Retour

Je n’ai pas eu l’occasion de voir jouer la pièce de théâtre de Titaua Porcher « Oh My ! Omai » (éditions Au Vent des îles, 2023) mais, grâce à un ami, je viens de la lire et de l’apprécier. C’est une pièce en un acte qui comporte 12 scènes et un texte dit par une partie des comédiens au moment de leur retour sur scène pour saluer.

Passionnée par sa culture, Titaua PORCHER (maître de conférences en littérature française et francophone à l’Université de la Polynésie française) choisit comme héros cette fois-ci, un personnage historique, le fameux MA’I, qui fut l’un des autochtones qui se rendirent en Europe avec les navigateurs du XVIIIe siècle et le seul qui en revint vivant. (Après lui, AHOTURU emmené à Versailles par BOUGAINVILLE et TUPAI’A qui fit partie de la seconde expédition de COOK et se rendit avec lui en Angleterre moururent de maladie lors de leur voyage de retour.) Il repartit de Londres en 1776 avec Cook à qui il servit d’interprète et qui le ramena à Huahine. Il mourut vers 1779.

Le but de Titaua PORCHER (elle le dit dans une interview de 2023 qu’elle a accordée à Martine GUICHARD juste avant la sortie de sa pièce) est d’amuser le public par les contrastes surprenants entre deux époques : celle de MA’I et celle de la société polynésienne de 2022 à Papeete.

La pièce, burlesque à souhait, permet cependant de présenter le personnage de MA’I, d’offrir un regard critique sur la société polynésienne du XXIe siècle, d’évoquer tous les méfaits de la colonisation depuis l’époque des « découvreurs » et de délivrer de façon légère un message face aux dangers mortels auquel notre monde est confronté. À commencer par la Polynésie, en quête du renouveau de sa culture et du meilleur statut possible.

C’est une pièce qui évoque doublement Voltaire par le contenu du message que MA’I, envoyé par Dieu, doit délivrer aux humains du XXIe siècle et par son rythme (ce ne sont pas les voyages qui se succèdent comme dans CANDIDE mais les rencontres) et son irrévérence. Mais contrairement à Voltaire, l’auteur utilise un personnage réel et tout ce qui est factuel sur MA’I est rigoureusement exact à part peut-être la transposition d’un épisode de la vie de Jeanne BARRET, compagne du botaniste COMMERSON et elle-même devenue excellente botaniste. De plus à la scène 7 et à la scène 11, on retrouve MA’I dans l’univers du Londres du XVIIIe siècle. Ce qui crée une rupture amusante.

Les centres d’intérêt de cette pièce 

L’irrévérence, le burlesque et le comique

Irrévérence et burlesque

C’est par un subterfuge que l’auteure met en contact MA’I avec le Papeete de 2022. Il est au paradis et dieu (sans majuscule), décide de l’envoyer en mission sur terre : en 12h, il doit trouver un grand sage à qui il transmettra un message censé pouvoir sauver l’humanité. La scène 1 et la scène 2 sont totalement burlesques. Ce n’est pas un ange qui « convoque » MA’I pour l’envoyer au « dernier étage » mais « une voix féminine d’aéroport », (1ère didascalie au début de la scène 1), dieu est appelé « le boss », la « secrétaire du « Big Boss » ne semble pas insensible au charme de la voix de MA’I qui semble « partant », le paradis ressemble à une entreprise moderne il y est question de « logiciel » qui permet à MA’I de devenir polyglotte, et MA’I est « branché sur le CLOUD » pour se trouver en présence de dieu.

Dieu a des préoccupations bien « terrestres : il parle à un interlocuteur du fait qu’ils ont « bien plumé au poker » un autre habitant du paradis puis prend un ton solennel pour s’adresser à MA’I et se montre d’une parfaite mauvaise foi quand MA’I lui dit qu’il ne souhaite pas retourner sur terre. MA’I lui répond avec des formules grandiloquentes mais essaye d’éviter la mission dont il est chargé mais il n’a pas le choix et la mission est tout aussi farfelue que le contexte, Au bout de douze heures seulement il doit revenir à l’endroit de son « atterrissage » pour pouvoir retourner au paradis. Suspense : le spectateur ou le lecteur ne connaîtra qu’à la scène 12 le contenu du fameux message que dieu a murmuré à l’oreille de MA’I et ce qui s’en suit !

D’autres scènes parfaitement burlesques se passent à Londres au XVIIIe siècle : après la scène 7 durant laquelle, à la cour du roi, la marquise, le vicomte et Lady Hamilton devisent dans l’antichambre de l’atelier du peintre Joshua REYNOLDS qui fait un portrait de MA’I, dans la scène 11, tout aussi mystérieusement incluse dans la pièce, les trois compères mettent en scène une petite comédie qu’a imaginée la marquise, particulièrement persuadée de l’infériorité du « sauvage ». Le vicomte est habillé en femme et Lady Hamilton en homme et la marquise a parié qu’ils pourraient duper OMA’I (c’est ainsi qu’ils l’appellent). Tous sont rassemblés autour du portrait de MA’I avec le peintre REYNOLDS et pendant ce temps se joue une petite pantomime durant laquelle MA’I, qui n’est pas dupe du déguisement, se rapproche de Lady HAMILTON qu’il va séduire et enlever sans que les autres protagonistes s’en aperçoivent (Cela rappelle bien sûr l’épisode de Jeanne BARRET que les Tahitiens de la Pointe Vénus identifient immédiatement comme une femme malgré son costume d’homme et à qui ils sont prêts à rendre tous « les honneurs » dus à son sexe !)  

COMIQUE DE CONTRASTE, QUIPROQUO, etc.

Le décalage dans le temps permet à l’auteure de mettre en scène des moments drolatiques.  MA’I va rencontrer successivement deux jeunes gens de milieu populaire qui font hurler leur poste radio portatif et s’expriment en « langue des jeunes » avec lesquels va avoir lieu un dialogue plein de malentendus et quiproquo (scène 3), puis un passant très tatoué qu’il va prendre pour un ari’i nui à cause de ses tatouages mais qui ne parle pas tahitien (scène 4), puis un commençant chinois qui, lui, parle parfaitement tahitien mais se prétend chez lui à Tahiti (scène 5). Ensuite s’établit (scène 6) le contact qui ne cessera plus avec ANAMUA (son nom signifie le pilier d’entrée du dôme céleste), qu’il ne quittera plus jusqu’à la fin mais avec qui scène 8 et 9 il rencontrera une femme transgenre RA’I avec qui s’établira un dialogue parfois très drôle qui semble réconcilier les deux époques. Entre temps scène 7 et 11 s’intercalent ex abrupto les deux scènes qui nous transportent au XVIIIe siècle à la cour du roi Georges III et la scène 11 est digne d’une scène de théâtre de boulevard !

Le comique est moins prononcé dès la scène 10 car ANAMUA révèle à MA’I ce qu’est devenu son pays et le fait que les gentils visiteurs, porteurs de culture sont devenus des colonisateurs qui ont pris les terres, imposé leurs lois et les essais atomiques. À la scène 12 MA’I comprend la gravité de la situation et la raison de sa mission mais ne voit pas en quoi son message qu’il confie à ANAMUA peut sauver les hommes. Elle lui paraît en effet la personne la plus sage qu’il ait rencontrée puisque les autres sont GANDALF (personnage du Seigneur des anneaux évoqué par le jeune MATAHI à la scène 3 et Maître YODA (de Star Wards) dont lui parle ANAMUA, qui sont des personnages de fiction littéraire ou cinématographique) !

Mais le dénouement est tout aussi « décoiffant » que le début de la pièce (le spectateur ou le lecteur le découvrira) et délivre un message optimiste dans cette pièce qui est une comédie à rebondissements : non pas « une folle journée » mais une folle demi -journée, qui se termine par un dernier jeu de mot (allusion au célèbre film Le ciel peut attendre).

Quant aux messages des acteurs qui saluent ils ont très amusants chacun livre son interprétation du fameux message et apparaît Maître YODA en personne pour conclure.

Une façon originale d’évoquer le personnage historique que fut MA’I

Dès la scène 1, la « Voix féminine » sous prétexte de vérifier ou de demander quelques renseignements à MA’I évoque ou fait raconter à MA’I les épisodes de sa vie. MA’I apparaît d’ailleurs à la scène 3 couché sur un banc et la tête sur son fameux tabouret qui est exposé au Musée de Tahiti et des Iles actuellement. Et tout ce qu’on apprend sur lui est réel. Son nom déjà est MA’I et non OMAI puisque la particule « o » en tahitien précède les noms propres, ce qui fait que les navigateurs parlaient d’OTAHITI et d’OMAI. MA’I explique cette règle à la « Voix féminine ». Il est réellement né à Rai’ātea, a embarqué sur le bateau du capitaine Tobias FURNEAUX, de l’expédition de James COOK de 1773 pour un périple de quatre ans, a suivi FURNEAUX jusqu’à Londres où il a séjourné à la cour du roi Georges III qui l’a traité avec amitié, a été logé par son ami depuis 1769, le botaniste sir Joseph BANKS, a fréquenté la cour où il a noué des amitiés, entre autres avec Lord SANDWICH, et a connu des succès auprès de certaines dames de rang élevé. Il était fort intelligent et charmant, doué pour les échecs. Il était en fait mu par un désir de vengeance à l’égard de PUNI de Pora Pora qui avait tué son père et son intérêt pour les navigateurs était lié à un désir de se procurer des armes pour venger son père en plus de sa curiosité naturelle. Tout cela il en parle à ANAMUA mais dès la fin de la scène 6 il lui avoue qu’il n’est pas le descendant de MA’I mais bien MA’I lui-même revenu sur terre pour accomplir sa mission. Nous sortons donc là du factuel pour entrer dans l’imaginaire.

Les réactions de MA’I lors de ses différents rencontres (bien que vraisemblables) et l’évolution de ses sentiments pour ANAMUA, une jeune romancière cultivée qui admire néanmoins ses ancêtres et leur savoir, sont évidemment de la pure fiction, ce qui n’enlève rien à l’apport de connaissances sur ce que l’on sait du personnage historique de MA’I.

Une vision critique de la société polynésienne actuelle et du colonialisme

CRITIQUE DE LA SOCIÉTÉ ACTUELLE

Cette comédie burlesque ne manque pas de profondeur même si tout est présenté la plupart du temps de façon ludique.

Dès son arrivée dans la Papeete d’aujourd’hui MA’I est frappé par le bruit, les mauvaises odeurs, la saleté, le manque de verdure dans Papeete. La pollution est donc dénoncée. De même dans la scène 12 ANAMUA fait allusion à la mauvaise nourriture trafiquée du XXIe siècle : « de la laitue en plastique et des poulets en caoutchouc sans goût (allusion au film L’Aile ou la Cuisse »).                                                                                                                                             

Quant aux jeunes qu’il rencontre dans la scène 3, on voit à travers les paroles de MATAHI qu’ils ne sont pas bien intégrés dans la société et sont des consommateurs de drogue (il en est question dans toutes les allusions que MATAHI fait à MA’I qu’il soupçonne d’avoir trop fumé). Et lors du salut final il évoque des plantations illicites.

La perte de la culture et de la langue sont dénoncées : le passant, jeune homme tatoué, ignore la signification de ses tatouages, ne parle pas tahitien et avoue que, même s’il danse dans un groupe de danse, il ne comprend pas très bien le reo tahiti qu’il a appris à l’école. Quant aux hommes politiques ils sont accusés de parler le tahitien pour mieux manipuler les gens : « Apparemment les hommes politiques ne disent pas tout à fait la même chose en français et en tahitien. » Paradoxalement c’est le commerçant chinois qui parle tahitien car ses grands-parents l’ont appris pour s’intégrer mais lui ne pense qu’à ses affaires. En fait tout le monde est pressé. Les gens ne prennent plus le temps de communiquer et ANAMUA apparaît comme une exception !

De plus, contrairement à la société du temps de MA’I les transsexuels ne sont pas acceptés par tous. RA’I raconte comment elle a été chassée par ses parents alors qu’elle n’avait que dix-sept ans et combien elle a dû lutter pour s’intégrer dans la société.

Cela dit, la société du temps de MA’I n’est pas idéalisée pour autant. MA’I lui-même reconnaît que « nos sociétés étaient très hiérarchisées. Les ari’i étaient tout-puissants. Quand on était un manahune, on n’avait pas le choix. » (Page 45). De plus une discussion polémique a lieu entre MA’I et ANAMUA à propos des jeunes-filles que le ari’i ou leur père envoyaient pour satisfaire les désirs des hommes étrangers puissants.

CRITIQUE DES MÉFAITS DU COLONIALISME ET DE SES MÉFAITS

Dès la scène 6, MA’I, qui n’a pas vu l’évolution de la société polynésienne, puisqu’il est mort vers 1779 parle à ANAMUA de son admiration pour la civilisation des navigateurs et pour les réalisations de leur culture. Au début, il fait l’éloge de la société des « découvreurs » qui ont apporté les armes à feu, la lecture et l’écriture, « la lumière de leurs connaissances. » (page 44). Il exprime son admiration pour la beauté des édifices de Londres, pour l’opéra, les livres, etc. Mais ANAMUA le ramène à d’autres réalités : les navigateurs ont apporté avec eux des maladies, les fusils ont permis des guerres sanglantes. Dans un premier temps elle lui rappelle tous les savoirs de leurs ancêtres : la connaissance de la navigation avec les étoiles, la connaissance des plantes, leur sagesse, leur culture, leurs légendes, leur religion et va jusqu’à accuser les Britanniques de s’être joué de MA’I comme d’un singe savant. C’est alors que MA’I lui fait la révélation du fait que « son ancêtre » n’était pas dupe et voulait avoir les moyens de se venger.

C’est seulement à partir de la scène 10 qu’elle révèle à MA’I, dont elle accepte le mystère du retour sur terre, ce qu’il n’a pas connu : « C’est juste que j’ai un peu de mal avec le complexe de supériorité de ces civilisations qui se permettent d’assujettir les autres. Venir sur une Terre et dire : « Ici c’est chez moi » (Page 74). Et lorsque MA’I proteste en disant que les navigateurs étaient des « visiteurs » Elle lui raconte la suite et le nucléaire.                                               

Les essais atomiques sont évoqués par une danse car selon l’auteure les mots sont insuffisants pour rendre compte d’un tel drame. De plus l’auteure est habitée par l’idée de « spectacle total » et elle a introduit une autre forme artistique avec la chorégraphie de Poemoana TERIINOHORAI qui a été fort appréciée par le public.

MA’I réagit en déclarant après un long silence (fin de la scène 10, page 76) : « Je n’ai pas de mots…Je suis abasourdi. » […] « Comment a-t-on pu en arriver là ? Les hommes sont donc officiellement devenus fous ! Notre terre-mère ! » Puis au début de la scène 12, page 83 « Je comprends maintenant pourquoi j’ai été chargé d’une mission. »

Il faut noter que dans les deux scènes qui se passent à la cour du roi d’Angleterre les propos dévalorisants concernant les « Otahitiens » et MA’I en particulier sont légion, surtout chez la marquise à la scène 7 (le vicomte qui connaît MA’I est élogieux) : « sauvage » (le mot revient sans cesse), « N’allons-nous pas être croquées toutes crues par cet individu ? »., « Un singe savant. » (Qui imite les Occidentaux), « laid » (car sa peau est foncée) scène 11 « notre modèle […] dont le visage si sombre ne saurait être le reflet d’un esprit lumineux. » Tous les préjugés sur les autochtones sont réunis pour annoncer la volonté des Occidentaux de les soumettre à leur civilisation (la seule véritable bien sûr !)

DEUX PERSONNAGES FACE À FACE QUI, VENUS D’ÉPOQUES DIFFÉRENTES, VONT SE REJOINDRE DANS LEUR ANALYSE DE LA SITUATION. LE MESSAGE DE LA PIÈCE

MA’I revient sur terre avec sa riche personnalité et son intelligence mais ignorant l’évolution de son pays et de la planète.  ANAMUA, jeune femme brillante, romancière cultivée qui est féministe a du mal à accepter le fait que de très jeunes femmes étaient « offertes » aux visiteurs de marque. Elle refuse dans un premier temps de prendre en compte la contextualisation historique et juge mal BANKS qui cédait aux sollicitations des jeunes femmes. Elle semble en fait très sûre d’elle et de toutes ses connaissances : « « La complexité ne me fait pas peur, tu sais, j’ai lu Lacan… » (scène 12, page 83). Plus loin dans la scène 12, elle commence à parler à MA’I de la physique quantique, des synchronicités. Mais petit à petit elle comprend, grâce à MA’I, qu’il est important de replacer les personnages dans leur contexte historique, même si certaines idées la choquent, et concède à MA’I que BANKS n’était pas une mauvaise personne.                                      

Et finalement, même s’ils proposent diverses interprétations, dont certaines sont farfelues, ils tombent assez d’accord finalement en ce qui concerne l’interprétation du fameux message délivré par Dieu dans le contexte de la Polynésie dans la période particulière du XXIème siècle.

Le message de VOLTAIRE, s’il reste pour l’essentiel le même, prend d’autres connotations en 2022 en Polynésie : « Il faut cultiver son jardin. » Cultiver son jardin c’est trouver la suffisance alimentaire, qui plus est une nourriture saine, également cultiver sa civilisation et non courir après celle des autres, retrouver la paix intérieure. Page 87, ANAMUA déclare : « Le retour à la terre » […]   « Pourquoi pas ! C’est une vérité éternelle. La même vérité qu’on trouve dans nos poèmes, dans nos chansons, dans nos paripari fenua qui chantent la terre ! Tu as raison MA’I ! »

En fait ANAMUA dans son roman pourra faire passer le message. C’est elle que MA’I a choisie, la seule personne qui a eu la sagesse de prendre le temps d’écouter un autre, venu de très loin et de croire à cet improbable retour sur terre.

Bien sûr aucune prétention philosophique dans cette pièce de théâtre si amusante mais face à une situation écologique et géopolitique catastrophique qui peut mener à l’extinction de la race humaine, un message de sagesse, d’amour et d’empathie que chacun interprétera selon son idée

La fin de la pièce, nous ne la livrerons pas, laissant le lecteur ou le spectateur la découvrir.

Pour terminer dans la bonne humeur, un extrait de la scène 3

MA’I qui vient d’atterrir à Papeete et de se réveiller sur un banc est agressé par l’odeur la laideur du lieu et le bruit, Il s’adresse à deux jeunes qui se promènent avec leur poste de musique très bruyant et doit hurler pour se faire entendre.

MA’I- Hum…Pardon, jeunes damoiseaux pour cette entrée en matière quelque peu…discourtoise, j’en conviens ?

MATAHI- « Jeunes damoiseaux » ? Alors là j’t’arrête tout de suite, mec ! J’sais pas c’que t’as fumé, mais y a pas d’homme oiseau ici (il le regarde des pieds à la tête) Waouh ! C’est quoi cette tenue ! Dans dec’, man c’est fini Hallowen ! (Les deux jeunes rient et se font un fist bump puis le déclinent par de nombreux gestes…Regard éberlué de Ma’i)

MA’I- Toutes mes excuses pour cette méprise, jeune… (il lit sur le t-shirt de Matahi, écrit en gros, la marque Calvin Klein) jeuneCalvin de la famille Klein.

MATAHI- Comment tu m’as appelé ?

MA’I- Calvin Klein ? J’ai connu un jeune marquis de Klein à la cour de mon cher ami le roi George.

MATAHI- Oouah ! C’est hot ton truc, là ! Je sais pas ce que t’as fumé, bro, mais moi je ne m’appelle pas Calvin Klein !

MA’I- C’est que…Il me semble avoir vu votre nom écrit sur votre vêtement !

MATAHI- Wazaa ! Alors toi, t’es un bon ! La classe internationale, bro ! Calvin Klein c’est pas moi, man ! C’est la marque de mon t-shirt ! Moi, c’est Matahi : Matahi de Paea ! Si c’était moi, je t’assure que je serais pas là à trainer dans les rues de Papeete avec mon brad ! Je serais dans un hôtel cinq étoiles à siroter des cocktails avec des petits parapluies de toutes les couleurs, tu vois le topo ? (Les deux amis se font à nouveau un rituel de fist bump)

MA’I Papeete, dites-vous ?

MATAHI- Ben oui, on est ici à Papeete ! D’où tu sors, man ?

MA’I- Comment ce panier d’eau a-t-il pu devenir aussi sale et bruyant ? Et cette odeur qui heurte mes sens !… Et ces papiers sales ! Où sont passés les māpē ? Les banians ? Les manguiers ?

MATAHI- Eh ben ça doit faire sacrément longtemps que t’es pas venu ici parce que les māpē et els manguier, moi j’en ai pas vu beaucoup dans la ville à part au parc !

MA’I- Papeete est donc devenue une ville ?

MATAHI- Jo, t’as vraiment abusé ! Oui, on est à Papeete, capitale de Tahiti. Et tu te rappelles qu’on a passé l’an 2000 ?

MA’I- Pardon, je ne m’appelle pas Jo. Mon nom est Ma’i. Il faut m’excuser. Je viens de très loin et j’ai connu cette île il y a fort, fort longtemps. Voilà donc à quoi ressemblent la capitale de Tahiti et ses habitants passé le deuxième millénaire ! Quel chaos !

MATAHI- Ah oui, K-O technique, là ! T’es vraiment sonné, on dirait !

MA’I- Mais peut-être pouvez-vous m’aider ?

MATAHI- Dis toujours…

MA’I- Je suis à la recherche d’un grand sage auquel je dois délivrer un message de la plus haute importance. Savez-vous comment je peux le trouver ?

MATAHI- Un grand sage ?

MA’I- Oui, un être doté d’une grande sagesse.

MATAHI- Avec une longue barbe blanche et un grand bâton genre Gandalf ?

MA’I- Peut-être…Savez-vous où je peux le trouver ?

MATAHI – (riant) Faut aller voir Le Seigneur des anneaux,mon gars ! Y a pas de Gandalf à Tahiti ! Fait trop chaud pour le chapeau pointu et le grand manteau !

MA’I- Mais peut-être que vous savez où je peux en trouver un ici ?

MATAHI- Connais pas de grand sage, moi. Tu as son vini ?

MA’I- Un vini ? Euh… non.

MATAHI- Tout le monde a un vini, maintenant.

MA’I- Ah bon ? Et pour quoi faire ?

MATAHI- Pour l’appeler, tiens, Einstein !

MA’I- Einstein ?

MATAHI- Je ne sais pas comment c’est chez toi, mais ici tout le monde a un vini !

MA’I- Ça alors ! tout le monde a un vini

MATAHI- Eh oui, mec ! Un vini !

MA’I- très intéressant… j’ai vu en Europe des personnes communiquer par pigeon voyageur. Mais à Tahiti la communication par vini jamais !

MATAHI- Par pigeon voyageur ! Hahaha ! Tu viens du Moyen Âge ou quoi ? Genre tu as le temps de mourir quinze fois avant d’avoir la réponse à ta question ! Hahaha ! Non, gin, avec un vini c’est plus rapide. Tout ce que tu as à faire d’abord c’est sortir ton vini de ta poche…

MA’I- Le sortir de votre poche ? La pauvre petite chose est donc confinée dans une poche ? Vous lui mettez des graines pour qu’elle y reste ?

MATAHI- T’es trop chelou, toi ! C’est juste un vini, ‘gin. Tu le sors de ta poche, tu appelles ton gars et tu lui parles. C’est aussi simple que ça.

MA’I- Si c’est pour appeler une personne, pourquoi avoir un vini ?

MATAHI- Mais avec un vini, tu peux joindre quelqu’un qui est en Chine ou en Afrique, si tu veux ! Tiens, regarde ! (Il sort son téléphone)

MAI- Oh ! Oh ! Oh ! Je comprends mon erreur ! Voilà donc l’objet que vous appelez un vini ! Et qui n’a rien à voir avec le petit oiseau du même nom !

MATAHI- Non mais gars, tu pensais quand même pas qu’on était tordus au point de se fourrer des oiseaux dans les poches ! Trop space, le man ! Regarde, c’est tout simple, tu tapes le number de ton gars, tu appuies sur « appel » et tu attends que ton pote te réponde.

MA’I- Quelle technique extraordinaire !

[…]

Cet extrait donne une idée de la qualité de cette comédie à voir ou à lire ! Les deux si possible !

image_printImprimer/PDF

Laisser un commentaire

Partage