Il s’agit donc du deuxième article concernant l’œuvre littéraire de Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun qui s’illustra dans de très nombreux genres littéraires. Il concerne ses deux livres satiriques, le recueil d’articles et de poèmes publié sous le titre Les voies de la tradition et l’œuvre poétique sous toutes ses formes. Nous essayons d’en faire une rapide…

UN PAMPHLET VIRULENT : LE SALE PETIT PRINCE, 1995 (écrit entre novembre 1993 et novembre 1994).
Ce pamphlet, illustré par sept amis de Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun dont Aimeho Charousset, et parfois par lui-même, choque avant même la lecture par son titre (parodie de l’œuvre de Saint-Exupéry) et le dessin de Munoz, représentant le personnage éponyme, la bave aux lèvres et tirant la langue tout en frappant avec violence les touches d’une machine à écrire. Le ton est polémique et satirique dès la préface et tout au long des « quarante-neuf épisodes » que l’auteur lui-même qualifie « tantôt moralistes, tantôt triviaux, teintés de sarcasmes ou d’humour très noir » (page 164). Les divers courts « chapitres » s’en prennent à de très nombreuses cibles dont la principale est « le régent » qui a mis le « prince » en prison (son identité ne fait pas mystère !). On peut citer « les nègres » qui écrivent les textes des membres du gouvernement, « les syndicaleux », accusés de collusion avec le gouvernement, « le tyran » (autre nom du « régent ») qui s’entoure de « potiches », « les filles dorées de la bourgeoisie », « l’État incestueux » et même les indépendantistes. L’auteur ne recule pas parfois devant l’emploi de mots grossiers. L’excès est la règle. Le livre se termine par l’annonce du « départ » du sale petit prince : « Mutant fou d’une combinaison hasardeuse entre le fils imaginaire du Prince de Machiavel en révolte contre l’autoritarisme de son père et le Petit Prince de Saint-Exupéry, qui, las de faire rêver les hommes, leur botterait à présent le cul pour n’avoir pas su l’entendre, le Sale Petit Prince en a assez des monstres. Il part et en reviendra pas. » (fin du texte page 164).

Cette œuvre excessive comporte des passages parfois un peu répétitifs mais aussi d’autres remarquablement écrits avec une verve réjouissante. Il faut noter qu’elle a été rédigée juste après la période où l’auteur a perdu son emploi pour avoir osé défier le pouvoir en place, comme il le retraduit clairement dans son roman d’origine autobiographique Le Bambou noir (épisode dans lequel le Tahitien milite activement contre la construction d’un hôtel de luxe sur un site sacré de Puna’auia à la pointe Nu’uroa).
Effectivement, l’auteur se tournera désormais vers la littérature et la réflexion constructive, même si un essai satirique vit le jour en 2010 concernant les anthropologues.
UN ESSAI SATIRIQUE : L’ÎLE AUX ANTHROPOLOGUES (éditions Le Manuscrit, 2010). Petit traité d’anthropologie satirique.
Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun, rappelons-le, avait une très solide formation en anthropologie et en ethnologie.
Reprenant, comme il le dit dans l’introduction du livre, l’idée que, dans l’ancienne Polynésie, les oiseaux étaient vus comme des sortes de messagers entre les dieux et les hommes, il compare dans cette œuvre, de façon parodique, les anthropologues étrangers qui croient pouvoir expliquer, avec leur grille rationnelle de déchiffrage (ils appliquent « la raison scientifique à la science de l’homme », page 8), la culture mā’ohi dans son entier, à des oiseaux migrateurs venus envahir « L’Île aux anthropologues » qu’est devenue la Polynésie. L’auteur se dit donc préoccupé, face à cette « invasion », de « sauvegarder les anthropologues autochtones ».

Dans cette œuvre, l’île représente, selon l’auteur lui-même, certes le territoire concret de la Polynésie française mais aussi « une contrée virtuelle : l’anthropologie ». D’après lui, cet essai est « un discours allégorique et satirique visant à replacer l’homme au centre de l’histoire, l’anthropologie dans toute son humanité et, au final, le Mā’ohi aux commandes de son propre devenir historique, politique, économique, social et culturel. » (page 10).
Tout le livre est donc fondé sur cette métaphore filée entre les oiseaux et les anthropologues. L’auteur distingue, par exemple, les anthropologues migrateurs et les sédentaires, qui tous « pondent » des articles. Il explique comment avant d’être découverte l’île aux anthropologues fut un continent mythique, puis fustige la prétention des Occidentaux, persuadés d’être les plus grands navigateurs et ne pouvant pas envisager que des « sauvages » aient pu accomplir de grandes traversées maritimes. Selon lui, ces anthropologues sont « nés du croisement des naturalistes et des philosophes du XVIIIe siècle », ils sont attirés par « l’île mystérieuse » (titre du chapitre 1), ce sont des sortes de vampires qui se nourrissent de la pensée et de la manière de faire des autochtones et cherchent à expliquer leur comportement avec leur propre grille de déchiffrage (non adaptée).
Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun se livre ensuite à une sorte d’historique de la pensée occidentale par rapport au « mythe du continent austral », puis évoque la découverte mais aussi « la civilisation mā’ohi ». Ensuite, durant plusieurs chapitres, il décrit, toujours sous forme métaphorique, les anthropologues en les caractérisant (« Rapaces, Échassiers, Palmipèdes » et « depuis une trentaine d’années […] l’Anthropologus tahitiensis, consécutivement au croisement d’anthropologues migrateurs et d’espèces endémiques » (page 48). Il diversifie ensuite les espèces, puis cite « une dernière espèce d’anthropologue inclassable […] l’oiseau moqueur : le Pambrunis culturalis. Dépité, il s’était volontairement dégarni de ses plumes d’anthropologue et revêtit celles de l’écrivain pour pouvoir en toute impunité continuer à tourner en ridicule ses congénères. » (pages 54-55). On voit que la satire de l’auteur s’étend aux anthropologues tahitiens et à lui-même, qui, avant de devenir écrivain, fut formé selon les normes occidentales à l’anthropologie. On peut remarquer l’emploi de noms latins, inventés bien sûr, pour parodier le discours savant de certains anthropologues.
Après avoir parlé du « régime des anthropologues » (chapitre 7) : insectivores, frugivores, etc., qui, pour certains, vont jusqu’à « dévorer » des anthropologues autochtones dont quelques-uns doivent « quitter leur habitat traditionnel », l’auteur nous présente sur plusieurs chapitres l’évolution dans le temps des anthropologues. Il évoque « les premiers anthropologues », « les anthropologues coloniaux », « les derniers anthropologues », à qui il reproche aux premiers d’avoir « aménagé leur île sur les ruines de l’ancienne civilisation », aux seconds d’avoir travaillé sous le « patronage des autorités coloniales » et d’exercer une sorte de « racisme scientifique », et aux derniers (« en voie d’extinction après la Seconde Guerre mondiale ») d’exercer « un nouvel impérialisme anthropologique » qui « répand son impuissance au moyen d’une empathie creuse et pleine de bonnes intentions » (citation par l’auteur d’un texte de Bojan Baskar en tête du chapitre 9). De plus, il accuse ces derniers d’avoir privilégié les sources écrites par des découvreurs ou autres Occidentaux au détriment des récits oraux d’autochtones qui ont hérité de la tradition même si celle-ci a évolué au fil des siècles (avant même l’arrivée des Européens).
Vient le tour (chapitre 11) de l’anthropologue tahitiensis (ou anthropologue mā’ohi) qui ne trouve pas entièrement grâce aux yeux de l’auteur. Il s’amuse à les désigner comme des espèces d’oiseaux, en rajoutant un article défini devant leur nom (dont le sien) : « le Raapoto, Le Pambrun, le Maamaatuaiahutapu », etc. Il souligne leur difficulté à se faire reconnaître par les « anthropologues migrateurs » mais aussi par les autochtones et l’individualisme de certains. Pour finir, il se demande « si une pensée anthropologique mā’ohi débarrassée de tous les avatars de la pensée occidentale est encore possible ». Il donne une réponse positive mais sous certaines conditions : « L’anthropologue tahitiensis doit décider sans prétention de faire partager ses valeurs à l’Occident et, surtout, s’appliquer à suivre les enseignements et les préceptes des derniers maîtres des paroles originelles de la Terre que sont les tahu’a-parau-tumu-fenua, les spécialistes immémoriaux de la connaissance mā’ohi. » (NDLR : il convient de rappeler que tahu’a ne signifie pas « sorcier », même s’il existe des tahu’a de la sorcellerie, mais « spécialiste », donc ces personnes représentent les gardiens de la tradition, ceux qui connaissent parfaitement les mythes et la culture originelle).
L’auteur explique que ces Anthropologues tahitiensis, qui sont souvent des acteurs culturels (enseignants, interprètes, écrivains, dramaturges, chorégraphes, etc. qui transmettent ainsi leur savoir), doivent envisager une stratégie commune afin d’éviter « la confiscation du savoir mā’ohi » par les autres anthropologues qui se cooptent entre eux et élaborer « une nouvelle discipline scientifique appliquée, spécifiquement polynésienne » et l’écrire « pour reprendre définitivement possession de leur île annexée depuis trop longtemps par les anthropologues migrateurs » (page 103).
Il faut rappeler que l’île désigne non seulement le territoire de la Polynésie française mais l’anthropologie.
Il est ensuite précisé que le langage des anthropologues migrateurs (comparé à des cris) est la plupart du temps incompréhensible par d’autres personnes que leurs semblables, mais que les anthropologues autochtones, eux aussi, écrivent en français en maniant aussi des concepts ce qui ne facilite pas la communication avec leurs concitoyens. Il faut, selon l’auteur, qu’ils parlent d’eux-mêmes et de leur culture (et non en concepts) car les anthropologues migrateurs, quant à eux, ne parlent jamais de leur culture mais toujours de celle des autres peuples, ce qui empêche la communication véritable avec les anthropologues autochtones et le dialogue des cultures. « Et si nous voulons parler de nous, il suffit de nous rencontrer entre nous » est la phrase qui clôture ce chapitre.
Il est reproché ensuite aux anthropologues migrateurs de refuser totalement l’irrationnel ainsi que « l’imaginaire et le rêve véritable » tout en se passionnant pour l’irrationnel pour mieux faire sur la culture mā’ohi des « commentaires paternalistes désobligeants ». La question que pose ensuite l’auteur est de savoir à quoi sert la pensée des anthropologues migrateurs : elle ne soigne pas, ne corrige pas les inégalités, et la question se pose de savoir « comment une pensée exogène peut comprendre une pensée autochtone ». En effet, selon l’auteur, les Occidentaux aiment la confrontation et l’opposition alors que les Mā’ohi veulent trouver « un terrain d’entente » […] « pour un projet au service de la collectivité ». Les anthropologues occidentaux sont donc soupçonnés d’avoir « l’intention consciente ou non […] de gouverner et d’administrer » les autochtones (page 123).
En fait, les anthropologues occidentaux ne rêvent pas et ne racontent pas leurs rêves (contrairement au Pambrunis culturalis) mais ils se sont fabriqué des rêves à partir des récits des « découvreurs », dont Bougainville, et continuent inlassablement à s’interroger sur ces « bons sauvages » et, par exemple, sur « l’origine des migrations, l’organisation sociale, politique et religieuse ancienne et même contemporaine des Polynésiens ». Ils sont fascinés par « l’aventure des Mā’ohi ».
L’auteur conclut son ouvrage par un souhait qu’il formulait déjà de façon un peu différente dans L’Allégorie de la natte (1993). Il faut que les anthropologues apprennent « à tenir la raison en échec par le corps et le sentiment du corps ».
UN ESSAI QUI REGROUPE DES TEXTES DE DIVERSES ÉPOQUES EN PROSE OU DES POÈMES CONCERNANT LA TRADITION : LES VOIES DE LA TRADITION (Éditions Le Manuscrit, 2008). Recueil.
Ce recueil de trente-trois textes, dont douze poèmes, écrits sur une vingtaine d’années traite de l’importance de la tradition, comme le titre l’indique, reprenant les idées développées dès 1993 dans L’Allégorie de la natte. Ils sont issus de diverses revues : revue du Fare Tauhiti Nui, Dixit, revue Littérama’ohi, revue Toere, journal La Dépêche, et l’auteur transcrit même le texte intégral du film Pour un soir à Vaiete. Beaucoup sont inédits, tous les autres indiquent leur support de publication initial, tous sont datés. L’auteur, dans sa préface, précise son projet : « L’objectif de ce livre est avant tout de faire partager au lecteur un parcours et une pensée, avec sa cohérence autant que ses contradictions, pour juger par lui-même du bien fondé de se référer aux valeurs traditionnelles en ce début de XXIe siècle. »

Les textes en prose
Ils traitent tous de la tradition, mais en abordent divers aspects. Nous essayons de mettre en lumière les plus importants. Les plus anciens textes ont été écrits en 1980, le plus proche de la date de publication en décembre 2007. Cela nous permet de constater la constance de la vision que l’auteur a de l’importance de la tradition, mais aussi d’apprécier l’évolution de ses préoccupations. Par exemple, les textes de 2005 jusqu’à 2007 prennent en compte le « taui » (bouleversement politique qui a conduit les indépendantistes au pouvoir.)
Il faut citer le court texte IX Projet De Société (Pensée 1990) qui résume la vision que Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun a de la Tradition et du rôle de la culture. Le texte est d’ailleurs cité intégralement à la fin du texte XXXIII (le dernier de l’œuvre) Parce que la Terre conserve notre Mémoire… publié en décembre 2007 dans Littérama’ohi :
« Quand bien même les idéologies et les institutions passent et meurent, la tradition demeure. En Polynésie, il ne peut y avoir de projet de société viable qui ne soit fondé sur la culture polynésienne. » (page 53).
Un autre aspect de la tradition est affirmé dès le texte I La Révélation (Aneti, voyant tahitien, 1980). La Tradition est perçue par la voie du cœur (idée centrale de L’Allégorie de la natte) et la religion ancienne, le lien avec les ancêtres. Extrait :
« Je vois bien que tu t’interroges sur les choix passés et futurs de la tradition. Pour les comprendre, n’oublie jamais qu’il y a un dieu qui sommeille en chacun de nous (NDLR : c’est moi qui souligne). Si tu acceptes de le réveiller et de te montrer impeccable en tout, alors tu sauras quelle voie emprunter. » (page 15).
La religion des ancêtres est donc réhabilitée par l’auteur. Comme le dit Hiti Teparii dans la postface de L’Allégorie de la natte : « Jamais Polynésien ne porta la réflexion jusqu’à la limite-transfuge entre le culturel et le cultuel ».
Dans le texte XX Tradition et création, interview par Gérard Bianchi dans le journal La Dépêche du 24 octobre 1999, l’auteur affirme « On se rend compte que les gens continuent à accorder importance à la spiritualité ancienne. » Un peu plus loin, dans le même article, il affirme : « Si l’on veut redonner une intégrité à tout cela (les pratiques artistiques) et permettre aux Polynésiens de se sentir mieux dans leur peau, d’avoir une dignité, une fierté d’être complétement mā’ohi, il faut qu’ils retrouvent leurs croyances. Il ne faut donc plus voir les anciennes religions comme étant du domaine de la superstition, le pré carré du diable. Il y a là une forme de libération culturelle qui est à la portée des Polynésiens. » (page 141).
Ce positionnement est encore plus clairement affirmé dans l’article XXIII Resacraliser la culture Ma’ohi (Te Fare Tauhiti Nui N° 24, mars 2000) :
« Une resacralisation qui passe nécessairement par, ce qu’Henri Hiro et bien d’autres avaient identifié sans pouvoir ou vouloir aller jusqu’au bout, l’affirmation des croyances spirituelles et religieuses mā’ohi. Partir de là où Henri Hiro s’est arrêté… la religion mā’ohi, la pierre d’achoppement de nos pensées et de nos actions. La pierre qui ne demande qu’à être remise à sa place… à l’angle de la voûte des temples qui restent à ériger pour que tout ait de nouveau un sens et que tous nos combats n’aient pas été vains. »
On peut citer également le texte XII Les âmes ont une vie (in L’écho de Tahiti Nui, 26 juillet au 2 août 1995) dans lequel l’auteur évoque l’article de Louise Peltzer « La mort dans la tradition polynésienne » (in Société des études océaniennes, mars-juin 1995). Cet article parle de la migration des âmes, l’âme pouvant « s’absenter » volontairement d’un corps, pour rattraper une autre âme par exemple, la personne paraissant alors morte, puis y retourner et reprendre vie si son corps, n’a pas été « occupé » par une autre âme à la recherche d’une enveloppe charnelle. Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun illustre ce propos de Louise Peltzer en racontant le songe de Vai-rau-mati qui quitta son corps pour rattraper l’âme de son fils qui s’était noyé et le ramener dans son enveloppe charnelle. Celle-ci eut la mauvaise surprise, lorsqu’elle voulut regagner son corps, de constater qu’une autre âme s’y était glissée et que son mari ne s’en rendait pas compte, croyant son épouse revenue. Après bien des péripéties, elle finit par pouvoir regagner son corps, la fausse épouse étant morte suite à l’apparition d’un tāura (« animal fétiche familial »).
Dans l’article XXX Le Passé est toujours présent, l’auteur, dans un discours prononcé à l’occasion du vernissage de l’exposition « La danse des costumes » au Musée de Tahiti et des îles le 17 juillet 2006 évoque également le mana(« force spirituelle ») qui habite toujours certains objets du passé ou d’objets récents qui ont été conçus dans le respect de la tradition.
LA PERPÉTUATION DE LA TRADITION
On peut donc comprendre également, d’après cet article XXX, que Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun ne considère pas que la tradition est la reproduction du passé ni une réinvention :
« On ne réinvente pas la Tradition, on la perpétue sous les formes qui nous plaisent et avec les matériaux disponibles, pourvu que l’esprit de la Tradition ne meure pas. » (page 190).
Dans l’article XXVIII La culture mā’ohi entre tradition et création, il cite Turo Raapoto : « Si l’imagination peut se définir comme la faculté de créer du nouveau à partir de de l’ancien, alors il est de notre devoir de comprendre, de nous imprégner de notre passé, de notre langue pour créer un monde nouveau à notre image et à notre dimension. Il ne s’agit surtout pas de remplacer l’ancien par du différent. » (article Maòhi, Journal des Missions évangéliques, Paris, 1978, page 180). Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun commente cet extrait d’un article de Turo Raapoto en affirmant : « Faut-il nous transformer pour être et grandir par nous-mêmes, ainsi que nous l’a enseigné Ta’aroa ou nous travestir pour plaire au monde extérieur ? La réponse est claire : l’art mā’ohi peut gagner ses lettres de noblesse en sachant créer des œuvres qui nous ressemblent. » (journal Toere du 24 au 31 mars 2005, page 181).
Il faut d’ailleurs rappeler que Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun a écrit et publié en 1998 une légende polynésienne créée par lui-même : La fondation du Marae, la légende du scolopendre de la mer sacréequi respecte les codes des légendes traditionnelles.
COMMENT S’APPROPRIER LA TRADITION ET ÉVITER LES ÉCUEILS
Selon Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun, les Polynésiens contemporains peuvent se réapproprier la tradition par les témoignages des anciens et la transmission orale : « Car il est vrai que, même si sur la terre les pierres basculent, tant qu’il y a des hommes qui savent, les lieux d’habitat, de culte, de rencontres communautaires et de pouvoir peuvent être reconstitués. » (texte II La tradition des mots, texte inédit, 1986, pages 17 et 18).
Plus loin, dans le même texte, il affirme la puissance du cœur : « Les portes du cœur condensent l’infinitude de l’espace et du temps. Les portes du cœur désentravent celles de la connaissance et permettent à celles-ci de sortir du dedans des anciens pour pénétrer le dedans des enfants et fonder leur alliance dans l’unicité du voir. » (pages 19 et 20).
Comme il le redit dans L’Île aux anthropologues (2010) : « […] il peut exister une anthropologie océanienne pourvu qu’elle réponde aux besoins et aux aspirations de l’homme océanien, qu’elle se tienne aux limites et aux possibilités de son propre univers, qu’elle décide sans prétention de partager ses valeurs à L’Occident et, surtout, qu’elle réalise cette condition sine qua non de s’appliquer à suivre les enseignements et les préceptes des spécialistes océaniens des paroles originelles de la Terre. Pourvu, en définitive et ainsi que je l’ai déjà proposé, que le chercheur accepte de se dévêtir de ses loques d’anthropologue afin de parler tout simplement de ce que son cœur et son corps lui ont appris. » (texte VIII Des traditions orales, texte inédit, 1993, page 50).
Une autre voie d’accès à la tradition est le rêve dont il sera question dans L’Île aux anthropologues et que Jean-Marc Pambrun évoque souvent dans ses diverses œuvres. (Lire l’article de mai 2023).
Et il faut aussi « croire au mana » : « […] la tradition ne se prend pas et ne se livre pas aussi facilement à ceux qui ne peuvent pas se montrer impeccables à ses yeux. Elle se mérite à ceux qui croient au mana et en sont investis. Elle a ses règles d’initiation et livre ses secrets à ceux qui s’initient au tapu et en respectent les règles. » (texte XV Le souffle de la tradition, revue Te Fare Tauhiti Nui N° 15, 1998, page 121).
Cependant, il faut éviter les écueils
Ne pas confondre tradition et folklore : « Pour les uns, la tradition ne vaut que parce qu’elle est vécue par les Mā’ohi eux-mêmes, pour d’autres, elle est essentiellement un produit destiné à vendre l’image de marque de la Polynésie française. Dans le premier cas, on accordera autant d’importance au contenu qu’à la forme. Dans le second cas, seule la forme, pour ne pas dire l’image carte postale sera privilégiée. » (texte XIII Clairs-Obscurs Mā’ohi,Dixit, 1997, pages 93, 94).
D’autres dangers menacent le patrimoine et la tradition : « Notre patrimoine est-il en danger ? À cette question je réponds oui sans hésiter à la condition de préciser que ce n’est pas notre patrimoine ancestral, mais plutôt ce qu’il en reste, ce qui a survécu à des décennies d’acculturation et d’assimilation religieuse des populations polynésiennes. […] Et ces dangers se nomment dans leurs formes les plus concrètes : urbanisation, spéculation immobilière, infrastructures touristiques, industrialisation, terrassements et remblais, sans parler de tous les cortèges de valeurs et de modèles occidentaux déculturants. La terre est saignée, démembrée, défigurée, violée, enfouie sous le béton et les Polynésiens en portent les stigmates dans leur mode de vie et leur mode de pensée. » (texte XXXIII Parce que la terre conserve notre mémoire… revue Littérama’ohi, décembre 2007).
Un autre aspect de la tradition : la médecine traditionnelle
Deux textes sont consacrés à la médecine traditionnelle : le texte XI Notre santé est entre nos mains écrit en 1993 et le texte XXIX Contribution à une politique de la santé publique (revue Toere du 28 avril au 6 mai 2005). Le second reprend l’essentiel des propositions du premier, plus détaillé, car entre-temps, en 2004, a eu lieu un important évènement politique : le Taui (changement politique) et en 2005 les indépendantistes étaient au pouvoir d’où l’idée d’écrire une contribution pour un changement concernant la politique de la santé. Le texte de1993 proposait déjà que la médecine traditionnelle soit « complémentaire de la médecine moderne ». Ces propositions concernaient le monde océanien et évoquaient aussi bien l’activité des guérisseurs que les soins par les plantes et le massage, et proposaient entre autres la constitution de jardins des plantes médicinales et une véritable légalisation de la médecine traditionnelle. En 2005, l’auteur demande au gouvernement d’enfin officialiser la médecine traditionnelle, de créer un institut d’anthropologie médicale qui assure la transmission des savoirs et bien sûr de créer un jardin des plantes traditionnelles.
LES TEXTES EN VERS
Comme nous l’avons indiqué au début de l’article sur cet essai, parmi les trente-trois textes, douze sont écrits en vers, tantôt des vers libres, tantôt des vers rimés (et même deux sonnets non réguliers). La plupart de ces poèmes concernant la tradition ont été publiés en 1998 et 1999 dans la revue Te Fare Tauhiti Nui lorsque Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun était directeur de la Maison de la culture. Un soir à Vaiete (texte XXII) est le texte écrit par l’auteur pour le film du même nom qui rend hommage à Tahiti et à la place Vaiete où se déroulait le Heiva qui permet aux Polynésiens de renouer avec leur culture et la tradition. Les autres textes ont été écrits dans divers lieux, trois lors d’une rencontre d’écrivains au Québec en 2005. Plusieurs de ces textes sont en relation avec l’ancienne religion : Plantez le Ti (plante sacrée), texte XIV, Invocation à Ta’aroa (le dieu créateur), texte XVIII, dans Sur la source de vie, texte XX il y est question des « Dieux de la souche ».
Les autres textes parlent presque tous de la tradition et dans deux poèmes elle est présentée en danger : dans La compassion, texte XXVII (sonnet), c’est un guerrier qui va la sauver : « Il suffit que la noblesse et la compassion de l’âme d’un guerrier qu’aucun effort n’essouffle, l’inspirent, pour hâter sa régénération » et dans Le regard des vaincus Texte XXXI, c’est la Tradition qui veille sur ses enfants naufragés ou rejetés sur la rive : « La Tradition plaint le destin de ses enfants ».
Le texte XXIV Au cœur du rêve ma’ohi (2000), formé de quatre quatrains en alexandrins (strophes de quatre vers rimés – vers de douze syllabes) est un hymne à la tradition mais aussi à l’indépendance : vers 1 « La Tradition demeurera toujours présente », « Le cœur du peuple est le lit de l’indépendance » (vers 9), « L’indépendance est au cœur du rêve ma’ohi » (vers 16).
D’autres textes évoquent la parole véhicule de la tradition Au nom de la Parole (texte XXI), L’Esprit du savoir (texte XXV).
Terre, ô ma Terre texte XVI est une invocation à la Terre (sacrée pour les Polynésiens) personnifiée. « Terre, ô ma terre, Pourquoi abandonnes-tu tes enfants, Pourquoi les laisses-tu t’ignorer Oublier ton nom, te vendre et te détruire […] » sont les quatre premiers vers. Le poète demande ensuite à la Terre de « chasser les charlatans » et se termine sur une note plus optimiste : « Terre, dis aussi à tous ceux qui créent En puisant à la source de tes paroles originelles Qu’ils sont aussi dans la tradition. »
Marchands d’identité (texte XVII) est un éloge de l’identité mā’ohi et un rejet de ceux qui veulent « acheter le peuple ».
Ces textes en vers viennent compléter les textes en prose en permettant à l’auteur d’exprimer avec plus de lyrisme son amour de sa terre, de son identité et de la tradition, sa souffrance lorsqu’il constate des difficultés, son impatience devant les lenteurs et les obstacles. Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun a d’ailleurs une appétence pour l’écriture versifiée puisqu’il l’a utilisée aussi dans son théâtre et pour sa réécriture de la création du monde par Ta’aroa.
Ce livre permet donc au lecteur de comprendre comment s’articule la pensée de Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun en ce qui concerne la tradition, qui permet, aux Mā’ohi qui la connaissent, de retrouver pleinement leur identité, de créer des œuvres artistiques nouvelles mais qui la respectent et de mettre en place, petit à petit, une société selon leur cœur qui inclut tous les aspects de la culture traditionnelle y compris la médecine.
UNE ŒUVRE POÉTIQUE MAJEURE : C’EST UNE TERRE MᾹ’OHI, UN LONG POÈME INCLUS DANS LE LIVRE DE PHOTOGRAPHIES DE MICHEL CHANSIN TE ATA MAU C’EST UNE TERRE MᾹ’OHI, éditions Au Vent des îles, 2001).
De façon assez surprenante, le nom de Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun ne figure même pas sur la première de couverture du livre de Michel Chansin mais seulement dans les remerciements de l’auteur à côté de celui de Jimmy M. Ly qui a écrit la préface du livre alors que le poème de Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun est un long poème rimé formé de 22 huitains (strophes de 8 vers) et d’un quatrain (strophe de 4 vers) en rimes croisées, écrit en octosyllabes. Il s’agit donc d’une œuvre poétique en soi et non pas d’un simple poème issu d’un recueil. C’est un poème à la fois lyrique et « engagé », dans lequel l’auteur exprime avec fougue son amour passionné pour son pays et dénonce les préugés que certains véhiculent à son propos. Deux vers reviennent sans cesse dans le texte et le scandent : « Tahiti n’est pas un pays » et « C’est une terre mā’ohi ». Le poème est riche en métaphores, l’auteur utilise personnifications, synesthésies, assonances et allitérations. Le mot « couleurs » revient très souvent. Il est polysémique : il désigne tantôt les couleurs superbes et lumineuses du pays, les apparences, l’identité du pays. Le poème est très travaillé et fait pour être lu à haute voix. C’est un hymne au Pays. Il est impossible de couper ce texte sans « casser » son rythme et ternir sa beauté ; il est donc reproduit ci-dessous dans son intégralité.

C’EST UNE TERRE MᾹ’OHI… – Jean Marc Tera’ituatini PAMBRUN
Poème inséré dans le livre de photographies de Michel CHANSIN TE ATA MAU
C’EST UNE TERRE MᾹ’OHI (Éditions Au Vent des îles, 2001)
(la disposition des vers avec ou sans retrait a été respectée)
Tahiti n’est pas un pays
qui se lève avec ses couleurs,
c’est une terre mā’ohi
qui se répand sur ses douleurs
en tranches épaisses de basalte
pour empêcher que son chagrin
ne vienne gronder sous l’asphalte
et y répandre son venin.
C’est une terre pathétique
qui se glisse sur ses blessures
comme un emplâtre volcanique
et comble toutes ses fractures
de pluies de lave de sable noir,
de crânes blanchis par le temps
pour mieux colmater sa mémoire
et jouir de l’instant présent.
C’est une terre mā’ohi
obscurcie par la rêverie.
aux yeux pleins de mélancolie
mais aussi d’espoir et de vie.
C’est une terre mā’ohi
éclatante et immaculée
qui pénètre dans les replis
des consciences les mieux gardées.
Tahiti n’est pas un pays
qui se confond dans ses couleurs
c’est une terre mā’ohi
rencontrée par des découvreurs,
la tête pleine de chimères
et les yeux injectés d’envie
qui ne virent pas que sa lumière
n’était pas celle du paradis.
Ce n’est pas ça le paradis.
Tahiti n’est pas un leurre,
c’est une terre mā’ohi
où tous les êtres vivent et meurent
dans la misère ou la richesse,
Dans le bonheur ou la souffrance.
C’est une terre de détresse
qui sait sauver les apparences.
C’est une terre mā’ohi
qui n’a pas choisi ses couleurs
par simple goût de l’harmonie
ou pour un séjour enchanteur,
mais pour user de leur pouvoir,
réclamer la faveur des dieux,
éclater les peaux blanches et noires
et honorer tous les aïeux.
Tahiti n’est pas un pays
qui tresse toutes ses couleurs,
c’est une terre mā’ohi
qui en distingue chaque odeur
qui connaît leur sonorité,
les sépare sans les mêler,
les mêle sans les diluer,
et les dilue pour se panser.
Tahiti n’est plus un pays
qui se nourrit de ses couleurs
c’est une terre mā’ohi
qui se console du bonheur
de peindre ses racines noires
sur les fibres de tapa blanc,
en suspendant dans ses armoires
ses habits de nouveau croyant.
Tahiti n’est pas un pays
qui vit de toutes ses couleurs,
c’est une terre mā’ohi
qui les prête au monde extérieur
pour qu’ils en fassent des images
de souvenirs inoubliables
que des trafiquants de mirages
revendront aux plus malléables.
C’est une terre mā’ohi
qui a grand faim de ses couleurs
pour contenter son appétit
et chasser toute la noirceur
des sentiments que ses enfants
portent à l’égard de leurs parents
qui les oublient ou sont absents
quand ils ne croient plus au présent.
C’est une terre mā’ohi
peuplée de regards impuissants,
fuyant , égarés ou sans vie,
endormis ou indifférents,
tristes, affolés ou suppliants,
contemplatifs et insondables,
enjoués ou compatissants,
mais qui voient toujours l’improbable.
Tahiti n’est pas un pays
qui est troublé par ses couleurs
c’est une terre mā’ohi
qui a perdu son impudeur.
Elle se dénude avec décence,
dans la plus stricte intimité
et ne dévoile que son aisance
à aimer et à enfanter.
C’est une terre mā’ohi
qui se couvre de contre-jours
pour décliner à l’infini
tous les contrastes de l’amour.
Alors, les lèvres réservés
Peuvent se tenir, rassurées
dans le vide de l’immensité
sans crainte de s’y égarer.
C’est une terre mā’ohi
veinée de rivières laiteuses,
serties de rochers gris sur gris
aux attitudes paresseuses
que caressent les corps tronqués
de femmes qui noient leurs secrets
et n’offrent que leur dos nacré
en pâture aux yeux indiscrets.
Tahiti n’est pas un pays
qui éclate sous ses couleurs,
c’est une terre mā’ohi
qui se recouvre à contre cœur
de la pénombre des nuages
et puis s’estompe famélique,
pour supplier des dieux sans âge
de semer des peurs fantastiques.
C’est une terre de magie
qui force toujours le courage
à gonfler le cœur mā’ohi
pour résister à ses ravages,
contenir toute sa souffrance
dans la plus grande dignité
et résister à la violence
de sa propre réalité.
Oui, il en faut de la bravoure
pour ouvrir des yeux insondables,
dès qu’apparaît le petit jour,
sur des pensées inconvenables,
des songes nocturnes incroyables
et des mondes fantomatiques
qui pétrifient les corps de sable
dans des postures les plus tragiques.
Oui, il en faut de la vaillance
pour accepter la vérité
et repousser ses pestilences
pour arracher sa liberté
des crocs brillants du quotidien,
de la grisaille des pavés,
des désillusions des anciens
et des défaites du passé.
Tahiti n’est pas un pays
qui convoite d’autres couleurs
c’est une terre mā’ohi
qui ne rêve pas d’un ailleurs.
Elle a scellé si fort son âme
dans le cœur de tous ses enfants
qu’il suffirait d’un coup de rame,
pour la pousser au firmament.
Quand toutes les générations
se rassemblent sur son écorce
unies par les mêmes passions,
quand les ethnies déplient leurs torses
pour entonner à l’unisson
un chant dédié à son esprit,
alors la terre sait qu’ils feront
de Tahiti un grand pays.
C’est une terre mā’ohi
qui ne rêve pas d’un ailleurs
car toute sa vie est ici.
Elle y a planté ses couleurs.
C’est une terre si ancestrale
qu’elle puise encore ses certitudes
à la source de ses eaux pâles
où fermentent ses habitudes.
Tahiti n’est pas un pays
qui se lève avec ses couleurs,
mais quand tous ses enfants sourient,
les yeux éclatants de candeurs,
alors la terre mā’ohi
sait qu’elle ne vit rien que pour eux,
qu’elle est leur âme et leur esprit
et qu’elle peut bien sécher ses yeux.
Tahiti n’est pas un pays
d’enchantement et de douceur,
c’est une terre mā’ohi
qui a les couleurs de son cœur.
Il convient de rappeler qu’un peu plus d’un an après le décès de Jean-Marc, en février 2011, un hommage lui fut rendu à l’ISEPP le 16 avril 2012 et que, durant la soirée, son ami Aimeho Charousset slama ce poème de façon inspirée. Ceux qui étaient présents en ont gardé, très certainement, le souvenir.
UN TEXTE FONDATEUR REVISITÉ RÉDIGÉ EN VERS ET ILLUSTRÉ PAR LE PEINTRE JEAN-LUC BOUSQUET : LA NAISSANCE DE HAVAI’I – Te ti-pū-ra’a ‘o Havai’i (éditions Le Motu, 2006).
Ce texte est une réécriture du texte fondateur, la naissance du monde par Ta’aroa, dont on trouve un récit dans Tahiti aux temps anciens de Teuira Henry et dans Les Mémoires de Marau Taaroa. L’auteur a choisi, comme dans les textes épiques, de rédiger en vers son récit. Il a choisi l’alexandrin (vers de douze syllabes) disposé en quatrains aux rimes suivies. Chaque page contient trois quatrains, suivis de la traduction en tahitien par Winston Pukoki, et comporte à sa gauche une illustation en noir et blanc du peintre Jean-Luc Bousquet. Il a donc écrit 360 vers. La couverture est en couleur. Une préface bilingue est rédigée par Vahi Sylvia Tuheiava-Richaud.
Dans un avertissement, l’auteur explique ce qui l’a motivé à écrire cette légende de la création d’Havai’i : sa fille Hinatea lui a demandé de lui raconter comment le monde avait été créé en Polynésie. Il s’est rendu compte que ses connaissances étaient assez sommaires et, après avoir relu les textes qui en parlent, a décidé de réécrire la première partie de la création du monde par Ta’aroa : la naissance de Havai’i (la deuxième porte sur la création des dieux, des astres et des oiseaux et la troisème sur celle de l’être humain et de la lumière.)

Première page de La Naissance de Havai’i (page 19) partie en français.
Il y a des millions et des millions d’années,
L’univers était plongé dans l’obscurité.
L’obscurité noire, épaisse et perpétuelle.
C’était le Pô, la grande nuit originelle.
Il n’y avait ni terre, ni plantes, ni eau.
Ni rochers, ni êtres humains, ni animaux.
Il n’y avait ni ciel, ni lune, ni soleil.
Rien n’était formé, le monde était en sommeil.
Seule une sphère tournait dans l’immensité,
Comme un œuf d’oiseau que le Pô aurait couvé.
Cet œuf unique et primordial, c’est Rumia,
La coquille du premier dieu, Ta’aroa.

CONCLUSION DE l’ARTICLE
On a donc continué à voir dans ce deuxième article la diversité des productions de Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun, mais aussi la cohérence de sa pensée et la force de son engagement. On retrouvera prochainement, dans le dernier article concernant son œuvre, l’utilisation de vers rimés puisque deux de ses trois pièces de théâtre sont en totalité ou en partie écrites en vers. Et on abordera aussi les deux biographies qu’il a écrites : celle de Francis Puara Cowan et celle d’Henri Hiro.

Quel travail complet présenté par Patricia, félicitations