Retour

Chers abonnés, chers lecteurs, bienvenue à bord de la troisième édition de Pacific Pirates Média, votre magazine d’information, d’économie et de culture en ligne. Embarquez sur le SEUL et UNIQUE média indépendant en Polynésie française. Notre cap : « Un vent de liberté ! ».

La vague de contestations déferle toujours contre le nouveau projet immobilier « fou » porté par le groupe City, « le plus gros jamais vu à Punaauia » selon la mairie de la côte ouest. Environ mille personnes, dont le tāvana en personne, ont manifesté, samedi dernier, pour s’opposer au futur « Ocean Park », qui prévoit de créer 406 logements de luxe en bord de mer, sur le terrain de l’ancien Tahiti Village, près du rond-point dit « du Méridien ». Le promoteur envisage de poser pas moins de cinq bâtiments, avec un spa et trois piscines, sur une surface de 15 000 mètres carrés, ce qui suscite l’inquiétude légitime de la population. Beaucoup s’interrogent les risques de pollution, mais aussi sur la défiguration de nos bords de mer qui risquent bientôt de ressembler à des « HLM » de luxe. D’autres dénoncent, à juste titre, des investissements pharaoniques qui ne tiennent pas compte du bien-être des Polynésiens et permettent une nouvelle privatisation d’un accès à la plage, après celle de Temae ! Tous s’accordent à dire : créer des emplois, oui, mais pas à n’importe quel prix… Après un long silence, Fritch a finalement annoncé (élections législatives obligent ?) qu’il « suivrait la décision du conseil municipal ».

Cependant, le gouvernement Tapura, comme attiré par le chant des sirènes, ne l’entend pas de la même oreille et semble adapter le « quoi qu’il en coûte » de Macron à la sauce locale, version grands projets démesurés, à l’instar du Village tahitien ou de la ferme aquacole de Hao. C’est là que le ministre de l’Économie et des Finances (MEF), Yvonnick Raffin, entre en scène. Pour les très gros investisseurs, pas de taxe immobilière à 1 000 % prévue désormais pour les résidents de moins de dix ans : le MEF déroule le tapis rouge, et leur offre en prime la défiscalisation locale. Des « opérations séduction » adressées notamment au groupe City, qui a en outre d’autres projets ambitieux au Fenua, comme la rénovation de l’hôtel du Tahara’a et l’implantation d’un complexe 5 étoiles à Bora Bora, sans oublier sa participation dans la réalisation de la résidence River Park. Aussi, « le courant » passe probablement mieux entre les parties lorsque le représentant du groupe City en Polynésie s’appelle Teiva Raffin, le frère du MEF himself. Et on pourrait penser que Raffin aime travailler en famille, puisque le Président Fritch vient de choisir pour directrice de cabinet Marie-Laure Denis-Raffin, qui est à la ville l’épouse du ministre… Sur les réseaux sociaux, les internautes se sont d’ailleurs étonnés de cette nomination, avant de grincer férocement des dents en apprenant que, en plus d’un salaire juteux, son « indemnité de sujétion particulière » avait été augmentée (de 100 000 à 400 000 Fcfp), et cela juste avant sa promotion. L’exécution de cet arrêté, publié au Journal officiel le 3 février dernier, était également à la charge du MEF.

 

« Il y a un pré carré qu’il ne faut pas venir franchir. »

Yvonnick Raffin, le 6 avril 2022

 

Un vent d’indignation s’est alors levé, lorsque Raffin, interrogé sur le salaire de sa femme au cours d’une conférence de presse, a balayé le sujet d’un revers de la main : « Cela ne regarde que le cercle privé. Je ne peux pas tolérer qu’on vienne parler de la vie privée des gens sans les connaître. Il y a un pré carré qu’il ne faut pas venir franchir. » Une réaction surprenante, qui interpelle, surtout qu’on parle ici d’argent public. On n’a pourtant pas demandé au « boss » des Finances de nous donner la racine de son « pré carré »… La chaîne du Pays évoque une rémunération de 1,2 million de Fcfp par mois, mais pour « raffiner » le calcul des curieux, le Vice-président a glissé un indice : « On a tout entendu sur son salaire. Sans en dévoiler le montant, je peux vous dire que cela représente moins de la moitié que ce que pouvait toucher un directeur de cabinet auparavant. » Ouf, nous voilà rassurés !

En proie déjà à de nombreuses critiques, tant par les organisations syndicales que patronales, suite à la mise en place le 1er avril dernier de la Contribution pour la solidarité, très contestée pour son impact sur le niveau des prix, Raffin a renforcé par ailleurs les pouvoirs de contrôle de prix par la Direction générale des affaires économiques. Si le Conseil économique, social, environnemental et culturel n’a pas caché son agacement, l’Autorité polynésienne de la concurrence (APC), dont on pouvait pourtant attendre qu’elle se pose en garante de la liberté des prix, s’est montrée bien plus conciliante. Une attitude qui détonne également, d’autant qu’après la suspension du rapporteur général de l’APC par le président du Pays, l’avocat de la requérante avait hélé le tribunal administratif en ces termes : « Est-ce que la présidente de l’Autorité peut avoir une sorte de réunion mensuelle avec le ministre de l’Économie ? Pour quoi faire, pour se dire quoi ? Est-ce que le ministre donnerait des orientations ? » (lire notre dossier Économie : « Menace sur les prix libres »).

Quoi qu’il en soit, son adaptation au microcosme local est remarquable, il s’y fond à merveille. Avec des bras aussi longs et multiples tels des tentacules, le MEF se transformerait-il en poulpe ? Raffin serait-il devenu l’homme le plus influent de Polynésie ?

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, Te aroha ia rahi.

Partage