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Avec la 27e conférence des parties à la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP27) qui vient de se tenir en Égypte, remonte à la surface le sujet brûlant et très controversé de l’exploitation minière des océans. En effet, à l’heure où les sources d’énergie fossile sont décriées pour leurs impacts environnementaux et humains, où les gisements terrestres de minerais s’épuisent et où la demande en métaux rares ne cesse d’augmenter, les ressources des fonds marins attirent la convoitise d’un nombre croissant d’acteurs car ils regorgent de métaux précieux indispensables au maintien de nos modes de vie actuels ainsi qu’à la fameuse transition énergétique. Devons-nous exploiter ces minerais au risque de compromettre l’équilibre fragile des écosystèmes océaniques ? Cette question concerne tous les citoyens et au premier chef les Océaniens car, non seulement notre culture est très marquée par l’environnement maritime, mais surtout parce que c’est dans l’océan Pacifique que se trouvent les principaux gisements (lire notre dossier « Ressources de l’océan : la Polynésie avance en terrain minier… »).

Dans cet océan de promesses, attention à ne pas céder aux chants des sirènes ! Aussi, la position de la France n’est pas très claire : Emmanuel Macron a plaidé, lors de la COP27, pour une « interdiction de toute exploitation des grands fonds marins ». Pourtant, fin 2021, le Président français avait annoncé un plan de 2 milliards d’euros dans le cadre du programme « France 2030 », visant l’exploration des fonds sous-marins, notamment pour l’accès aux métaux rares. Explorer ne signifie pas exploiter. Mais la crainte est que l’on joue de cette ambiguïté entre recherche scientifique et prospection minière… D’ailleurs, le Tavini n’a pas manqué d’accuser la France de s’octroyer « le droit, sans consulter préalablement le Peuple polynésien, de créer une jurisprudence internationale sur nos propres ressources sous-marines ». Au Fenua, un moratoire sur l’exploitation minière des grands fonds polynésiens a été transmis, le 9 novembre, à l’assemblée de la Polynésie française et devrait être voté prochainement afin de se positionner fermement en faveur de la protection et la gestion durable de ses espaces et de ses espèces.

Le rôle essentiel des peuples autochtones

Il est primordial que tous les Océaniens prennent conscience de l’urgence de la situation et du rôle essentiel qu’ils ont à jouer, pour ne pas être « submergés par le monde qui vient », comme l’a martelé Jean-Marc Regnault dans son dernier opuscule et au travers de quatre articles parus dans PPM (lire ici). Les Polynésiens doivent (ré)agir, et vite, à l’instar de Vehia Wheeler qui était présente à la COP27 et prépare une thèse en effectuant ses recherches sur l’utilisation des savoirs traditionnels dans les modèles d’adaptation des terres au changement climatique à l’Australian National University (ANU). La jeune femme, originaire de Moorea, alerte les Océaniens, à l’issue du plus grand rassemblement annuel sur l’action climatique. Elle rappelle que la température mondiale augmente et ne devrait pas dépasser +1,5 degré Celsius, « ou il y aura des conséquences très, très graves pour le Pacifique et le monde entier », et que « nous avons besoin que tous les pays passent à 100 % d’énergies renouvelables MAINTENANT ».

Vehia Wheeler insuffle également un message d’espoir en insistant sur la capacité d’adaptation des États insulaires : « La COP reconnaît les connaissances traditionnelles autochtones comme une forme de résilience au changement climatique et des solutions au changement climatique. Les peuples autochtones sont les gardiens de 80 % de la biodiversité mondiale, il est donc important qu’ils continuent à vivre sur leurs terres dans leur façon de vivre avec la nature. » À l’heure où l’inflation mondiale est grandissante et alors que la Polynésie subit une crise socio-économique majeure, avec de plus en plus de foyers survivant grâce au « café-pain-beurre », la protection de nos ressources et de nos modes de vie doit être notre principal cheval de bataille. Plus que jamais, il est grand temps de tirer les leçons du passé et de poursuivre le retour aux sources déjà amorcé, et propre aux sociétés traditionnelles océaniennes, en cultivant davantage nos fa’a’apu, en surveillant et en contrôlant nos richesses marines, en cherchant des moyens de production plus verts, en réalisant des circuits courts et responsables, etc., pour construire un nouveau monde qui réponde demain aux attentes de nos enfants. Cessons de sacrifier l’écologie sur l’autel du business ! Redoublons d’efforts, sortons de nos zones de confort, et réinventons-nous encore et encore ! Sinon, quelle planète laissera-t-on aux prochaines générations ?

Oui, nous croyons encore au Père Noël, et surtout au réveil de l’humanité quand elle est au bord du précipice. Toute la rédaction de PPM se joint à moi pour vous souhaiter de joyeuses fêtes de fin d’année. Profitons de chaque moment en famille et avec nos proches, et vivons-le comme un précieux présent.

Ensemble, faisons bouger les lignes… pour un vent de liberté !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt

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