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Après nos portraits consacrés à Titaua Peu (lire le dossier ici), puis à Chantal Spitz (lire le dossier ici), PPM poursuit sa série d’articles grand format consacrés aux auteurs d’œuvres littéraires autochtones ou vivant en Polynésie. Focus ce mois-ci sur Isidore Hiro, le frère de Henri Hiro, figure de la culture polynésienne. (Photo de Une…

LA BIOGRAPHIE

Isidore Hiro est né le 14 novembre 1947 à Teāharoa, à Tiàìa Moorea. Son papa, Tahea Hiro, pêcheur et agriculteur, était diacre dans l’église protestante et secrétaire de l’assemblée des diacres de la paroisse de Maharepa ; sa maman, Fareàhu Brémond épouse Hiro, femme au foyer. Il est le dernier enfant d’une famille de treize enfants : sept garçons et six filles.

Toute la famille vivait, sur une terre à Tiàìa en bord de mer que le papa entretenait, de la pêche, de l’agriculture, de l’élevage et du coprah. La famille était quasiment autosuffisante en ce qui concerne la nourriture, et le peu d’argent rapporté par le coprah ne servait qu’à acheter le riz, le sucre, quelques vêtements et des outils ou ustensiles. La famille faisait son propre café et en vendait. Il garde un souvenir extraordinaire de cette enfance à Moorea, dans la nature, auprès d’un père qui savait pêcher, cultiver, faire du coprah, construire des pirogues et des maisons. Lui et ses frères allaient dans la montagne chasser les cochons, les chèvres et les coqs sauvages pour agrémenter leur alimentation. C’était Moorea d’autrefois, d’avant le Centre d’expérimentation du Pacifique (CEP) !

Ses parents ne parlaient pas français, et Isidore ne l’apprit que quand il commença à fréquenter l’école primaire vers l’âge de dix ans. Cela lui permit de posséder totalement le reo tahiti, d’autant plus qu’il fréquentait l’école du dimanche comme élève puis comme animateur et suivait même des cours afin de devenir un jour pasteur, idée à laquelle il renonça par la suite bien qu’il ait réussi le concours.

Il obtint le certificat d’études puis, après avoir travaillé pour les travaux publics, passa un examen afin de devenir instituteur suppléant, fonction qu’il exerça deux ans à Makatea, avant de revenir sur Papetoai. Il abandonna ce travail ne souhaitant pas prendre un poste aux Tuamotu, fut animateur de radio puis devint surveillant d’externat titulaire, passa trois ans comme maître d’internat au collège de Rangiroa avant de redevenir surveillant d’externat, fonction qu’il exerça jusqu’à sa retraite en novembre 2007. Il donna également des cours de tahitien dans divers collèges.

Très proche de son grand frère, Henri, il s’engagea avec lui sur le plan politique au moment où ce dernier fonda le Ia Mana Te Nunaa avec six de ses amis : Turo Raapoto, Émile Teihotaata, Jacqui Drollet, Jean-Paul Barral, Peni Atger et Philippe Siu. Il s’impliqua aussi avec Henri dans la lutte contre le nucléaire. Il demeure indépendantiste sans être actuellement membre d’un parti et milite pour le développement de la culture māòhi et pour la protection de l’environnement. Membre de l’association Tāparau (association d’auteurs, d’illustrateurs et de compositeurs) il participe à des salons du livre, des lectures publiques dans divers lieux, « Partir en livre »… afin de promouvoir le livre et la culture.

Parallèlement à sa vie professionnelle il eut de nombreuses activités artistiques : il tourna dans le film américain The Wind and the Stars en 1986, joua le rôle principal dans deux spectacles sur le Marae Arahurahu de Paea à Tahiti (1985 et 1986) et fut danseur plusieurs années dans la troupe Temaeva de Coco Hotahota.

Dès les années 1995, il commença à écrire des poèmes et des légendes, mais ne se décida qu’en 2000 à publier un recueil de poèmes Pehepehe no te tau car il souhaitait attendre dix ans après la mort de son frère Henri Hiro avant de s’exprimer de façon publique comme écrivain.

En 2009, il re-publia son livre de poèmes aux éditions Le Motu en bilingue cette fois-ci, avec l’aide d’une co-traductrice. Fin 2020 eut lieu une 3e édition (bilingue) enrichie de photos de famille, aux éditions ‘Api Tahiti. Il va publier très prochainement (toujours en bilingue) un « conte-récit » assez long, fruit de son imagination : Te Tàmahìne-Huiārii ra o Heivaraùraiteraì, Pii-noa-hia o Ùupa /La Princesse Heivaraùraiteraì appelée Ùupa, dont l’action se passe dans l’ancienne Polynésie.

Sont en cours de traduction pour publication ultérieure des légendes et des poèmes déjà rédigés en tahitien. Il a aussi d’autres projets… Il vient de décider, pour son nom d’auteur, d’accoler à son prénom « Isidore » le prénom de son ancêtre « Ariifaaìte », originaire de Raiatea, époux de la reine Pomare IV, et à son nom de famille Hiro celui de sa maman, descendante de Joseph Brémond, un Français qui profita des trois jours d’autorisation des mariages mixtes accordés par la reine Pomare IV en 1842, pour épouser une Tahitienne originaire de Moorea : Taìtapu Teriirèrèmarama i te tau ô te raì, appelée Ùupa a Tetuanui, petite fille du ari’i de Moorea, Teriimarama i te tau ô te raì a Tetuanui. Il vit à Moorea et fait de fréquents séjours à Tahiti.

L’INTERVIEW

La première édition de ton recueil de poèmes Pehepehe no te Tau date de 2000, mais quand as-tu commencé à écrire ? 

« Entre 1992 et 1995, j’ai commencé à écrire divers textes en tahitien durant la période où j’étais maître d’internat à Rangi Roa. Mais j’ai attendu 2000, soit dix ans après la mort de mon frère Henri pour publier seulement quelques poèmes par respect pour la mémoire de mon frère. Et tout ce que j’ai écrit d’autre au fil du temps (d’autres poèmes, des légendes, etc.) est resté dans mes dossiers sans que je ne me préoccupe de publier. C’est Jean-Marc Pambrun qui m’a aidé à publier la première version, uniquement en tahitien, de mon livre Pehepehe no te Tau sous le titre E a tau ā hiti noa atu. »

Après ta préface, dans ton recueil de poèmes Pehepehe no te Tau, on trouve une généalogie puis quelques éléments biographiques. Peux-tu nous expliquer pourquoi ?

« En fait, c’est une tradition en Polynésie de se présenter en disant qui on est, d’où l’on vient, de quelle famille et cela m’a paru important de le faire après ma préface afin que les lecteurs sachent en gros qui je suis. C’est pour la même raison que je donne quelques renseignements sur mes études et mes activités professionnelles. »

Pour quelle raison as-tu voulu écrire sur le thème du temps en 2000 ? Tes pensées sont-elles, à ton avis, toujours d’actualité ?

« J’étais agacé car les gens parlaient sans cesse de la modernité et présentait l’évolution de la société comme inévitable, alors que nous étions en train de perdre notre langue et notre culture en oubliant le passé. J’ai voulu dire que ce n’est pas le temps qui change, mais les gens et la société qui adoptent des modes étrangères et, en Polynésie, un mode de vie qui n’est pas le nôtre et qui nous coupe de nos racines. Beaucoup de Polynésiens après l’installation du CEP ont voulu vivre comme des popa’a, en tournant le dos à leur identité. Malheureusement, malgré quelques évolutions positives, ces idées demeurent toujours d’actualité. »

Pourquoi as-tu décidé en 2009 de traduire avec une co-traductrice tes poèmes en français sous le nom de Pehepehe no te Tau/Poèmes du temps ? Quelle est, selon toi, l’importance du fait que tes textes soient en bilingue ?

« Je trouve important que des textes écrits en tahitien puissent être compris par tout le monde. En Polynésie, actuellement beaucoup de gens ne parlent pas tahitien ou le maîtrisent mal, y compris des Polynésiens de souche. Cela provient de l’époque où parler le reo māòhi était interdit à l’école y compris dans la cour de récréation et où beaucoup de parents, pensant bien faire, n’ont plus parlé que français à leurs enfants. De plus, il y a en Polynésie diverses communautés et tous ne parlent pas reo māòhi. Donc, pour faire passer le message, il vaut mieux utiliser les deux langues en présence. »

Tu as publié en 2020 une troisième édition (bilingue) de tes poèmes aux éditions ‘Api Tahiti (l’édition précédente étant épuisée et les éditions Le Motu n’existant plus), mais cette édition comporte aussi des photos de famille. Pour quelle raison ?

« J’ai trouvé que rajouter des photos de famille permettait de renforcer la portée de ma généalogie et la tradition. De plus, en Polynésie, où les liens familiaux sont très forts et où les gens se connaissent, la publication de ces photos peut intéresser beaucoup de monde. »

Quatre de tes poèmes ont été, en 2015, mis en musique et chantés par le compositeur interprète Aldo Raveino et son groupe Manahune. Un CD est sorti et un de tes poèmes, Ahiri, est devenu « un tube ». Que peux-tu nous dire de cette expérience ?

« J’ai eu la chance qu’Aldo Raveino, qui est le compagnon d’une de mes petites cousines à qui j’ai offert mon livre, aime ces poèmes et me demande s’il pouvait en mettre certains en musique et les chanter. Il en a choisi quatre parmi lesquels Ahiri. Cela a permis de mieux faire connaître mes poèmes, surtout aux jeunes. En outre, la musique et le chant sont un plus, et il a remarquablement su choisir des musiques qui s’accordent parfaitement avec mes textes. C’est une très belle expérience. Je suis très reconnaissant envers Aldo. »

Tu mets la dernière main à la relecture et à la co-traduction d’une œuvre, une sorte de « conte-roman » : Te Tàmahìne-Huiārii ra o Heivaraùraiteraì, Pii-noa-hia o Ùupa/La Princesse Heivaraùraiteraì appelée Ùupa. Peux-tu nous dire quelques mots sur cette œuvre ?

« C’est ma première œuvre de type romanesque, tout est sorti de mon imagination mais se situe dans l’ancienne Polynésie, ce qui permet d’évoquer cette époque et ses traditions. Jusque-là j’avais écrit de la poésie et des légendes, et j’ai eu une autre inspiration. En fait, j’ai commencé à rédiger ce texte en France, à Grenoble, en décembre 2016. »

Tu as aussi « sous le coude » beaucoup d’autres textes écrits en tahitien que tu es en train de finir de traduire en français et qui doivent paraître. Peux-tu nous dire de quoi il s’agit ?

« Il s’agit de poèmes sur divers thèmes et de légendes que j’ai rédigées à ma façon, en apportant parfois un autre éclairage sur leur sens. Le livre qui sortira après Ùupa devrait être un recueil de légendes illustrées par des photos ou par un illustrateur. Il faudra un peu de temps pour finir de tout traduire. La moitié des légendes sont déjà traduites. »

As-tu aussi des projets d’autres œuvres pas encore écrites pour le moment ou à peine ébauchées ?

« Oui j’ai en projet, entre autres, un livre qui s’intitulera No hea mai ra te Māòhi/D’où venons-nous donc, nous, les Māòhi car j’ai lu divers articles ou ouvrages qui parlent de nos origines : Taïwan, l’Amérique du Sud et même l’Antarctique, selon les auteurs, et j’ai envie de rappeler ces différentes thèses et de donner mon point de vue. J’ai également l’intention d’écrire un livre sur « Le mensonge monumental du 29 juin 1880 » qui portera ce titre, ainsi qu’un livre de réflexion dont le titre sera O vai Taaroa, O vai Jehovah ?/Qui est Taaroa, qui est Jéhovah ?. »

Tu es connu pour être une personne très engagée politiquement. Tu es un des rares écrivains à écrire entièrement en langue tahitienne. À ton avis, quel impact cela peut-il avoir sur la jeunesse ?

« Je me suis engagé dès ma jeunesse avec mon frère Henri que ce soit en politique, contre le nucléaire, ou pour la protection de l’environnement. J’ai toujours les mêmes opinions, même si je ne suis plus dans un parti (je demeure indépendantiste). Mais je pense justement que le fait d’écrire en reo tahiti et, par exemple, de travailler sur les légendes de Tahiti et Moorea est une autre facette de mon engagement, permet de soutenir ma langue et ma culture. Il est très important que les jeunes sachent qu’il existe des écrivains polynésiens, dont certains qui écrivent en tahitien et qu’ils puissent les lire (avec la facilité offerte par les éditions bilingues) ou entendre ces textes dits (d’où l’importance des lectures publiques). Cela peut les motiver pour écrire eux-mêmes ou soutenir leur culture. »

Tu es connu en tant qu’écrivain tahitien pour avoir un vocabulaire très riche et tu emploies parfois des mots relativement anciens. Que peux-tu dire sur l’évolution de la langue tahitienne ?

« J’ai eu la chance de ne parler que tahitien jusqu’à l’âge de 9 ou 10 ans et, ensuite, de continuer à le parler avec mes parents et la population et de baigner dans ma culture alors qu’aujourd’hui beaucoup de jeunes n’apprennent le tahitien qu’à l’école (c’est mieux que quand ils ne l’apprenaient pas du tout mais ce n’est pas la même chose) et que beaucoup de gens ont un vocabulaire assez restreint. En fait, jusque dans les années 1980, nous avons eu peur que la langue ne se perde, mais maintenant elle est enseignée à l’école et donc le risque s’éloigne. Cela dit, je recommande aux parents, quel que soit leur niveau, de transmettre leur langue à leurs enfants car l’école ne suffit pas.

Pour répondre au début de la question, c’est vrai que j’emploie parfois des mots assez anciens ou recherchés car, d’une part, je les trouve beaux et d’autre part je pense qu’il faut les employer pour qu’ils ne se perdent pas.

En ce qui concerne l’évolution de la langue, autant je trouve normal que l’Académie tahitienne crée des mots pour désigner des choses qui n’existaient pas avant : roro uira pour « ordinateur », âfata teata pour « téléviseur », etc. ; autant je trouve dommage que l’on emploie des mots de façon inexacte ou que l’on abandonne de vieux mots tahitiens parfaitement corrects pour les remplacer par des mots d’origine étrangère. Le mot matahiapo signifie « l’aîné des enfants d’une famille » et non « les personnes âgées », il y a d’autres mots pour cela (on imite certains Français qui font la même déformation en disant « nos aînés » pour les personnes âgées). De même, le mot nehenehe signifie « beau », « joli » et a pris le sens de  « il est possible de » : E nehenehe… Pour moi, c’est un contre sens ! Quant à la circoncision : nous avons le mot tehe qui signifie inciser, superciser qui n’a rien d’incorrect ou de vulgaire, et on l’a remplacé par peritome qui vient du grec ancien d’après ce qu’on m’a dit et qui signifie « couper autour ». Pourquoi aller chercher un mot étranger « savant » pour désigner une réalité polynésienne comme si notre langue n’était pas assez estimable ! Et je pourrais donner bien d’autres exemples. Je trouve qu’il faut arrêter de déformer notre langue. Ce n’est pas à la langue traditionnelle de s’adapter à nous, mais à nous de l’apprendre correctement. » 

Tu es membre de l’association Tāparau (Association d’auteurs, d’illustrateurs et de compositeurs) qui promeut l’art et la littérature en organisant des signatures d’auteurs, en participant à des salons du livre ou en en créant, en organisant des lectures publiques dans divers lieux. Penses-tu que ces lectures publiques puissent faire aimer le livre et encourager des jeunes à écrire ?

« Je pense que diffuser le livre et faire des lectures publiques que ce soit à l’hôpital, à la prison, devant des jeunes, dans des salons du livre, etc. est très important car il faut rapprocher le livre et la littérature (et les langues polynésiennes) des gens. Le temps où les Polynésiens n’aimaient pas lire est révolu, il faut encourager les nouvelles générations à lire, si possible aussi en tahitien. Dans ma génération, on ne lisait que la Bible ! Certains n’entreraient pas dans une librairie mais sont très heureux de découvrir des livres, et entendre un extrait d’une œuvre peut donner envie de la lire. Tout cela peut effectivement encourager les jeunes à lire et à écrire eux-mêmes. »

Que pourrais-tu dire à un jeune Māòhi (Polynésien) pour l’encourager à écrire dans la langue autochtone ou en français ?

« La première chose que je dirai à un jeune Māòhi, c’est d’apprendre correctement sa langue. Ensuite, il pourra écrire en reo tahiti ou une autre langue polynésienne. S’il veut écrire en français, c’est une autre affaire. C’est très important, comme le disait Henri, que les Māòhi s’expriment au lieu de laisser les autres parler d’eux ! Si c’est en reo māòhi, c’est encore mieux, mais chacun fait comme il peut ! Si on enseignait le reo māòhi dès l’école maternelle, le problème ne se poserait plus : tout le monde serait bilingue, y compris les popa’a qui vivent chez nous ! »

Comment faut-il s’y prendre, à ton avis, pour que toutes les langues et les cultures māòhi ne se perdent pas ?

« Lors de la scolarité en primaire et dans le secondaire, il ne faut apprendre que deux langues étrangères : le français et l’anglais, et apprendre dès la maternelle la langue, non seulement de l’archipel, mais de l’île de l’enfant ainsi que sa culture (légendes, traditions, etc.) afin que chaque enfant voie son identité respectée et qu’on n’ait plus la crainte que des langues et des cultures d’îles autres que Tahiti puissent disparaître. Toutes les langues et toutes les cultures, même minoritaires, doivent être préservées. Notre trésor, c’est notre langue et notre culture dont nous pouvons être fiers. Ainsi, nous serons tous fiers de notre identité māòhi.

Pour terminer, je pense qu’il faut que chaque peuple du monde entier, et pas seulement nous, puisse préserver totalement sa langue et sa culture. »

Tu es connu sous le nom d’Isidore Hiro, tu as décidé désormais de signer tes œuvres sous le nom d’Isidore Ariifaaìte Hiro Brémond. Peux-tu nous dire pourquoi ?

« Quand je suis né, c’est le médecin qui a accouché ma maman qui m’a donné mon prénom Isidore, et c’est mon seul prénom. Par la suite, j’étais déçu de ne pas porter un prénom tahitien et quelqu’un m’a dit qu’on a droit à trois prénoms pour l’état civil, alors, au moins en tant qu’auteur, je me suis rajouté le prénom d’un de mes ancêtres de Raiatea (car les Hiro sont originaires de Raiatea) : Ariifaaìte Hiro qui a épousé Àimata (Pomare IV).

En ce qui concerne mon nom de famille : Brémond est le nom de jeune fille de ma maman Fareàhu Hiro ; j’aimais beaucoup ma maman qui était une femme adorable et ainsi je lui rends hommage et je rends hommage à toute ma famille du côté maternel Brémond.

EXTRAITS D’ŒUVRES D’ISIDORE ARIIFAAÌTE HIRO-BRÉMOND

I) EXTRAITS DU RECUEIL PEHEPEHE NO TE TAU/POÈMES DU TEMPS

1er texte

ÂHIRI    

« E te Tau ē….                                         

Âhiri noa aè òe i pii mai

E tarià toù e faaroo

Âhiri òe i mau i taù rima

Ei haereà papū noù

Âhiri òe i tàrape noa aè mai

Ua tae atu ia vau

E âhiri òe i tapae mai

E tipaeraa ia toù

Âhiri òe i hìpahìpa mai

E hohoà ia toù

Âhiri òe i pèhepèhe mai

E pèhe ia Taù

Âhiri òe i ùpa mai

E òri ia taù

E âhiri hoì òe i patōtō noa aè mai

E ùputa ia toù

E te Tau ē…aita nei rā

Âhiri paì….

Âhiri noa aè….

Âhiri….

E te Tau ē, o òe ihoā tenā….

Hoê huru òe i nànàhi ra

I teie mahana

Ànanahi, ànanahi atu

E a Tau ā hìti noa atu….

SI…

Ô le temps,

Si seulement tu m’avais appelé,

J’ai des oreilles pour t’écouter.

Si au moins tu m’avais pris par la main,

Ma marche aurait été assurée.

Si au moins tu m’avais fait signe,

Je serais là.

Et si tu t’étais arrêté,

Je pourrais prendre appui sur toi,

Et si je t’entrevoyais,

Au moins j’aurais une image de toi,

Et si tu m’avais fredonné une mélodie,

J’aurais pu chanter.

Et si tu avais joué d’un instrument,

J’aurais pu danser,

Et si seulement tu avais frappé à ma porte,

J’aurais pu te suivre.

Ô, le temps…rien…

Si au moins…

Si seulement…

Si…

Ô, le temps, toi alors…

Pareil,

Hier,

Aujourd’hui,

Demain, après-demain,

Jusqu’à la fin des temps… »

2e texte

TE ÀNOTAU HOPEÀ NEI

« Òia mau ā e te Tau ē….

Teie hoì āu te taata nei

I na poro e hā o te Āo māòhi nei

Tei te māhorahoraraa no te tino o te fenua nei

Mai te ûmoa tiare ra te huru

Otēo māine i te poìpoì

Ûāa rùperùpe i te āvatea

Oriorio māite i te āhiāhi

Eita e taui, tauiui noa rā

E te tau ē….

Manaònaòhia aèra vau

I te ànotau o toù mau metua

O toù hui-tùpùna

I te panaònaò rahi i te toetoeà

O te mau huaai tàmarii māòhi rii atoà

E fā mai nei i te mau tau âmuri nei

I te âià òre, te fenua òre

E te ôvere io ōna iho ra

E te Tau ē….

Hoê huru òe i tahito ra

Mai mutaa iho mai

I nànàhi nei

I teie ā mahana

Ànanahi, ànanahi atu

E a tau ā hìti noa atu.

À NOTRE ÉPOQUE

Ô toi le temps, tu sais…

Je suis là, homme,

Aux quatre coins du monde māòhi,

Sur l’étendue du corps de ma terre,

Comme une fleur,

Qui point le matin,

S’épanouit dans la matinée,

Commence à se flétrir le soir.

Cela ne change pas, cela se perpétue.

Ô le temps,

Je médite le passé,

L’époque de mes parents et de mes grands-parents,

L’époque de mes ancêtres,

Je me préoccupe de ce qui nous reste,

De ce qui va demeurer māòhi dans les générations futures,

Qui se profilent à l’horizon,

Générations sans patrie, sans terre,

Démunies sur leur propre sol.

Ô le temps…

Tu as toujours existé

Depuis la nuit des temps,

Hier,

Aujourd’hui,

Demain, après-demain,

Et tu existeras toujours. »

II) EXTRAIT DU LIVRE À PARAÎTRE 

TE TAMAHINE-HUIARII RA O HEIVARAURAITERAI, PII-NOA-HIA O ÙUPA/LA PRINCESSE HEIVARAURAITERAI APPELÉE ÙUPA

« I mutaa roa aènei i te Tau ia iùiù ra, i te ânotau o to tatou mau huitùpùna ra, te ōra ra i Âimehò Nui i Te Rārā Vàru, i te màtaeinaa iti ra no Teahàroa i Tiàìa, te Ārii tuiroo ràhì ra o Taaroārii, e màna ra i nià i te fenua ma te faatùrahia e hèrehia e tona nùnaa. Tāàtihia i te vahìne ra ia Fareāhùhuiā e nòho i te Marae-Tiàìa e vai i rotopū i na tuhaa fenua iti ra o te Āna-Tāvìri e vai i Pèrehue, o te otià-fenua iho ra ia o Temaè taa mai ai o Tiàìa. Ua fanau mai ra rāua i te hoê Tàmahìne iti e ua tòpa atu ra i tona ìòa ia Heivaraùraiteraì pii-noa-hia rā e te taata o Ùupa, e Potii iti nehènehè roa e te hāvìti mau eita e tià ia parau ra, te marū, te haèhaa e te tūra. E Tàmahìne māmàhù rii rā, èere òia i te mea āuroa i te òhipa âmuimui, mea ômoèmoè roa rā e te hùna iana iho i te màta o te taata, no te mea noa, e Tàmahìne-huiārii ôna, terā ia te tàhì hāvìti i tōna, te haèhaa, te hère, te faatūra, e ua ìte te taata i taua hùru iti nōna ra, i āu ràhì-roa-hia ai òia e te nùnaa taatoà. E no te mea, hoê noa tàmarii ta rāua i fanau, o Ùupa ihoā ia te mòno mai iana i nià i te Tiàraa Ārii ia tae i tona taime, mai tei āu ihoā ia i te faanàhoraa tùre o te Ôpū-huiārii o te fenua. Ia tae rā o Ùupa i tona paariraa, ia pìri mai òia i te Pìti àhuru mā hoêraa o tona màtahìti, te ìtehia nei te ièiè o tona tìno, tona hohoà màta i te hāvìti maitaì, tae noa atoà atu i tona ràhì, oia hoì, i tona ia Rōa, te paūtuūtu, te faahiahia e te āu no te màta ia hiò ra, èere i te mea òhiē ia tātàra i te nehènehè o ta raua Tàmahìne iti o Ùupa, e Potii hāvìti mau ā, e ua rìro roa ia ei ônèvanèvaraa e ei mataìtaì-atoà-raa rā hoì na te taata, āuhia, faatūrahia e hèrehia e te mau hùru taata atoà. Te tàhì atu ā nehènehè i tōna, tona ia roūru i te rōa e te èreère paò, e poì roa ia tona tìno taatoà, e tòpa roa te hòpe i ràro roa, ē tārèrè noa mai ai i nià iti noa aè mai i tona na tapuaè-avaē, eita te tìno e ìte faahouhia ia hiòhia atu na mùri, mai te āveāve hìhì mau ra ia o te Atua ra o Raa, o te tapoì roa i te tìno o te fenua taatoà, ei ārai i te Tau ūa ra, te nehènehè ia o tona roūru, ànàpanàpa noa, mai te fāfàtiraa mìti iti mau ra ia i nià i te āâu, tavai-noa-hia ai e tona metua-vahìne i te noànoà o te monoì tiare-tahìti e te mìri-ôvìri taetaevaō o te mau pehò ra. Tōna na paparià ra, pùrapùra noa mai ia, mai te û ùra mau ra ia o te raì i te tàperaa o te Râ i te āhiāhi ra. E tona nei hoì na hohoà màta ra, pùrapùra noa ia mai te hìhì mau ra o te Râ i nià aè i te ìriātai i te poìpoì roa ra, e te hànahàna hoì i te tàperaa o te Râ i te āhiāhi ra, i ràro roa i te hōhònuraa o te moāna ūriūri paò ia hìva ra, mai te hei-ùra mau ra ia o te mau fetià, e tūràmaràma rii marū noa mai nei ia tatou i te ômuaraa o te ruì  e mohì noa aè i te  tuiraa pō ra. A tae hoì ē, tona nei rā na ôriò-màta i te èreère maitaì, mai te âràhu mau ra ia te hùru, âpìtihia mai ai e nā hìhì e nā tuè-màta e pìti i te nehènehè mau ā, màtara mai ai te hoê hohoà màta i te hiòraa marū, te haèhaa, te tūra, te hāvìti e te māràmaràma. E te reira māràmaràma i tōna, o te hùru atoà mau ra ia o tona fèrùrìraa, i te mea, ua ìtehia tona àravìhi i nià i te mau tèreraa òhipa atoà no tona nei Tiàraa Tàmahìne-huiārii, taaê noa atu ai i tona hère i te taata. Te tàhì ia roo ràhì roa atu i tōna, āu-roa-hia e te mau hùru faito màtahìti atoà, na nià mai ā i te Tàmarii tae noa atu i te Taureàreà, te Taata- paari, te Ruàu e tae roa atu i te mau Rùhirùhiā. Mai ta ratou i hère e te faatūra i te Ārii ra, o to ratou atoà ia faatùra i te Tàmahìne-huiārii ia Ùupa. Pìnepìne atoà rā o Heivaraùraiteraì, Ùupa i te ìtehia i pihaìiho i te mau hùru taata atoà e i te feiā riirii ihoā rā, aita tāna e faataaraa, aita e faaùiùiraa e maìtiìtiraa i te hùru e te hohoà o te taata. Te tàhì atoà ia tùmu i hère-roa-hia ai òia, no tona ia maitaì e te faatūra i te taata, ua pàràrè roa ia hùru iti i tōna e àti aè te tìno o te fenua. »

« Il y a fort longtemps, en des temps immémoriaux, à l’époque de nos lointains ancêtres, vivait sur l’île de Àimeho Nui aux huit radiations, dans la partie du district nommé Teāharoa, à Tiàìa, un roi1 très renommé : Taaroārii, qui régnait sur son territoire, entouré du respect et de l’amour de son peuple. Il était marié à Fareāhuhuiā qui vivait près du marae situé non loin de la grotte Ana-Taviri (grotte du tournant) de Pèrehūe entre Temae et Maharepa au lieu appelé Tiàìa. Ils eurent une fille qu’ils adoraient à qui ils donnèrent le nom de Heivaraùraiteraì, plus connue sous le nom de Ùupa. C’était une très belle jeune fille, très douce, humble et pleine de respect. Une jeune fille un peu timide, réservée, qui n’aimait pas fréquenter trop de monde, elle était très discrète et se tenait à l’écart du regard des gens, essentiellement à cause de son statut de princesse : cela faisait partie de ses qualités et tout le monde connaissait ce trait de son caractère, et c’était d’ailleurs pour cette raison que le peuple tout entier l’appréciait. Et comme elle était enfant unique, c’était Ùupa qui était, à coup sûr, destinée à hériter du titre de son père le moment venu, comme le voulaient les coutumes du pays concernant la succession des grands chefs.

Quand Ùupa devint majeure, à l’approche de ses vingt-et-un ans on s’aperçut de sa prestance, de la beauté exceptionnelle de son visage et de sa haute taille : en effet elle était très grande, robuste et attirante. Ce n’était pas facile pour ses parents d’exprimer ce qu’était la beauté de leur fille bien-aimée, Ùupa : elle était vraiment magnifique au point d’attirer à elle tous les regards. Le peuple tout entier la respectait et l’admirait. Une autre caractéristique de sa beauté était sa chevelure, longue et très noire, qui recouvrait son corps tout entier et tombait jusqu’à terre : ses cheveux arrivaient juste au-dessus de ses talons, de dos on ne voyait presque plus son corps. Ils étaient semblables aux rayons du dieu Râ qui recouvrent tout le corps de la terre pour la préserver des épisodes de pluie. Voilà quelle était la beauté de sa chevelure, brillante comme les vagues qui viennent se briser sur le récif, imprégnée par sa mère de monoì parfumé au tiare tahiti et au basilic sauvage venu des vallons. Quant à ses joues resplendissantes, elles faisaient penser à la couleur du ciel au coucher du soleil et son visage était radieux comme les rayons du soleil couchant, qui plongent au plus profond de l’océan appelé Hiva, comme la couronne sacrée des étoiles qui brillent au cœur de la nuit. Ses yeux, d’un noir profond comme du charbon, surmontés par ses cils très beaux et ses sourcils très bien dessinés, donnaient à son visage un aspect doux, modeste, plein de respect, de beauté et d’intelligence. 

Son intelligence s’exprimait par la capacité de réflexion dont elle faisait preuve dans toutes les actions qu’elle accomplissait en tant que fille de roi et de plus elle avait beaucoup d’amour pour la population. Tout cela expliquait sa popularité, le fait qu’elle soit appréciée par les gens de tout âge : les enfants, les adolescents, les adultes, les personnes âgées et même les vieillards. De même qu’ils avaient de l’amour et du respect pour leur roi, de même ils respectaient la princesse Ùupa. Souvent aussi on voyait Heivaraùraiteraì, Ùupa auprès des personnes vraiment défavorisées : elle était ouverte à tout le monde, ne faisait pas de discrimination et ne prêtait pas attention au comportement et à l’aspect physique des gens. C’est pourquoi tout le monde l’aimait non seulement pour sa beauté mais aussi pour sa gentillesse et son amour du peuple, cette façon d’être était connue partout, dans tout le pays. »


Note :

1 Le mot « arii » en tahitien signifie « grand chef » et non « roi » et il y avait souvent plusieurs grands chefs par île. Ils avaient un pouvoir très important mais la traduction par « roi » date de la dynastie Pomare qui imita le titre des souverains européens. Nous conservons cependant, dans la traduction, les mots « roi », « reine » et « princesse » car ce récit romanesque est une sorte de conte.   

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