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Le disque est rayé, je le sais. Encore et encore la même chose. Éric Chevreuil et « son » atoll perdu de Clipperton, l’île de la Passion, le caillou, la bâtarde de la République. Je suis à court d’énergie, de salive, d’encre. Je ne sais plus à qui parler ni quoi faire. Quatorze ans de combat pour conserver Clipperton dans les infos, 14 ans à décoder la langue de bois parisienne, à exposer la non-gestion et l’abandon d’une terre de France magnifique. Quatorze ans déjà et rien n’a vraiment changé. J’ai mal à Clipperton ! J’ai mal à la France !

« Gestion étrange »

Depuis 2012, toutes mes demandes d’autorisation pour m’y rendre ont été refusées. Trop dangereux, une menace pour l’écosystème. Le 23 novembre 2016, une aire protégée a été créée dans les 12 miles autour de l’atoll (ce qui correspond déjà aux eaux territoriales, il me semble, où l’accès est déjà très contingenté). Interdiction de s’arrêter, de débarquer, de prélever quoi que ce soit (de la noix de coco à la langouste, en passant par un morceau de corail) sous peine de confiscation du navire, d’une lourde amende et peut-être même de prison. (2016, effet d’annonce à l’issue de l’expédition « Pristine Ocean » du National Geographic américain, Mme Ségolène Royal, ministre de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer). Depuis 2012, mon premier voyage, des autorisations ont été données à des groupes les plus farfelus – Clipperton Project, une expédition internationale mais surtout mexicaine, partie sur Clipperton pour y achever une fusion entre la science, l’art et l’histoire, et ils ont failli y laisser la peau, mangeant des nouilles à l’eau de mer, la même où ils faisaient leurs besoins, et empilant des déchets pour faire leurs sculptures… -, trois expéditions de radioamateurs, expéditions lourdes par excellence avec groupes électrogènes, quads, tentes, des tonnes de matériel, deux ou trois douzaines de personnes, et souvent des déchets abandonnés (en particulier pour les expéditions Cordell). Il y a eu un yacht de luxe de San Diego – de belles photos à terre, langouste tous les jours. Et puis il y a eu une compagnie américaine de pêche au thon (une année, légale, redevances) et quelques expéditions scientifiques franco-mexicaines dans le cadre des accords de pêche, avec en particulier l’expédition lourde Passion 2015 et son détachement militaire, pour la première fois depuis les missions Bougainville de la fin des années 1960, et même des Canadiens, certainement perdus. Toujours beaucoup de voyages illégaux au départ du Mexique dont a profité votre serviteur, mais aussi les senneurs sud-américains et peut-être asiatiques (nous avons une surveillance satellite de l’atoll et de la ZEE… mais les résultats sont classifiés, ainsi nous, les électeurs et contribuables, ne pouvons pas poser de questions à notre gouvernement quant à ses actions vis-à-vis des contrevenants détectés !). Ajoutez à cela les voiliers et autres navires de passage, et ceux qui viennent s’échouer après une longue dérive …

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1 réflexion au sujet de « « Plaidoyer pour des fous » : le combat d’Éric Chevreuil pour préserver Clipperton »

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