Tout au long des mois de mars et avril (NDLR : le cirque est ouvert jusqu’au 7 mai), sur l’esplanade d’Outumaoro, des hommes et des femmes remarquablement minces et musclés nous ont offert deux heures de spectacles d’équilibristes, de jongleurs et de contorsionnistes, de défis au danger, comme dans toute la tradition des arts et traditions…

Deux mondes se faisaient face sous le plus petit chapiteau du monde : celui de la dimension artistique du corps en mouvement et celui du corps assis qui ne cessait de consommer hot dog et soda tout en applaudissant à tue-tête. La mise en scène de constructions éphémères en bois et métaux défiait les lois de la pesanteur, tandis que le contorsionniste dans un étonnant exercice arrivait à glisser son corps à travers une raquette de tennis, ce qui tenait du miracle pour la plupart des spectateurs.
Au cirque, tout est reconduit à la prise de risque permanente, au défi avec panache de l’accident de la part du corps instable à la recherche de l’équilibre, dans le paradoxe vital de l’humanité : la construction et le travail comme jeu, opposé à la soumission au poids de l’existence.
Tradition des jardins de curiosités
Le clou du spectacle était la présentation d’Edward Nino Hernandez, natif de Colombie, la plus petite star dansante du monde haute de 70 cm et pesant une dizaine de kilos. Le Cirque de Samoa renouait là avec l’ancienne tradition des jardins de curiosités qui déjouait la nature, depuis la femme à barbe du cirque Barnum, le veau à deux têtes, la parade monstrueuse du film Freaks de 1932, avant que l’interdit ne frappe les phénomènes de baraques foraines et le lancer des nains.

L’homme le plus petit du monde se prêtait aux photos à la fin de la soirée avec le public bien en chair, offrant ainsi l’image saisissante du cirque comme le lieu où s’opposent la force, la grâce physique voire l’anomalie et l’être enfermé dans la prison contraignante de son corps.
