiens s’insèrent parfois dans le texte naturellement. C’est une écriture en liberté qui comprend des calligrammes. Des extraits sont cités dans Au Vent de la Piroguière Tifaifai.
Des extraits parus dans Au Vent de la Piroguière Tifaifai.
Écrire (extraits)
Ça fait mal aux mains !
Ça fait mal aux doigts !
Ça fait mal aux bras !
Ça fait mal au dos
Quand on est mal assis !
Ça fait mal à la tête
Quand on a trop à écrire !
Et ça rend malades les parents des enfants qui vont à l’école.
Écrire
On n’aime pas ça
Parce qu’on n’aime pas ça !
Parce que ça fait peur à la fin !
Parce que c’est comme ouvrir
Une porte tabou dedans soi !
On préfère la parole
Qui raconte des légendes
De la vie des gens !
Qui raconte des histoires,
Des histoires qui font peur,
De tupapa’u et de la dame blanche ! »
Parce que pour :
Écrire
Il faut être « as » !
Il faut être popa’a !
Français ! Pour savoir écrire !
Et nous, on n’est pas ça !
Et on n’est pas fort pour écrire.
« Et puis c’est fiu d’écrire !
De plus ça n’a rien à voir
Ave les films à la télé,
Ni avec les copains !
Ni, par ailleurs :
Avec le ménage à faire,
Les feuilles à ratisser,
Le linge à laver, à étendre,
À ramasser, à repasser,
Les frères, les sœurs à garder,
À porter, à baigner,
À faire manger, à faire dormir,
Les feux à allumer,
Le pani à frotter,
Le ma’a à préparer,
Et le couvert à mettre,
Et la table à essuyer,
[…]
Et en écrivant comme je le fais,
Ce qui se situe loin de la pratique normale de l’écriture,
Du moins, telle que dans ma méconnaissance
Je la conçois,
J’agis comme l’enfant apprenant « à lire et à écrire »,
Et j’apprends à écrire plus que je n’écris !
Et je l’apprends, par choix et pour le plaisir d’écrire !
Tout en cultivant l’idée, germée dans l’esprit,
De savoir écrire,
Pour tenter, un jour, l’aventure, dans l’inconnu,
De l’écriture
Polynésienne ! […]
EXTRAITS DE TERGIVERSATIONS et RÊVERIES de l’ÉCRITURE ORALE TE PAHU A HONO’URA.
[…]
Et moi qui suis encore tissée… !
Que dis-je ? Etoffée à l’indigène !
Et, comme le « tapa », frappée de fibres d’oralité !
Qu’est-ce que je prétends ?
Ecrire !
Me lignifier !
Et j’écris
En suivant le fil de l’écorce de mon bois,
Recherchant le sens de ma fibre, et en même temps,
Explicitant, justifiant,
Je ne sais pourquoi !
Et j’écris
Mais je doute de ce que j’écris,
Comme du bien fondé de l’écriture !
« E aha tena ‘ohipa o ta’oe e rave na ? »
« Ua ‘ite anei ‘oe i te hope’a o tena na ‘ohipa o ta’oe e tutava na ? »
A quoi cela sert-il ?
Cela vaut-il la peine que je dise, que j’écrive ?
« E aha te faufa’a o tena ‘ohipa o ta’oe e tutava na ? »
« Ua ‘ite anei’ oe i te hope’a o tena na ‘ohipa ?
Ai-je à me préoccuper du sens,
Ou de la portée de ce que j’écris ?
[…]
AU VENT DE LA PIROGUIÈRE TIFAIFAI (Editions Bruno Doucey, 2016)
Ce livre est, au dire même de Flora Aurima-Devatine, une sorte d’anthologie puisque des textes de ses deux précédents recueils sont repris et que le mot « tifaifai » indique bien une composition de diverses pièces de tissu cousues les unes avec les autres pour former des motifs esthétiques. Trois autres parties suivent les extraits d’Humeurs et de TERGIVERSATIONS ET RÊVERIES de l’ÉCRITURE ORALE, TE PAHU A HONO’URA : « Poèmes en archipel » (la plupart des poèmes proviennent de revues ou d’anthologies), « Poèmes du quotidien » (la plupart des poèmes sont inédits) et « Patchwork » : poèmes recomposés par Thanh-Vân Ton That à partir de pièces de Flora Aurima-Devatine (il s’agit donc d’après l’auteure « d’un tifaifai poétique à quatre mains ».)
Dans « Poèmes en archipel » sont évoqués le Fenua ‘Aihere, son village (Temoto’i), les ancêtres, les traditions, mais aussi encore et toujours l’écriture et le jeu avec les mots et les sons, il faut remarquer la disposition des mots.
Dans « Poèmes du quotidien », comme le titre l’indique, il est question des arbres, des divers lieux de la maison, des bruits familiers, de la chaleur ou des vents et aussi un peu de l’écriture, souci quotidien.
Enfin le thème de l’écriture est toujours présent dans « Patchwork » mais aussi les états d’âme de la poétesse, ses rêves.
L’art du pariparifenua (poèmes en archipel)
Sur la place qu’évente
la fraîche rosée des vallées,
c’est l’heure du pariparifenua,
espace de ressourcement,
chant-poème,
au ras de l’île.
En quête
de la pure harmonie
des voix s’élèvent, sourdes, graves
hymnes à la terre, au ciel,
à ceux des temps anciens :
Les hommes scandent sur les corps
et dans les esprits martèlent, enracinent
puis mesurent, équilibrent
les perçantes, haut perchées
des femmes qui, se faisant, rendent la consonance
tandis que de timides, juvéniles,
s’exercent à prendre place.
Scansion, détresse,
et nostalgie, sonorités immémoriales,
pont passé-présent,
pour remonter le temps, et conforter.
Sur les gradins
désertés, les Anciens se taisent,
langueur et méditation
dans l’attente d’un baume à l’âme.
Tous, sur la place, corps, chœur, et âmes,
Par le rythme, l’acceptation,
et la portée des sons, chant, musique
et poésie, vibrent, ravis, à l’unisson,
dans l’harmonie saisie au fort,
par étapes, portée, légère,
éclatante, dans les hauteurs, de la mélopée.
Le passé retrouvé, ils s’en reviennent,
ressourcés, pacifiés,
enhardis, vivants.
Il y a (Poèmes du quotidien)
Il y a dans le vieux cagibi de la maison où s’entassent
toutes sortes de vieilleries des bruits bizarres,
Il y a sur la pente des frôlements d’herbe, des
craquements de branche qui dénoncent quelques
rôdeurs,
Il y a chez les voisins en contrebas, des claquements de
portes à faire trembler les murs de ma maison.
Il n’y a pas que les coqs coqueriquant dans le lointain,
Il n’y a pas que les margouillats crissant au plafond,
Il y a l’eau donnant des coups de bélier dans son conduit,
Il y a le débordement et l’’endolori de l’être dans
L’affaiblissement des corps.
À chacun son récit à tresser à l’envi (Patchwork)
Ce poème prouve (s’il est besoin de le prouver) qu’un poème écrit en français par une auteure tahitienne reste un poème polynésien. L’auteure utilisant « l’autre langue » pour nous plonger dans son univers : dès la première strophe : « vers le ciel, je m’élance, vers les étoiles je plonge » on ne peut que penser au héros Māui qui s‘envola vers la voie lactée pour tenter de vaincre la mort en traversant le corps de son ancêtre Hine-Nui-i-te-pō. Cette « plongée » dans le ciel avec l’inversion des termes évoque aussi la navigation quand ciel et mer se confondent et que le bateau tangue sur une mer forte. Les étoile, guides des navigateurs dans la navigation traditionnelle sont présentes. Quant au titre, il contient le mot « tresser », cher à Flora Aurima-Devatine et il est question strophe 6 de « balancer par l’écriture, mes tresses en vers ». Plus loin dans la dernière strophes les mots « rivages », « crêtes », « vallées, pointes » évoque le « Pari » et tout ce que peut contenir un pariparifenua (poème d’éloge d’une terre).
La vie dans tous les sens était tournée vers l’intérieur,
À chacun d’inventer,
de retourner la terre.
vers le ciel je m’élance,
vers les étoiles, je plonge,
Croix du Sud,
Ceinture d’Orion.
J’ai le vertige au milieu de la Voie Lactée.
Sous le dôme bleu,
j’aspire, j’aspire,
la fraîcheur de la nuit,
les yeux fermés, je tremble,
on dirait bien
que j’ai peur.
Je rejoins aussitôt la terre ferme,
des émotions,
de l’écriture ratiocinée,
une trouvaille
l’oiseau rare en vol.
Au-dessus de mon clavier,
j’erre les yeux en buée,
dans l’impatience,
les doigt sen suspens,
dans l’indifférence.
J’ai solitude à cran,
tristesse à cœur,
bonheur à tort,
j’ai nostalgie à fond,
vie de travers.
J’ai secoué la tête,
pour balancer,
par l’écriture,
mes tresses en vers.
Je n’ai pas pensé
à charge,
circonvolutions intestines,
salvatrice illumination.
Dans la vie, l’affaiblissement inéluctable des corps,
tient par les mots,
d’un débordement abyssal
de l’endolori insonore.
Le silence de l’être,
par les rivages et par les crêtes,
par les vallées et par les pointes,
mes lieux de promenade au quotidien, le silence.
MARUARO les ailes de l’infini (Éditions Littéramā’ohi, novembre 2022)
Ce livre, sous la direction d’Estelle Castro-Koshy, propose des extraits de chacun des ouvrages publiés par Flora Aurima-Devatine, ainsi que des textes : poèmes et articles parus dans diverses revues. Tous sont traduits en anglais (les textes en reo tahiti sont traduits en français et en anglais).
Dans une deuxième partie, des études sur l’œuvre de Flora Aurima-Devatine de différents universitaires en bilingue (français/anglais) trouvent leur place ainsi qu’une post-face de Philippe Guerre.
Le livre se termine par divers hommages d’autres écrivains ou universitaires.
Les poèmes
Trois poèmes, qui n’appartiennent pas à un recueil, retiennent particulièrement l’attention :
Te Manava Ihotupu/La conscience polynésienne, Te Pāta’uta’au a te Vahine Tutuha’a/Le Battage du tapa et Maruao, poème éponyme.
TE MANAVA IHOTUPU/LA CONSCIENCE POLYNÉSIENNE (1977)
Ce poème fut écrit d’une traite en 1977 par Flora Aurima-Devatine qui venait d’entendre au Café Cabaret de le Maison des Jeunes, Maison de la Culture de Tipaerui le premier poème d’Henri Hiro, Oihanu ē, qui la toucha beaucoup. Lorsqu’elle le lut en tahitien et en français le lendemain sur la scène du Petit théâtre, lors de la deuxième soirée au Café Cabaret, Henri Hiro en fut très ému et, depuis, ce poème a été repris lors de différentes lectures et inséré dans le rapport pour l’UNESCO sur « la conservation du patrimoine culturel et le développement des cultures océaniennes » écrit par l’auteure en juin 1977.
‘A tae ho’iē !
E reo iti horihoru,
E reo iti tahiti’a
I te ta’u ra’a mai
I te marae aroaro.
E Mara’ai(1) te mata’i
I Vāna’ana’a
I te nu’u atua a Ta’ere (2)
I te varovaro ānau
O te tamari’i ōtare.
‘Ua hei’ōmi’i,
‘Ua tuatuāihu
I te anapōiri.
Te huā’ai matatea,
‘Ua porori roa,
Te huā’ai mataru’i,
‘Ua tūroaroa
I te pōtinitini
‘Ua tūrorirori
Nō te hia’ai ao.
‘A tae ho’iē !
E tau nu’u, e tau ahoaho.
‘A’ai i te ihi, ‘Ia’ana’anaea !
‘A inu i te vai mā’ohi !
‘Ei aho iti, ‘Ei aho nui !
‘A vavae i te ‘iva nui’Ia ora !
‘A vavae i te iriāputa
‘A vavae i te rā e hiti !
‘Ua tārava te arati’a,
‘A rohi ! ‘Ua fātata i te taiao.
‘A rohi ! E ao’apōpō.
‘A tae ho’iē !
‘Ua tō i te anapōiri, e Manava,
‘Ua tō te manava
E mo’a, e mo’a.
‘A ‘upu ! Eiaha te tuātoto,
‘Ei toa ra.
‘A ha’amahu i te mamae !
E mamae hātuatua
I te manava o te faiere
‘A hi’i māite i te uta’a !
E mo’a te ‘aiū, e mo’a
E Manava Ihotupu.
‘Ua pīna’i te tō’ere i Taputapuātea
‘Ei tūi’a ! ‘Ei tūi’a e tū ai !
O teie u’i te pua’a tāpena
Te pua’a tāra’ehara mo’a,
E tupu ai te Manava,
E ora ai te huā’ai,
E pū ai te ‘ae’ae.
‘A hi’i māite i te uta’a !
E mo’a te ‘aiū, e mo’a !
E Manava Ihotupu..
LA CONSCIENCE POLYNÉSIENNE
Oh ! C’était une voix inquiète,
Une voix suppliante,
Celle qui invoqua les Dieux
Sur le marae déserté.
C’est le vent Mara’ai (1)
Qui a apporté à l’armée
Des dieux de Ta’ere (2)
La rumeur des lamentations
Des enfants orphelins.
Ils sont sans chefs,
Et se sont égarés
Dans la grotte obscure.
Les enfants au regard clair
Sont affamés,
Les enfants au regard de nuit
Dans leur nuit noire,
Sont affaiblis par la faim,
Et chancellent de soif
De lumière.
Oh ! Voici les temps qui bougent,
Les temps de détresse.
Nourrissez-vous de sagesse, pour vous ranimer !
Buvez à la source indigène !
Que votre souffle soit profond !
Frayez-vous un chemin dans les ténèbres,
Pour vivre !
Frayez-vous un chemin vers la sortie,
Frayez-vous un chemin vers le soleil levant !
Le chemin est là qui s’allonge.
Courage ! C’est presque l’aurore.
Courage ! Demain il fera jour.
Oh ! La grotte obscure a fécondé la Conscience
Les entrailles portent leur fruit,
Il est sacré.
Priez ! Pour que ce ne soit pas un avorton,
Mais un cœur vaillant.
Endurez vos douleurs !
Ce sont les douleurs de vie,
Celle qui enserrent
Les entrailles de l’accouchée.
Portez votre fardeau !
Et prenez-en soin !
L’enfant est Sacré,
Il est la Conscience Polynésiene.
Le « tō’ere » (3) retentit sur « Taputapuātea (4)
Il faut un sacrifice ! Il faut un sacrifice !
Cette génération-ci sera le cochon sacré,
La victime expiatoire
Pour que s’éveille la Conscience,
Que vive l’Enfant,
Et que le but soit atteint.
Portez votre fardeau,
Et prenez-en bien soin !
L’Enfant est Sacré !
Il est la Conscience Polynésienne.
- Mara’ai : vent du Sud-est.
- Ta’ere : dieu de la Connaissance
- Toēre : instrument de musique composé d’un bois creux.
- Taputapuātea : le « marae » de Raiatea.
Version de compréhension
TE PᾹTA’UTA’U A TE VAHINE TUTUHA’A
Il n’est pas nécessaire d’être spécialiste de la langue tahitienne pour percevoir le rythme et les sonorités, les « refrains » de ce poème de forme traditionnelle qui est un « chant rythmé » et l’auteure le récite avec toute son énergie, son souffle et son corps tout entier dans l’interview du 19 novembre 2014 que l’on peut écouter sur youTube (interview de Flora Aurima-Devatine par Île en île.)
« – E te ti’ati’a ē
‘A tīhauhau ē
E te pūpahu ē
A tīhauhau ē
-‘A tīhau maita’i
I tā’oe pāta’u e ‘amāfatu
‘Ia tīveravera e
‘A tīhau maita’i
I tā’oe pātau e ‘amāfatu
‘Ia tipaupau ē. »
« – E aha te ‘ahu et tutu »
« – ‘Eiaha e tutu te hiapo
‘Eiaha e tutu i te tīte
E tutu rā e tutu ē
E tutuha’a
E tutu i te (‘ām)a’a ‘uru
I ‘ātorehia ne te taheāvai
‘Ei ‘ahu pu’upu’u no te ari’i – hī
‘Ei ‘ahu pu’upu’u no te ari’i – hā. »
« – E aha te ‘ahu et tutu »
« -‘Eiaha e tutu te hiapo
‘Eiaha e tutu i te tīte
E tutu rā ’e tutu ē
E tutuha’a
E tutu i te (‘ām)a’a ‘uru
I ‘ātorehia na te taheāvai
‘Ei ‘ahu pu’upu’u no te ari’i – hī
‘Ei ‘ahu pu’upu’u no te ari’i – hā. »
’Ua ruru-ā-pahu ē
’Ua ruru-ā-pahu
Te ra’au tā’iri tō’ere
A te vahine ‘aravihi
I te tutuha’ara’a
I ni’a i te tutua ē
Te tīhauhau nei au ē -hī
Te tīhauhau nei au ē -hā
‘Ua rutu-ā-pahu ē
‘Ua rutu-ā-pahu
Te ra’au tā’iri tō’ere
A te vahine ‘aravihi
I te tutuha’ara’a
I ni’a te tutua ē
Te tāmuretāmure nei au ē – hī
Te tāmuretāmure nei au ē – hā
1978
LE BATTAGE DU « TAPA »
Le chant rythmé des femmes batteuses d’écorce pour fabriquer du « tapa », de l’étoffe.
« – Oh vous les stimulatrices à l’ouvrage,
Battez la mesure (avec vos maillets à tapa) !
Vous les meneuses de la danse,
Battez la mesure (avec vos maillets à tapa) !
Battez bien la mesure
De votre chant rythmé, ô femmes ingénieuses,
Avec diligence et efficacité !
Battez bien la mesure
De votre chant rythmé, ô femmes ingénieuses,
Afin que toutes, vous soyez saisies d’émulation ! »
« – Quelle écorce faut-il battre, quelle étoffe
fabriquer ? »
« – Ne battez pas l’écorce du banian pour fabriquer du
hiapo, l’étoffe de banian
Ne battez pas l’écorce du mûrier à papier pour fabriquer
du tīte, l’étoffe de mûrier à papier !
Battez, fabriquez, battez, fabriquez !
Battez les écorces pour fabriquer des étoffes !
Battez l’écorce du ‘uru (l’arbre à pain) !
Celle qui a été ouverte par le ventre, la partie où
l’eau s’écoule,
Pour avoir de l’étoffe pu’upu’u pour le ari’i ! »
« – Quelle écorce faut-il battre, quelle étoffe
fabriquer ? »
« Ne battez pas l’écorce du banian pour fabriquer du
hiapo, l’étoffe de banian !
Ne battez pas l’écorce du mûrier à papier pour fabriquer
du tïte, l’étoffe de mûrier à papier !
Battez, fabriquez, battez, fabriquez !
Battez l’écorce pour fabriquer de l’étoffe !
Battez l’écorce de la branche de ‘uru, l’arbre à pain !
Celle qui a été ouverte par le ventre, le dessous par où
l’eau s’écoule,
Pour avoir de de l’étoffe pu’upu’u pour le ari’i ! »
Alors résonnèrent, comme des battements de
tambour,
Résonnèrent, comme des battements de tambour
Les maillets à tapa frappant la poutre devenue
tō’ere, bois instrument à percussion,
Des femmes expertes,
Battant l’écorce pour fabriquer de l’étoffe
Sur la poutre de battage des écorces à étoffe.
Je me mets à battre la mesure.
Alors résonnèrent comme des battements de
tambour,
Résonnèrent, comme des battements de tambour,
Les maillets à tapa frappant la poutre devenue
tō’ere, bois instrument à percussion,
Des femmes expertes,
Battant l’écorce pour fabriquer de l’étoffe
Sur la poutre de battage des écorces à étoffe.
Je me mets à danser.
1978
Version de compréhension
TE MARUAO
J’aime ces instants fugaces à ras les flots
Où à l’ombre de la nuit la mer
S’essaie à la couleur du jour
Quand au matin du crépuscule la nuit
Se fait douceur du jour
EXTRAITS D’ARTICLES OU DE TEXTES « POÉTICO-PHILOSOPHIQUES » NON PUBLIÉS EN RECUEIL
Dans différents articles, souvent accompagnés de poèmes, Flora Aurima-Devatine exprime sa vision de l’écriture, sa conception de la littérature polynésienne, ou fait part de certains ressentis.
1/ EXTRAITS DE LA POSTFACE du livre de Bernard Rigo, LIEUX-DITS d’UN MALENTENDU CULTUREL (Éditions Au Vent des îles, 1997) pages 201 à 224.
Dans cet ouvrage, Bernard Rigo fait « l’analyse anthropologique et philosophique du discours occidental sur l’altérité polynésienne ». Flora Aurima-Devatine, dans la postface que son ami Bernard Rigo lui a demandé d’écrire, livre son ressenti de Tahitienne par rapport à tous les lieux communs et préjugés communs à presque tous les Occidentaux qui ont connu d’une façon ou d’une autre la Polynésie à diverses époques.
Pages 203-204 : « Qui dira enfin, l’agacement et le ras-le-bol, d’être ainsi approché, tâté, retourné, examiné, « microscopé » humé, goûté, disséqué, vidé…; ressenti, pressenti, de plus en plus, comme objet de colloques, de conférences… , de fantasmes, de vivisections, de conclusions, de déclarations…, d’allusions…, d’illusions…, d’alluvions de toute sorte ? »
Page 205 : « S’imagine-t-on combien l’on peut se sentir exposé, comme animaux en cage ou en parc zoologique. »
Page 208 : « Quand dirons-nous, nous-mêmes
Ce que nous sommes
Ce que nous pensons et croyons que nous sommes. »
Page 217 : « Ce ne sont pas des puérilités !
Ce n’est pas une immaturité !
Ce sont des ressentis très forts, violents !
Des ressentis bloqués, des enfermements,
Que la parole ou l’écriture libère, guérit !
[…]
La parole qui guérit
« La parole guérisseuse »,
Son baume, son « vaianu » !
Page 220 : « j’écris parce que c’est la dernière
expression de dignité , à mes yeux
j’écris parce qu’il faut que je dise ma
« vérité »
Page 223 : « A parau ra !
« Parle ! »
[…]
« Parler », « Écouter »,
C’est comme « Donner », « Recevoir »,
« Écoute !
« Reçois !
« Accueille !
« Accepte ! »
Simplement !
« Parler ! », « Écouter ! », actes fondateurs autour
Desquels se tissent la relation, la communication, le partage, l’échange !
En fin de compte et de propos, quelle ouverture,
quelle espérance, que de projets fantastiques, pour
l’Homme, pour la Vie ! »
[…]
2/ EXTRAITS D’ARTICLES PARUS DANS LITTÉRAMA’OHI
LITTÉRAMA’OHI N° 1 (mai 2002, pages 186 & 189)
« En fin de compte, le Polynésien écrit,
Il aime écrire, il écrit de plus en plus, et dans ses deux langues !
Mais il importe alors que les auteurs d’écrits en reo ma’ohi ne soient plus enfermés, enfermés dans leur monde, dans leur société.
Ils doivent à présent briser leur coquille, tout comme l’a fait Ta’aroa l’ancien dieu créateur des Tahitiens, pour accéder à une vision et à une saisie plus large du monde, à partir du lieu où ils sont, à partir de leur monde.
[…]
Une littérature bilingue ou multilingue ?
[.. .]
La traduction est une donnée incontournable, fondamentale pour le devenir de la littérature polynésienne tant francophone que de reo ma’ohi
C’est elle qui ouvre sur le monde extérieur et qui fait connaître.
[…]
Il y a en Polynésie française un vivier d’auteurs dont il faut parler, faire connaître.
Et il y a bien aujourd’hui une littérature polynésienne
Elle existe
Elle existe comme elle est,
Et elle est comme les auteurs polynésiens ont pensé qu’elle est et disent qu’elle existe aujourd’hui,
C’est-à-dire différente, variée, polynésienne, multilingue.
LITTÉRAMA’OHI N° 3 (avril 2003, pages 29, 30, 31) extrait du dossier « Où sommes-nous ? Où en sommes-nous ? ».
« Longtemps dans ce que j’avais entrepris, il s’était agi avant tout de fixer les anciennes formes littéraires, de fixer les mots, les façons de s’exprimer, de traquer le sens profond des mots.
C’est ainsi que sur le plan de la langue, je me sens être également le trait d’union entre la langue ancienne tahitienne et la langue moderne française.
Je me trouve à la jonction entre deux mondes, et je m’exprime à partir de ces deux mondes, et sur ces deux mondes.
Où suis-je par rapport au tahitien ?
Je suis à la fois dans la langue tahitienne de ma famille et de mon milieu social d’origine.
Et dans la langue française acquise laborieusement, progressivement, et exclusivement au cours de nombreuses années d’étude, de séjours et de pratique.
Mais laquelle langue se trouve être celle de la famille que j’ai créée,
C’est ainsi que je suis également et simultanément dans les deux langues,
Et je fais le pont entre une rive et l’autre.
[…]
Aujourd’hui, les jeunes Polynésiens donnent l’impression d’avoir fait le choix du français en tant que langue de communication, langue d’ouverture.
Sans doute parce que c’est la langue la plus enseignée.
Ce choix trop marqué amène à préserver les langues polynésiennes, à essayer de les sauver, par l’enseignement, également par l’écriture, par la création littéraire.
[…]
Quand j’écris en français, je suis dans la tête, dans le cerveau, je raisonne, insensible, j’intellectualise, et je construis mécaniquement !
Quand j’écris en tahitien, l’expression étant intériorisée,
Je ventrilise pour désentraver les entrailles, et que pour la langue qui remonte raconte les senteurs de l’enfance, les couleurs et les sonorités de ma mémoire de fenua aihere.
Et j’écris des poèmes, des paripari, des poèmes traditionnels à la terre.
Où suis-je par rapport à la littérature ?
Les styles anciens gardés, inscrits en moi, je les transpose dans l’esprit contemporain.
Où suis-je dans mes activités du moment ?
Je suis avec des jeune pour préserver la flamme, empêcher qu’elle ne s’éteigne, pour passer un flambeau,
Le transmettre !
[…]
CONCLUSION

En lisant les deux extraits d’articles de Littérama’ohi de 2002 et 2003, on se rend compte qu’en vingt ans Flora Aurima-Devatine a mis en œuvre avec ses amis ce qu’elle désirait accomplir. De plus en plus de Polynésiens écrivent et ce qui paraissait difficile il y a vingt ans a lieu : des textes sont traduits en anglais ou dans d’autres langues comme MARUAO les ailes du désir, comme PINA de Titaua Peu et d’autres auteurs. Des auteurs polynésiens sont primés à commencer par Flora Aurima-Devatine, l’enseignement des langues polynésiennes progressent, surtout en primaire, pas assez et pas assez vite mais c’est un fait.
Comme l’écrit Estelle Castro-Koshy Flora Aurima-Devatine est la « doyenne fondatrice de la littérature polynésienne en langue tahitienne et en langue française ». Elle est avec Henri Hiro et Charles Manutahi (comme le disait Jean-Marc Pambrun) à l’origine du renouveau culturel polynésien, à sa façon, avec discrétion. Avant 2016, on avait accès seulement à TERGIVERSATIONS et RÊVERIES de l’ÉCRITURE ORALE, TE PAHU A HONO’URA car Humeurs était épuisé et les autres livres pas encore édités : il fallait lire Littérama’ohi ou d’autres revues pour avoir accès aux textes de Flora Aurima-Devatine qui avait privilégié son travail sur la langue et au service des auteurs ou futurs auteurs polynésiens au détriment de la publication en recueil de ses propres textes. Grâce à la sortie de AU VENT DE LA PIROGUIÈRE Tifaifai et, très récemment, de MARUAO les ailes du désir1, de nombreuses personnes peuvent prendre connaissance de ses poèmes et articles dans leur diversité et de quelques études sur son œuvre.
Note :
1 Le livre MARUAO les ailes du désir est en vente uniquement auprès de l’association Littérama’ohi, on ne le trouve pas en librairie.
