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Après l’explosion du prix des hydrocarbures (lire notre article ici), c’est le tarif de la baguette qui grignote un peu plus notre porte-monnaie. Le pain, ma’a quotidien du Polynésien, prend un « coût » de baguette magique ! En échange du précieux sésame, on doit désormais arrondir à 60 Fcfp, et ce pour répondre à « l’impact de l’introduction de la nouvelle gamme de pièces de monnaie ayant pour conséquence de faire disparaître les pièces de 1 et 2 Fcfp », a expliqué le conseil des ministres, le 20 juillet dernier. Cela nous imposait en effet d’arrondir le paiement, pénalisant soit le consommateur soit le commerçant… C’est donc le consommateur qui passera encore à la caisse, mais il ne faut pas oublier que le boulanger, lui, ne réalise qu’un bénéfice brut de 31 % sur la baguette (voir diagramme ci-dessus). Le Pays rappelle aussi qu’il subventionne le prix de la farine destinée à la production de baguettes de pain et aux pains à prix réglementés afin de « permettre aux familles modestes d’accéder à du pain à un prix environ deux fois plus bas qu’en France métropolitaine ». A titre de comparaison également, les habitants de Nouvelle-Calédonie paient leur pain entre 90 Fcfp et 125 Fcfp. Pour le budget 2022, le gouvernement local évalue le soutien au prix de la farine « à plus d’1 milliard de Fcfp, en raison de l’augmentation du prix de la farine consécutive à la guerre en Ukraine ».

Inexorablement, entre TVA sociale, crise en Ukraine et inflation mondiale, les produits flambent en Polynésie, comme l’huile de tournesol que l’on paie aujourd’hui quatre fois plus cher. De quoi mettre de l’huile sur le feu, alors que l’annonce de l’augmentation prochaine du prix de l’électricité crée de nouvelles tensions… Dans ce contexte électrique, le Pays a tenu à communiquer officiellement sur son contrôle des prix, à grands renforts de chiffres. Et d’exposer, lors d’une conférence de presse le 21 juillet, les résultats des contrôles effectués par les agents de la Direction générale des affaires économiques (DGAE), recrutés spécialement à cet effet (voir document ci-dessous). Quand on découvre les chiffres annoncés par la Présidence dans son bilan du premier semestre 2022, on sent une certaine autosatisfaction : 385 contrôles effectués chez les opérateurs, dont 214 contrôles de prix ; 763 actions de contrôle réalisées ; 221 rappels à la réglementation. Pourtant, il y a eu « seulement » 28 opérateurs verbalisés (dont 12 en matière de prix, alors que c’était l’objectif de ces contrôles, pour contenir l’inflation), soit 7 % des contrôles effectués. Est-ce que le coût engendré par ces contrôles (masse salariale, coûts des déplacements, primes, etc.) est justifié ? Que rapportent financièrement les infractions des 12 opérateurs verbalisés pour les prix non conformes ?

En attendant, selon nos informations, les armateurs, uniques liens d’approvisionnement des îles, que ce soit à Moorea ou au fin fond des Tuamotu ou des Marquises ou encore à Rapa, souffrent de la carence de personnel de cette même DGAE pour le traitement des remboursements des prises en charge de fret des Produits de première nécessité (PPN). D’après nos sources, « les armateurs attendent six mois ou plus pour voir les règlements de la DGAE arriver sur leurs comptes, quand ils ont de la chance d’avoir des documents conformes parce que, bien entendu, le traitement des dossiers prend tellement de temps qu’ils ne sont avisés qu’au bout de plusieurs mois que les documents ne sont pas conformes et qu’il faut tout revoir pour espérer recevoir un début de règlement encore plusieurs mois aprèsImaginez leur état d’esprit quand, fièrement, et démagogiquement, le même ministre annonce un élargissement de la liste des PPN ! » En juillet, seuls les règlements du fret des PPN transportés par les cargos de janvier ont commencé à être réglés. Ces armateurs qui encaissent sans mot dire l’augmentation du carburant (+ 20 Fcfp le litre alors qu’un plein de carburant représente plusieurs millions de francs pour effectuer une rotation) doivent en plus attendre plus de six mois les remboursements de la DGAE… Ces prises en charge représentent plusieurs dizaines de millions de francs pour la majorité d’entre eux. Le jour où les armateurs n’auront plus les moyens de faire leur soutage par manque de trésorerie, les habitants des îles éloignées n’auront que leurs yeux pour pleurer. Contrôler les prix des commerçants, c’est normal, mais les payer en temps et en heure, ce serait bien normal aussi.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha nui.

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