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Le juriste belge Renaud Dehousse, président de l’Institut universitaire européen de Florence, a proposé récemment d’éliminer la fête de Noël avec ses références chrétiennes jugées trop exclusives et non-inclusives des autres fêtes religieuses et de l’appeler « Fête d’Hiver » ou « Fête de l’égalité ethnique ». Professeur à Sciences Po de Paris, l’une des institutions universitaires inféodées à la Nupes, Renaud Dehousse reprend les banalités de la culture contemporaine wokiste, érigeant le christianisme comme adversaire principal de la pensée progressiste.

Les cultures, depuis quelques années, tendent à remplacer la religion chrétienne par un mélange d’éloges de la Terre-mère, du bouddhisme médiatique, de citations de l’animisme hétéroclite et de la nouvelle socialité numérique.

Toutes les cultures proviennent de la religion, de la mémoire confuse du meurtre fondateur primitif qui expulse en même temps la violence hors de la communauté grâce à l’invention du bouc émissaire qui prend sur lui la totalité de la violence collective. Comme nous l’a appris René Girard, le christianisme brise la logique infernale de la violence mimétique à l’origine de toute société, elle dévoile le sanglant substrat de toute culture humaine : le lynchage qui apaise la foule et apporte l’unité à la communauté.

La rivalité mimétique à l’échelle planétaire s’est encore manifestée récemment avec les attaques terroristes du Hamas à Gaza le 7 octobre dernier. Le terrorisme musulman trouve ses origines dans le désir de convergence et de ressemblance avec l’Occident et l’Islam devient la référence qu’autrefois le marxisme possédait pour les sociétés occidentales, critique de la prétendue pensée bourgeoise dominante, partisan du tiers-mondisme du « nouveau prolétariat ». Le mot « Islam » fédère aujourd’hui de nombreuses versions de frustrés et de logiques victimaires dans un rapport rivalitaire avec l’Occident. 

Si l’on vise l’universelle origine de la civilisation et l’on s’écarte du relativisme contemporain synthétisé dans la « déconstruction » à la mode, on doit d’abord admettre le rôle essentiel, moral et culturel, du christianisme. Le philosophe laïque Benedetto Croce souligne le fait que la révolution chrétienne représente un événement unique dans l’histoire de l’humanité, à la différence des autres cultures elle « a œuvré au centre de l’âme, dans la conscience morale, elle a tiré sa Loi uniquement de la voix intérieure ».

« Le monde moderne est plein d’anciennes vertus chrétiennes devenues folles » – Gilbert Keith Chesterton

L’Europe contemporaine est constituée par une « classe moyenne » qui a perdu les caractéristiques de la bourgeoisie classique, et consomme désormais une « culture moyenne », produit de l’action néfaste de la TV et des journaux, véhicules du pouvoir en place, de l’école et de l’université, devenus les lieux d’excellence de la médiocrité générale, du « demi-savoir » pire que l’ignorance.

Gilles Kepel a vu son master sur le Moyen-Orient Méditerranée de l’École Normale Supérieure de Paris supprimé au profit d’un master sur la décolonisation. À l’université américaine de Harvard, nombreux enseignants ont signé une pétition définissant Israël responsable « du sang versé le 7 octobre ». Une soupe humanitariste déferle sur les universités mondialisées, mélangeant le tiers-mondisme et l’anticolonialisme de Frantz Fanon, considérant Israël comme oppresseur du peuple paléstinien.

L’écrivain anglais Gilbert Keith Chesterton avait écrit dans Défense de l’argot : « Le monde moderne est plein d’anciennes vertus chrétiennes devenues folles ». Les idées chrétiennes sont aplaties dans un relativisme qui met tout sur le même plan, dans une indifférence intolérante envers l’exercice de la raison.

Il faudrait suggérer donc au collègue belge de demander aux musulmans la suppression de la fête d’Aïd-el-Kébir qui commémore le sacrifice d’Abraham au profit d’une fête inclusive des marguerites ou, afin de contribuer à la « disparition des genres », de remplacer le Yom Kippour de la religion juive par l’inclusivissime pride du LGBT. Le juriste pourra reprendre ainsi les pratiques de la Convention en 1793 pour créer un nouveau calendrier, l’instauration déraisonnable du culte de la Raison, la création de fêtes républicaines qui visaient à déchristianiser la société française. Le nouveau festivisme inauguré en mai 68 ouvre en même temps « l’ère de la parfaite absence de sens » (Heidegger), de la parfaite absurdité qui réécrit l’histoire selon les critères de l’hédonisme de masse.

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